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Pour un investissement de l’ordre de 42 milliards de F CFA, il se dit qu’il est attendu une production record d’un million de tonnes de riz. Vendu à 300 F CFA le kilo, ce riz devrait nourrir toute la population malienne, l’Etat pouvant exporter une partie. Au bas mot, c’est un bénéfice de 250 milliards de F CFA qui devrait tomber dans l’escarcelle de l’Etat. Même Merlin l’Enchanteur ne ferait pas mieux !

Si une production céréalière pouvait réellement générer une telle manne, les premiers dirigeants de cet Etat auraient déjà fait du Mali un pays d’autosuffisance alimentaire, convaincus qu’ils étaient que l’agriculture est le pilier sur lequel repose le développement. Au constat de leur engagement, nous serions depuis déjà des lustres ce pays de Cocagne, dont des fils n’auraient jamais eu l’idée de braver les barbelés de Ceuta et Melilla, mers et vaux, déserts et mirages, « l’immigration choisie » et les garde-côtes, véritables Cerbères, pour les clandestins à la recherche d’un hypothétique mieux-être. Las ! Aujourd’hui, la vie n’est même pas dure au Mali, elle est mortelle.
Sans être des oiseaux de mauvais augure, permettez-nous de douter des résultats, car jusqu’à présent les intrants, qui devaient être à la disposition des paysans depuis 6 mois, sont toujours attendus impatiemment. Permettez-nous de douter des résultats à cause de la rareté des pluies et surtout de la présence de plus en plus marquée dans les rouages de l’Etat de « prédateurs » du monde rural, qui répudient les vrais acteurs de la production, les spolient de leurs terres à la plus petite incartade.

Mais à supposer que le Premier ministre, par extraordinaire, gagne son pari, nous ne serions pas pour autant sortis de l’auberge. Parce que dans la crise, nous devons à l’honnêteté de reconnaître que ce n’est pas la disponibilité qui est en cause, le marché est inondé de riz. Le problème, c’est l’accessibilité.

Ne voyez-vous donc pas qu’ils sont une infime minorité ceux qui peuvent s’offrir le luxe d’acheter le kilo du riz à 300 F CFA ? L’idéal n’aurait-il été de proposer un prix plus bas (200 F CFA maximum) afin qu’une large partie de la population accède aux céréales, étant entendu que c’est l’argent public qui serait à la base de ce succès ?

M. le Premier ministre, un bon plat de riz s’accompagne de bonne chair. Y a-t-il des mesures pour rendre accessibles aux Maliens la viande et les autres produits de l’élevage ; le sucre, l’huile et la farine… ? Pourquoi croyez-vous que nous ne consommons plus de légumes indispensables au maintien de l’équilibre biologique de l’homme ?

En somme « l’Initiative riz », qui occulte d’importants pans du débat, n’emporte pas notre adhésion. C’est d’ailleurs un leurre pour ceux qui y croient car ils se rendront bien vite compte que l’Etat s’était payé leurs têtes : en ignorant l’essentiel. Du riz(re) jaune au bout de la campagne 2008-2009.

A. M. T.

28 avril 2008