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Face aux réalités du terrain, les autorités du pays se rendent compte de plus en plus que l’opération riz, dont l’objectif est de produire 1,6 millions de tonnes de riz paddy, soit un million de tonnes de riz marchand est quasiment impossible.

En tout cas, le président Amadou Toumani Touré en première ligne est averti avec tout le renseignement qu’il a eu dans le village de Soninkégny dans la Commune rurale de Kambiba (cercle de Kati) le 6 juillet, lors du lancement de la campagne agricole 2008-2009 couplée à la sixième édition de la journée du paysan.

Ce qui s’est passé, le dimanche 6 juillet à Soninkegny, mérite une réflexion par rapport au comportement de nos cadres autour du pouvoir. Il est loisible de constater que chaque pouvoir qui vient érige un système qui finit par le bouffer. Il est bon de rappeler ces anciens propos de l’ancien président Moussa Traoré qui se plaignait de n’avoir pas pu “changer la mentalité des cadres maliens”.

Cela ne signifie rien d’autre que chaque cadre soit en mesure de prendre sa responsabilité en tout lieu et en toute circonstance. Mais hélas, face à l’intérêt personnel, la soif du gain facile, le manque de patriotisme, l’on préfère mettre le pays dans un gouffre et hypothéquer l’avenir.

De quoi s’agit-il ? Depuis la prise de décision de lancer cette “initiative riz”, les compétences devraient se rassurer des conditions objectives de sa réalisation. Pour lancer un tel travail d’envergure, cela suppose que toutes les études de faisabilité ont été faites et les conditions sont réunies.

Mais face à la crise céréalière, l’on a plutôt préféré tromper tout un peuple. Il s’agissait d’endormir un peuple qui a faim en le faisant nourrir d’espoir. Des hommes et des femmes avertis avaient attiré l’attention sur cette initiative qui pour eux est impossible à réaliser.

Mais face aux laudateurs et aux opportunistes du régime, ces gens ont été traités d’apatrides.
L’on savait bien qu’un tel travail d’envergure demande du temps, une forte sensibilisation du monde paysan, une mobilisation des ressources et la mise en place des structures adéquates.

Aujourd’hui, force est de constater que cette “initiative riz” est déjà en mauvaise posture.

Le président de la République s’est rendu compte que les ministères concernés ne parlent plus le même langage. Il s’est également rendu compte que les banques rechignent à financer l’initiative riz tant qu’elles n’ont pas de garanties. Il a su aussi qu’en ce moment précis, les engrais, les semences et les subventions annoncées ne sont pas encore une réalité. Peut-on réunir toutes ces conditions d’ici à la fin de mois ?

C’est le moins que l’on puisse dire quand on sait que le doute est là. Une fois encore l’on est en droit de se demander si aujourd’hui nos cadres aiment le pays.

Comme le disait Mgr Luc Sangaré, reprenant une sagesse populaire de chez nous, : “quand ton ami ne te dit pas la vérité, il faut payer ton ennemi pour qu’il te le dise…”. Alors, l’on est en droit de se demander si tous ces conseillers autour du président sont-ils sincères envers lui ? Force est de constater que le président de la République malgré sa bonne volonté est pris en otage par les opportunistes.

Il est temps pour lui d’écouter les opposants. Le Parena lors d’une conférence de presse a pourtant tiré la sonnette d’alarme sur l’échec de cette “initiative riz”. A moins d’un mois l’histoire lui a donné raison.

Un aveu d’impuissance

Je prendrai autour de moi, dans les jours à venir, toutes les banques concernées, les opérateurs économiques et les départements impliqués...”, a dit ATT à Soninkegny. A analyser de près, cela est encore une paire de manche. Des intérêts énormes sont en jeu dans cette initiative riz.

Au Mali, les blocages dans les politiques économiques sont dus aux hommes. Le représentant des producteurs de l’Office du Niger, Abdoulaye Daou, a été on ne peut plus clair : “si toutes les conditions ne sont pas réunies d’ici la fin de ce mois, le doute plane quant à la réussite du projet”.
La question qui se pose est de savoir si les 42 milliards prévus ne vont pas à l’eau. L’ambition “initiative riz” doit être revue par les autorités.

C’est comme dirait l’autre “vouloir n’est pas toujours pouvoir”.
Les banques sont-elles convaincues de la réussite de l’opération ? Cette initiative est-elle objective et bien préparée ?


Fakara Faïnké

09 Juillet 2008