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De Baguineda à Dioro, en passant par Mbewani, Niono, Doura, Baranpièla et Dioro, partout les paysans sont unanimes : l’engrais a été rarement aussi disponible à un prix aussi bas. Mais son accessibilité connaît quelques blocages que la délégation conjointe d’inspection de la Primature et du ministère de l’Agriculture s’est attelée à lever au cours d’une mission le week end dernier. Reportage au coeur d’un ambitieux projet.

Le Directeur général adjoint du Projet d’intensification du périmètre irrigué de Baguineda (PIB), Lassine Dembélé, qui est également le Coordinateur de l’Initiative riz dans cette zone située à 30 km à l’Est de Bamako, a vite compris que la réussite d’une telle initiative ne dépend pas que de la disponibilité des semences et de l’engrais. Mais à ces deux éléments, il faut ajouter un aménagement adéquat des surfaces à irriguer, une bonne organisation des ressources humaines et surtout une mécanisation de l’agriculture.

Le 11 juillet 2008, la mission conjointe d’inspection de la Primature et du ministère de l’Agriculture a témoigné de la remise de 4 motoculteurs à deux groupements de producteurs (Bengadi et Waleya). Selon Lassine Dembélé, cette action vise l’atteinte des objectifs de l’initiative riz.

Les motoculteurs qui ont été payés sur fonds propres du PIB ont coûté 1,100 million de Fcfa l’unité. Ils seront remboursés par les bénéficiaires, ce qui permettra d’alimenter un fonds revolving pour le développement de la mécanisation de l’agriculture. La remise a été faite par Seydou Coulibaly, membre de la Cellule nationale de Coordination de l’Initiative riz, en présence de Mohamed Taoufik Touré du ministère de l’Agriculture.

Les prévisions de production sont de 19 650 tonnes de riz paddy au niveau du Projet d’intensification du périmètre irrigué de Baguineda (PIB) qui dispose de 25 000 ha aménagés. Les producteurs ont promis d’arrondir cette production à 20 000 tonnes, « si toutefois le Premier ministre tenait ses promesses de rendre disponibles la terre, l’eau et l’engrais ».

Selon le DGA du PIB, Lassine Dembélé, l’approvisionnement en engrais de fond (complexe Nieleni) a commencé avec une disponibilité de 430 tonnes dans les magasins contre un besoin exprimé de 461 tonnes. A notre passage le 11 juillet, une centaine de paysans avaient enlevé leur part d’engrais. Il doit être utilisé en période de repiquage, soit 2 sacs de complexe Nieleni par hectare.

Sur un besoin de 811 tonnes d’urée, la quantité disponible était de 35 tonnes octroyées par l’aide japonaise (KR II). L’urée est le type d’engrais utilisé 15 jours après le repiquage du riz, tandis que le DAP ou complexe (ou Nieleni) est utilisé immédiatement après le repiquage.

Au niveau des périmètres de Mofa, un village non loin de Baguineda, les paysans sont présentement occupés dans les activités de repiquage ou de préparation de la terre pour le repiquage. Cette activité peut continuer jusqu’au 10 août selon le programme de campagne, nous disent les spécialistes de la question. Le 10 juillet dernier a consacré la fin des semis de pépinières, nous précise-t-on au PIB de Baguineda.

Actuellement 175 ha sont repiqués contre 21 ha à la même date (11 juillet) en 2007.

Dans les périmètres irrigués de Baguineda, la tendance, surtout dans la zone de Mofa, les paysans affichent la sérénité quand à la poursuite de la campagne agricole 2008-2009. Selon les paysans rencontrés dans leurs champs, la disponibilité de l’engrais à 12 500 Fcfa est une réalité.

Ceux qui ne disposent pas de l’argent au comptant sont garantis par les chefs de village, précise un producteur. « Là où nous sommes, nous avons l’esprit tranquille, l’eau est disponible, ainsi que l’engrais. Mais nous ne sommes qu’au début et nous souhaitons que cela continue pour que la campagne soit bonne », espère Abdou Coulibaly, producteur à Mofa.

Selon un autre paysan, Sidi Diarra responsable des producteurs, les autorités ont accusé un retard énorme : « si depuis longtemps, le gouvernement avait commencé à appuyer les paysans, le Mali aurait déjà eu l’autosuffisance alimentaire. Quand la terre est mouillée, elle devient une richesse ; il suffit de la remuer. Pourquoi on ne le ferait pas ? Il revient maintenant à chacun d’honorer ses engagements ».

Dans ces périmètres, le Nerica est invisible. La variété de riz la plus répandue est l’« ADNY 11 », susceptible de produire 9 tonnes à l’hectare et qui ressemble beaucoup au « Gambiaka », nous précise Lassine Dembélé. «Dans le cadre de l’initiative riz, notre objectif est d’atteindre 6 t/ha contre 5,133 t/ha l’année dernière. On prévoyait le riz Nérica pour la partie extension. Mais si le Nerica traîne, les producteurs peuvent mettre ce qu’ils veulent. L’absence de Nerica n’est pas un obstacle à la production », tranche le Directeur Général adjoint du PIB, Lassine Dembélé.

(A suivre).

Boukary Daou

Envoyé spécial

15 Juillet 2008