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Il faut dire que l’opération se trouve confrontée à des difficultés imprévues.

Rappelons que c’est le 14 mars dernier que le gouvernement, dans un communiqué, annonçait qu’il avait décidé, suite à des concertations avec les partenaires sociaux, d’accorder des exonérations aux opérateurs économiques pour l’importation de riz.

La mesure, entrée en vigueur le 1er avril, reste valable jusqu’au 30 septembre prochain. L’exonération porte sur les droits et taxes perçues au cordon douanier à l’exception du prélèvement communautaire (CP), du prélèvement communautaire de solidarité (PCS) et de la redevance statistique (RS).

Ainsi l’État renonce aux 18 % de la TVA et aux 10 % de droits de douanes, soit un total de 28 %. L’importateur est quand même obligé de payer les taxes et prélèvements communautaires qui ne représentent que 2,5 %.

C’est ainsi que plusieurs opérateurs économiques, à travers un cahier de charges, se sont engagés à importer du riz pour le mettre à la disposition des commerçants détaillants à raison de 300 000 Fcfa la tonne, soit 300 Fcfa le kilogramme. A charge pour les détaillants de l’écouler au prix public de 310 Fcfa le kilo.

Dans l’opération, les autorités, échaudées par de fâcheux précédents, avaient édicté une série de conditions définissant les missions de chacun des partenaires. Ainsi les opérateurs économiques devaient se plier à un cahier de charge définissant les conditions posées par l’État.

Entre autres conditions, l’opérateur doit céder le riz à un prix de gros plafonné à 300 000 Fcfa la tonne. En détail, le riz doit être vendu tout au plus à 310 Fcfa le kilogramme. L’importateur doit aussi s’engager à maintenir ces prix jusqu’à la fin de l’opération.

Le riz importé dans le cadre de cette opération d’exonération ne doit pas, non plus, être vendu hors du marché national.

L’opérateur qui adhère à ces clauses est tenu de signer un contrat avec l’État et de procéder ensuite à une levée d’intentions d’importation définissant clairement la quantité de riz qu’il est en mesure d’importer. Les bénéficiaires sont tenus de se soumettre au contrôle de l’application des dispositions du cahier de charge par les services compétents de l’administration.

Refus de rembourser :

Malgré les conditions strictes imposées par les pouvoirs publics, une dizaine d’opérateurs avait souscrit parmi lesquels, on peut citer les Grands greniers du bonheur de Bakoré Sylla, Modibo Kéita (GDCM), la SOMACOF, Abdoulaye Niang, les Grand moulins du Mali, la SODIMA, la Société céréalières du Mali.

Tous ont signé le contrat en s’engageant à respecter les clauses du cahier de charges et s’annonçaient prêts à importer 127 000 tonnes de riz.

Une semaine seulement après le lancement de l’opération, les GGM, le GDCM, la société Djigué S.A., les Grands moulins ont mis, comme prévu, chacun, 1000 tonnes de riz à la disposition des commerçants détaillants.

Ce premier groupe sera suivi par d’autres opérateurs comme la SOMACOF, Abdoulaye Niang, la SODIMA, la Société céréalière du Mali.
Ainsi, le marché a enregistré l’entrée de 10 822 tonnes de riz en avril, 26 218 tonnes en mai et 23 705 tonnes en juin.

Malheureusement cette belle lancée, a été subitement interrompue par des problèmes surgissant ça et là au nombre desquels : la qualité du riz importé. En effet, les consommateurs et les détaillants se plaignent régulièrement de la qualité du riz importé.

Première conséquence : la mévente. « Les clients n’apprécient pas la qualité de ce riz. Ils préfèrent acheter le riz plus cher, mais de meilleure qualité », témoigne ainsi Oumar Diarra, un commerçant détaillant de Bagadadji.

Le mévente du riz a poussé des détaillants à adopter une attitude des plus inattendue : ils ont décidé de ne pas rembourser les importateurs qui ont mis le riz à leur disposition. Du coup, le système s’est grippé. « Les consommateurs refusent d’acheter ce riz parce qu’ils jugent qu’il est de mauvaise qualité. Alors comment voulez-vous que nous remboursions l’argent pour une marchandise que n’arrivons pas à écouler sur le marché ? », interroge le même Oumar Diarra.

Le directeur national du Commerce de la Concurrence, Mahamane Assoumane Touré, reconnaît qu’il y a problème. Cette situation, révèle-t-il, a un peu paralysé l’approvisionnement correct du marché en riz. Et le patron de la DCC de constater : « cela a causé un problème de financement au niveau des banques. Puisque l’argent emprunté pour amener les premiers stocks n’était pas remboursé ».


Climat de peur:

Toujours selon Mahamane Assoumane Touré, après concertations entre différents acteurs, une solution a été trouvée à cette situation. Le principe retenu est que désormais, tout détaillant souhaitant bénéficier du riz exonéré doit payer au comptant.

A ces difficultés internes est venue se greffer une autre d’ordre international. Le patron de la DNCC explique à ce propos que de nouvelles perturbations ont été enregistrées sur le marché international.

En effet, depuis le lancement de l’opération d’exonération, le prix du riz a enregistré une forte hausse sur le marché mondial. Toutes les variétés de riz sont prises dans la tenaille d’une hausse tendancielle sur le marché.

Ainsi entre janvier et fin mai, le prix du riz thaïlandais est passé de 350 à presque 1 000 dollars la tonne. Aujourd’hui, il est cédé entre 1000 et 1100 dollars la même tonne, selon les variétés. Cette situation réagit sur l’ensemble du marché mondial car la Thaïlande reste le premier exportateur mondial en volume.

« Nous les importateurs, nous ne parlons plus de prix. Le problème aujourd’hui c’est savoir même comment s’approvisionner en riz sur le marché international. La situation est inquiétante. Même les courtiers de riz commencent à se désengager, car, il n’y a pas de produits« , assure un opérateur économique.

Notre interlocuteur insiste sur le fait que l’envolée du prix du riz est à mettre au compte de la hausse de la demande globale. On consomme toujours plus depuis quelques années. Les stocks s’amenuisent. Cette situation a déclenché un climat de peur. Certains pays gros producteur ont de façon drastique limité leurs exportations, afin d’assurer la demande domestique.

C’est le cas du Vietnam ou de l’Inde qui ont arrêté de vendre à l’étranger, provoquant des réactions en chaîne désastreuses.

Face à la situation, de nombreux pays tentent de réduire leur dépendance à l’égard du riz ou de miser sur le développement de la production locale. C’est cas de notre pays l’Initiative riz. Mais en attendant la concrétisation de cette initiative, les pouvoirs publics ont engagé des actions à court terme pour maintenir la stabilité des prix tout évitant une rupture de stock sur le marché.

Le ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Commerce a ainsi entamé une série de démarches auprès des grands pays producteurs comme la Chine et l’Inde. Une délégation a été dépêchée dans ces pays. Elle négocie avec les autorités sur place pour que du riz puisse être mis à la disposition de nos opérateurs économiques. L’État serait prêt à mettre la main à la poche pour cela.


Doussou DJIRE

09 Juillet 2008