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Le maire du District veut-il mettre du feu à la poudre?

La décentralisation est effective au Mali depuis 1994. De cette date à ce jour, il y a eu beaucoup d’avancées dans ce processus. Cependant, force est de constater qu’il y a beaucoup de point d’ombre et ce, malgré l’existence de plusieurs textes régissant les communes. En effet, c’est la Mission de Décentralisation, alors dirigée par Ousmane Sy qui a été la cheville ouvrière de l’élaboration des textes de base de la décentralisation. Par la suite, il y a eu plusieurs autres textes de loi régissant les communes, entre autres le statut des travailleurs des collectivités et des textes sous la forme de projets de loi pris en conseil des ministre pour tenter d’apporter des correctifs après le constat fait qu’il y avait de nombreuses lacunes et insuffisances dans la mise en oeuvre de la décentralisation.

Malgré l’existence de multiples problèmes, le maire du District de Bamako envisage de prendre une mesure impopulaire, à la limité inadmissible, voire révoltante. En effet, il n’y a pas si longtemps, Moussa Badoulaye Traoré a annoncé que la mairie du District prendra bientôt une nouvelle mesure pour mieux renflouer les caisses de l’Etat. Déjà, il y a des réactions à cette idée.


LES COUACS DE LA DECENTRALISATION

Dans le processus de décentralisation, malgré les résultats encourageants enregistrés, il y a encore quelques difficultés. Ces constats sont faits à partir des litiges nés du découpage territorial et surtout des problèmes et lacunes existant entre les populations qui sont des voisins, dans certaines collectivités locales décentralisées.

Aujourd’hui encore, des problèmes existent dans le cadre du processus de décentralisation, puisqu’il y a toujours des aspects qui ont besoin d’être élucidé afin d’éviter des situations conflictuelles et ce à plusieurs niveaux. Au nombre de ces problèmes, on peut noter entre autres les difficultés nées de la gestion du foncier, et celles relatives aux rapports entre le District de Bamako et les différentes communes, quelles soient urbaines ou rurales. En effet, c’est surtout avec les communes riveraines du District de Bamako qu’il se pose en ce moment des problèmes et dans plusieurs domaines.

Dans ce sens, on se rappelle qu’il s’était posé le problème de recherche d’espace par le District de Bamako en vue d’en faire des dépôts finaux des ordures ménagères en provenance des quartiers du District de Bamako. A cela, il faut ajouter la convoitise des parcelles à usage d’habitation par la mairie du District de Bamako dans les différentes communes riveraines du District de Bamako. Concernant ce dernier point, il semble que la mairie du District de Bamako ait trouvé une approche acceptable par les élus des communes. En tout cas, les besoins exprimés par elle en parcelles à usage d’habitation étaient jugés au départ trop élevé.

LA MAIRIE DU DISTRICT, UN ETAT DANS UN ETAT?

Au-delà de cet aspect, il y a un autre problème qui est d’actualité et qui opposera à coup sûr la mairie du District aux autres mairies. Ce problème porte sur un aspect des recettes du District de Bamako, mais aussi des communes. Il s’agit, en particulier des recettes qui proviennent du placement des vignettes auprès des usagers des routes.

En effet, on se rappelle que récemment, le maire du District de Bamako, Moussa Badoulaye Traoré a fait une sortie à la télévision, au cours de laquelle il a fait une déclaration qui a beaucoup attiré l’attention des élus des communes riveraines du District de Bamako et du fleuve Niger. Selon cette déclaration, le maire du District envisage de prendre des mesures qui lui permettront de renflouer davantage les caisses; mais sans doute au détriment des intérêts des communes et sur le dos des contribuables maliens dont le fardeau est déjà suffisamment lourd à supporter.

Pour ainsi dire, Moussa Badoulaye Traoré voudrait-il en ajouter au calvaire des populations? En tout cas, il y a de la passion dans l’air face à cette nouvelle mesure en projet qui consisterait à imposer à tous ceux qui se rendent dans le District de Bamako pour quelque motif que ce soit, à travers le paiement pour la deuxième fois des vignettes. Par rapport à cette idée émise, on se demande si la mairie du District de Bamako ne serait en passe de devenir un Etat dans un Etat.


UNE MESURE IMPOPULAIRE

Avec un tel projet en tête, le maire du District est incompris par plusieurs autres élus communaux qui n’entendent pas se laisser faire. De même, si on tentait de mettre en oeuvre une telle mesure aussi impopulaire, c’est sûr que les populations également ne se laisseraient pas faire. Ira-t-on vers un bras de fer simplement entre la mairie du District de Bamako et les communes riveraines, parce qu’on a besoin de renflouer ses caisses?

Au-delà des élus de ces communes, quelle sera la réaction de leurs populations, quand on sait que celles-ci ne seront pas prêtes à prendre plusieurs vignettes? Aussi, les habitants du District, eux accepteront-ils aussi de débourser deux, trois fois, voire plus chaque fois qu’ils se déplaceront au-delà des frontières du District? Rien n’est moins sûr. D’ores et déjà c’est un bras de fer en perspective entre d’une part la mairie du District de Bamako et les autres communes ne relevant pas du District, et d’autre part entre ces mairies et leurs habitants.

LE RETOUR DE LA MANIVELLE

On sait, en tout cas que les maires, conformément à une disposition des textes qui régissent les communes, peuvent envisager de créer de nouvelles recettes. Mais, il n’a jamais été dit qu’ils pouvaient se permettre d’encaisser de l’argent deux fois pour la même cause. Le plus grave, c’est lorsque de nouvelles mesures sont prises sans le consentement des populations concernées et conformément à l’esprit de cette disposition réglementaire. Après l’annonce de cette initiative mal accueillie d’ailleurs, les maires des communes n’entendent pas se laisser faire. Il en sera sans doute de même pour les populations tant du District de Bamako que des communes riveraines.

Personne n’acceptera de se soumettre à une mesure qui pourrait être considérée comme de l’arbitraire. D’ailleurs, au niveau des communes riveraines du District de Bamako, on apprend qu’il se tiendra en fin de semaine une rencontre sur la question afin de dégager une position commune. Au cas où le maire du District parvenait à faire avaler cette pilule, il faudra s’attendre à ce que le District de Bamako, qui est considéré comme une région sera en situation de créer un précédent; donc il faudrait s’attendre à ce que les autres régions lui emboîtent le pas et ce serait une situation révoltante, inadmissible pour tous. Alors, mieux vaut prévenir que guérir. A ce sujet, le moins qu’on puisse dire, c’est à bon entendeur salut.

Moussa SOW

19 janvier 2007.