Partager

Après l’émeute du 10 novembre 2008 qui a secoué le chef lieu de la commune rurale de Léré, place est faite au dialogue, les portes sont également ouvertes à la sanction des fautifs. C’est le résultat auquel est parvenue une rencontre de haut niveau tenue hier dans la région de Tombouctou, précisément à Léré.

La sous préfecture de Léré a abrité hier une rencontre présidée par le Gouverneur de Tombouctou, le Colonel Mamadou Mangara. Elle avait à l’ordre du jour la situation qui a conduit à la fusillade des manifestants à la mairie.

Selon nos informations la rencontre qui a démarré à 14 H30 comprenait le Gouverneur de Tombouctou, le représentant du préfet de Niafunké, le sous préfet de Léré, le chef de village de Léré Ahmed Youba Dicko et certains notables de Léré et de Niafunké.

« Le Gouverneur de Tombouctou a demandé aux participants d’œuvrer dans le sens d’un apaisement de la situation à Léré. Il a indiqué qu’une mission d’enquêtes arrivera bientôt à Léré et que les coupables seront sanctionnés », nous a confié une source à Léré.

A Léré les habitants ne sont pas prêts à oublier de si tôt ce jour de soulèvement contre la mairie. C’est le 10 novembre, pendant que le maire tenait une réunion avec des partenaires en vue de la privatisation de l’adduction d’eau, que les habitants qui n’ont pas adhéré à cette mesure, ont pris d’assaut l’hôtel de ville, armés de cailloux et de bâtons.

Deux éléments, trois selon certains, parmi la vingtaine de gardes et de gendarmes qui assuraient le maintien d’ordre, ont fini par faire usage de leurs armes chargées de balles réelles. Un témoin nous relate les faits : « les habitants qui ont pensé que c’est au cours de la réunion qui se tenait à la mairie que les documents de la privatisation allaient être signés sont arrivés en masse, le maire et son adjoint ont sauté le mur pendant que les forces de l’ordre essayaient de contenir la foule. Mais les habitants les ont poursuivis et le maire et son adjoint qui ont essuyé des coups de bâton et des jets de cailloux ont été blessé. Les forces de l’ordre ont tiré à balle réelles pour les sauver »

Plus d’une dizaine de personnes ont été blessées dont 6 gravement. Une personne succombe à ses blessures, pendant son transport vers l’hôpital de Niafunké, situé à 115 Km de Léré.

Après cet évènement, diverses lectures sont faites de la situation. Selon certaines sources, ces manifestations ne sont que des signes annonciateurs des futures élections communales prévues pour le mois de Mai 2009.

Des sources dignes de foi soulignent que dans certaines localités de Tombouctou, des projets de listes de candidature existent déjà. Et chacune des communautés arabes et Touareg se préparent à remporter ces élections à tout prix.

Selon nos sources la commune de Léré où le maire est Touareg au milieu d’une population comprenant de nombreux arabes, n’échappe pas à cette réalité. Des noms de hauts responsables sont cités, et tireraient les ficelles depuis Bamako, dans cette bataille de positionnement. Parmi eux, on cite le président du Haut Conseil des Collectivités (HCC) Oumarou Ag Ibrahim Haïdara d’une part, et le ministre de la Culture Mohamed El Moctar d’autre part.

Contacté, le chef de Cabinet du Haut Conseil des Collectivités, Boubacar Gaye qui nous a reçu en présence du chargé de Communication Issa Sidibé, a démenti toute implication du président de cette institution dans les troubles de Léré. « Les gens veulent nous distraire, Léré fait partie de la circonscription régionale du président du HCC, mais il n’a pas le don de l’ubiquité pour être à la fois dans cette région et à Bamako.».

Selon lui, Oumar Ag Ibrahim qui a toujours prôné la paix et la cohésion, ne peut en aucune manière être impliqué dans cette affaire. « Il est au dessus de la mêlée », dit il. Certains parlent du fait qu’il est de la région de Tombouctou et qu’il est de la même ethnie (Touareg) que le maire de Léré Hamana Haïdara pour faire le raccourci, explique Boubacar Gaye. « Le président est très loin de ces évènements et il ne peut pas nier son ethnie. C’est à cause de sa grande audience dans la région qu’on lui prête ces agissements. Le mieux est que la justice fasse son travail», a conclu le chef de cabinet.

De son côté, le chargé de communication du ministère de la Communication, Amadou Konaté n’a pas été aussi réceptif que celui du HCC. Tout en soulignant qu’il est à Kidal, il nous renvoie chercher le ministre qui est seul à pouvoir dire s’il est impliqué dans l’émeute de Léré que lui, n’étant pas à Bamako, apprend par nous. Puis les leçons d’Amadou Konaté sur la question de l’implication du ministre, une information (fausse ou vraie) que nous cherchions à vérifier : « je suis un journaliste qui ne traite pas sur la base de la rumeur et je suis dans le métier, il y a plus de 30 ans ». C’est la leçon d’un journaliste qui semble utiliser ses expériences à d’autres fins qu’à informer.

B.D

13 Novembre 2008