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L’initiative riz, dès son annonce, avait suscité un grand espoir au niveau des consommateurs. Le Regroupement pour la Défense des Consommateurs (REDECOMA) avait nourri un réel espoir de baisse de prix du kilo du riz à la réalisation d’une telle initiative. L’espoir fut encore plus grand quand, un mois après les récoltes, on annonçait les résultats spectaculaires forts médiatisés d’une production record de 1 600 000 tonnes de riz, couvrant intégralement le besoin national.

Cependant, trois mois, juste après les récoltes, le kilogramme du riz oscille encore entre 325 et 350 F Cfa. Pour palier à cet état de choses, le Gouvernement prône les exonérations qui selon le REDECOMA constitue un fiasco.

Que s’est-il réellement passé ? Les statistiques annoncées ont-elles été truquées ? L’initiative riz a-t-elle produit du riz, a-t-elle tout simplement échoué ?

Selon le Président du Regroupement pour la Défense des Consom-mateurs, Badou Samou-nou, l’Etat a investi dans le cadre de cette opération, une subvention de 12 milliards de F Cfa dans les intrants agricoles. L’engrais vendu aux paysans d’habitude à 20 000 F Cfa a été cédé dans le cadre de l’initiative riz à 12 500 F Cfa.

Depuis 2005, le gouvernement a renoncé aux taxes d’importation et de TVA. Cette mesure vise à permettre aux commerçants et autres importateurs de répercuter ce manque à gagner sur le prix, afin de revendre les produits à des prix accessibles aux consommateurs pour atténuer leurs souffrances.

Cependant force est de reconnaître que cette mesure a péché dans sa mise en œuvre. Les bénéficiaires des exonérations n’ont, en réalité, jamais joué franc jeu. Quand à l’Etat, au nom d’une prétendue libération des prix, n’a jamais pu prendre des mesures pour canaliser les prix à un niveau acceptable, malgré des milliards de nos francs qui se sont transformés en exonération. La liberté des prix ne signifie par pour autant l’anarchie des prix.

Certaines des dispositions de nos textes en matière de prix donnent à l’Etat, en période de crise, la possibilité d’intervenir sur le marché et de réglementer les prix. Il s’agit de l’article 3 du Titre II de l’ordonnance N° 07/025/P-RM du 18 juillet 2007 portant organisation de la concurrence qui stipule : «Les prix des biens, produits et services sont libres sur toute l’étendue du territoire nationale, et déterminés par le seul jeu de la concurrence. Toutefois, dans les secteurs économiques et dans les localités ou la concurrence par les prix est limitée pour quelque raison que ce soit, dans des situations de crise ou dans les cas de hausse excessive sur le marché, le gouvernement peut, par décret pris en conseil des ministres, réglementer les prix ou les fixer».

L’Etat n’a pu exercer un rôle de surveillance efficace des importateurs. Il s’est plutôt enlisé dans une fausse campagne de publicité à défendre ses positions à travers la mise en place des magasins témoins dans lesquels ne sert qu’un minimum de consommateurs. Pour le reste de la population, il faut chercher sa pitance par les moyens de bord. Et quelle qualité de riz pouvait-on trouver dans ces magasins ? De nos jours, l’on a tendance à croire que cette mesure d’exonération est mise en place pour accroître les importations.

Aujourd’hui quel bilan peut-on faire objectivement de la mise en œuvre des «exo» en matière de baisse de prix ? Le fiasco, par la défaillance à tous les niveaux. Surtout quand on sait que les exonérations accordées par l’Etat coûtent tellement cher au trésor public qu’elles ne manquent pas de susciter des commentaires suspicieux de la part des citoyens.


Gnimadi Destin

19 Mars 2009