Partager

Pour illustrer la série noire, nous citerons quelques cas récents.
En fin octobre dernier, le jeune étudiant M. Sidibé, domicilié chez ses parents, à Siracoro-Méguétana (banlieue Est de Bamako), est assassiné. Quelques jours après, son corps est retrouvé dans l’une des maisons, du même quartier.

Le 3 novembre 2008, un enfant de 16 mois est porté disparu, puis retrouvé mort, trois jours plus tard, dans un caniveau à Missira I, à deux pas seulement de la maison familiale.

Dans la nuit du 24 au 25 novembre 2008, Kadiatou Traoré dite Tènin, originaire de Sofara, est assassinée. La trentaine environ, mariée et mère d’une fille de 16 ans, elle a été tuée par deux individus : Issa Dembélé Alias Mack Bolan (ex-militaire radié en 1984) et Adama Soumaoro, tous deux repris de justice. Les assassins et leurs deux complices, Mama Dembélé (cousine germaine d’Issa Dembélé) et Amadou Karambé, ont été appréhendés deux jours après leur forfait par les éléments du Commissaire divisionnaire Soumaïla Coulibaly, Commissaire du 3ème arrondissement. A signaler que le corps de la victime a été retrouvé dans une décharge, près du carré des Martyrs à Niaréla.

Dans la même semaine, à Médina Coura, une fille est retrouvée morte dans sa chambre. S’agirait-il d’un meurtre ou d’une mort naturelle ? Nombre de voisins de la défunte évoquent plutôt la première hypothèse. Hypothèse confirmée plus tard avec l’arrestation, il y a quelques jours, d’un suspect, apprend-on de source policière.
Aux abords de la décharge publique de Doumanzana, en commune I, le corps d’une autre jeune femme a été découvert, avec plusieurs traces de couteau.

Le double assassinat perpétré, il y a de cela quelques mois, au quartier Sans-fil, en commune II, est un autre cas à signaler.
Enfin, la mort mystérieuse du petit Makan Kassim Diallo qui renvoie à des détails très troublants. Ce qui a poussé votre bihebdomadaire à mener une enquête sur ce drame pour le moins étrange. Les habitants de Missira I sont sous le choc, et tous réclament l’ouverture d’une enquête pour que soit appréhendé, l’assassin du môme.

Mort mystérieuse

Le samedi 3 novembre 2008, disparaissait de la maison familiale, le petit Makan Kassim Diallo, âgé de 16 mois seulement. Il venait à peine de marcher. Sa disparition a été constatée aux alentours de midi par sa mère qui venait de le laver. Et, c’est au moment où elle s’apprêtait à l’habiller qu’elle s’aperçut qu’il n’était plus dans la cour. Pourtant, disent les voisins, la mère du petit Makan a soutenu fermement que « son enfant était en train de s’amuser dans la cour au moment où elle-même préparait le repas de midi dans la cuisine ». Toutes les recherches minutieusement effectuées dans les coins et recoins de la concession par la mère et d’autres personnes, sont restées vaines. Alerté, le père arrive promptement et entreprend des recherches à son tour. Ainsi, puits, maisons, caniveaux, rues attenantes, tout sera passé au peigne fin par le père, sans succès. Tétanisé par l’angoisse, le malheureux papa se résolut alors à donner l’alerte sur les antennes de radio en restant partagé entre l’espoir de retrouver son gosse, et la peur de le perdre à jamais. Mais le sort a décidé que ce soit le pire qui arrive: le lundi 5 novembre, c’est-à-dire, trois jours après sa disparition, le corps sans vie du petit Makan Kassim Diallo est découvert à 11 Heures, emballé dans un sac en plastic bleu, jeté par le probable assassin dans un caniveau situé à moins de 15 m du domicile des parents de la victime.

Mort naturelle ou provoquée ?

Aussitôt après la découverte macabre, la protection civile, la P.J du commissariat du 3ème Arrondissement sont alertées. Deux autorités communales aussi étaient sur les lieux. Il s’agit de MM : Diabaté et Pantio, respectivement maires adjoints de Missira et Quinzambougou. Il y avait également des parents proches de la victime et plusieurs habitants du quartier, venus témoigner, à la famille endeuillée, leur compassion. Le corps sera tiré du fond du caniveau rempli d’immondices, par les sapeurs pompiers, puis extrait du sac. L’horreur ! La consternation était visible sur les visages. C’est un père effondré, Drissa Diallo, qui a identifié le corps de son enfant en présence des officiels. Après, c’est un agent de santé qu fait ses constats, sans déceler une cause formelle ayant entraîné la mort du petit garçon. Il conclura à une mort naturelle. Conséquence: la police n’a pas jugé nécessaire de mener une enquête sur l’affaire. Nonobstant ce verdict, la police devait ouvrir une enquête. Parce que trop de détails troublants entourent cette affaire. Jugez-en :

Primo, les modes opératoires pour tuer sont nombreux. Par exemple, on peut donner la mort par strangulation, par asphyxie, par injection, par empoisonnement ou encore par ponction sanguine, sans laisser forcément de traces visibles sur le corps d’une victime. De ce point de vue, le constat de l’agent qui ne reposait que sur l’absence de traces de violences ou de tout autre signe révélateur de meurtre sur le corps de Makan K. Diallo, ne peut être crédible. De plus, le corps du petit Makan était emballé dans un sac en plastique au fond d’un caniveau.

Secundo, il y a que la tête du petit Makan K. Diallo, était enturbannée par un lambeau de tissu usagé. Certains témoins affirment qu’il s’agissait d’un morceau de taie d’oreiller. Ce morceau de tissu attaché autour de la tête cachait-il quelque chose ? On ne le saura peut-être jamais, car le petit s’en est allé, emportant avec lui, le secret sur les circonstances de sa mort. Seule une autopsie (qui n’a été ni ordonnée ni faite), aurait pu livrer des réponses scientifiquement crédibles.

Aussi, le lambeau de taie d’oreiller sur lequel des empreintes digitales auraient pu être prélevées par les enquêteurs, n’a pas été récupéré par la police après le constat d’usage.

Tertio, la découverte également du corps de l’enfant à proximité de sa maison familiale, n’est, peut-être, pas un hasard. Ce qui fait dire à certaines personnes que nous avons interrogées, dans le quartier, que la personne qui a jeté le corps dans le caniveau, serait très probablement la même personne qui aurait tué l’enfant. Selon d’autres témoignages, l’assassin serait aussi un habitant du quartier. Parce que s’il habitait loin, il n’aurait certainement pas pris tant de risques en amenant le corps jusqu’à l’endroit où, il a été découvert.

Une source proche des parents biologiques, nous confie, que l’assassin pourrait bien se trouver au sein même de la concession où habitent les parents de la victime. Les soupçons émis par notre source semblent se reposer, sur un vieux conflit, qui opposerait monsieur et madame Diallo à d’autres membres de la famille. Parmi ceux-ci, une femme qui aurait eu plusieurs fois des prises de bec avec les époux Diallo.

Au sein de la population de Missira I, l’indignation se la dispute à la révolte. Et, depuis le jour où le corps du petit Makan a été découvert, les habitants du quartier ne décolèrent toujours pas contre la police qu’ils accusent d’avoir précipitamment fermé l’enquête sur la mystérieuse mort de Makan. A Missira, l’hypothèse d’une mort naturelle de Makan est jugée ridicule. Selon des sources concordantes, il ne fait aucun doute que le petit Makan a été enlevé puis tué, par X. Si, un jour, une enquête était ouverte sur l’affaire, l’on connaîtra peut-être celui qui a attenté lâchement à la vie du gamin, qui ne pouvait ni faire du mal, ni penser du mal de personne.

Renforcer les moyens de la police

Il est urgent que l’Etat, face à la montée en puissance de la criminalité, fasse des efforts supplémentaires pour renforcer les capacités matérielles et techniques de la police. Traditionnellement, il est admis que l’apport du médecin légiste dans les procédures d’enquêtes autour des meurtres est déterminant. Mais dans l’affaire du petit Makan, aucun médecin légiste, attitré, n’a prêté son service. Au cours de notre enquête, une source policière, nous a révélés, qu’il n’y aurait qu’un seul médecin légiste au Mali, le Dr Abdoul W. Touré qui, selon cette même source, ne vient jamais assister la police lorsqu’il y a meurtre. Autre chose qui limite l’efficacité de la police, c’est le manque notoire de spécialistes en matière scientifique, pour l’analyse d’indices et autres pièces à conviction retrouvées sur les lieux de crimes.

Autant de lacunes que l’Etat devrait combler au plus vite pour que soient atteints les résultats attendus sur le front de la lutte contre la criminalité. Il n y a pas de prix pour la sécurité publique. Et, quelles que soient la détermination et la volonté qu’elle puisse avoir dans sa mission « d’assurer la sécurité publique », la police ne pourra en aucune façon, combattre efficacement la criminalité urbaine sans être formée et bien équipée. La corrélation est évidente, entre l’insuffisance de moyens matériels et techniques de la police et la recrudescence et de la criminalité. Autrement dit, si la grande criminalité à tendance à s’ancrer dans la société c’est parce qu’elle ne rencontre pas sur le terrain la riposte conséquente par la brigade anti-criminalité (BAC), une unité spéciale. De nos jours, ôter la vie à autrui, est devenu, presque un geste banal.

ALPHA KABA DIAKITE

04 décembre 2008