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Au cours d’une conférence de presse organisée le 4 juin 2008 au Centre international de conférence de Bamako, le Parena a demandé au gouvernement malien de différer le lancement de l’initiative riz à la saison 2009-2010. Le parti du bélier blanc estime que cela laisserait le temps pour mieux préparer l’initiative, sensibiliser les producteurs et les bailleurs qui, pour l’instant, ne se bousculent pas pour la soutenir.

Les différentes crises qui secouent le pays ont eu droit à un traitement spécial au cours de cette conférence de presse.

Pour faire face à la crise céréalière, le gouvernement du Mali, sous la houlette du Premier ministre, Modibo Sidibé, a conçu dans la précipitation une opération dénommée “initiative riz”. Selon le Premier ministre, cette initiative vise, à l’issue de la campagne 2008/2009, à produire 1 618 323 tonnes de paddy, soit 1 000 000 de tonnes de riz marchand.

Avec une telle production, le Mali couvrirait ses besoins de consommation estimés à 900 000 tonnes et pourrait exporter 100 000 tonnes. Notre pays intégrerait ainsi le cercle privilégié des exportateurs de riz. Hier, au cours de sa conférence de presse, le Parena a démontré que l’initiative, pour des conditions objectives, n’est pas réalisable en cette saison agricole.

L’initiative riz est généreuse, mais montée dans la précipitation, elle présente tous les signes d’une opération hasardeuse dans laquelle l’Etat et les banques sollicitées risquent plusieurs dizaines de milliards de francs, sans que les résultats annoncés soient atteints”, a déclaré Tiébilé Dramé, Président du Parena.

Selon le Président du parti du bélier blanc, les prévisions de l’initiative riz portent sur des rendements à l’hectare jamais réalisés au Mali : 5,5 tonnes/ha à Kayes (PDIAM), 6 tonnes/ha à Tombouctou (Daye-Hamadia-Koriomé), 6,5 tonnes/ha à l’office du Niger, 7 tonnes/ha à Saouné à Tombouctou. En ce qui concerne la nouvelle variété de riz Nerica, il a révélé que le gouvernement entend lui imprimer une nouvelle croissance en portant son taux de production de 1,5 tonnes/ à 3 tonnes/ha.

Les experts disent que ces prévisions sont simplement irréalisables”, a déclaré Tiébilé Dramé. Mieux, il dira que pour produire les quantités annoncées, il faut des semences et des engrais à temps. Le président du Parena a soutenu que dans le plan de mise en oeuvre de l’initiative, les semences doivent être livrées aux points de dépôt au plus tard le 15 juin.

Or, les missions de prospection et d’achat de semence de Nerica sont rentrées bredouilles de Guinée et de Gambie à la fin du mois de mai. Selon Tiébilé Dramé, les semences seraient disponibles en Ouganda, mais les coûts de transport sont prohibitifs.

Quand aux engrais, le Président du Parena, conformément au plan d’action de l’initiative, dira qu’ils doivent être livrés aux organisations paysannes et aux producteurs individuels le 8 juin. Mais, plus grave, le coût réel de l’engrais sur le marché extérieur serait plus élevé que les estimations contenues dans le plan d’action du gouvernement.

“Pour le montant, il n’y aurait pas d’opérateurs volontaires pour livrer les 92 000 tonnes d’engrais nécessaires à la réussite de l’opération”, a-t-il déclaré. Avant d’annoncer que dans les cercles des experts de l’agriculture, le scepticisme est quasi général sur la faisabilité de l’initiative riz.

Compte tenu de la non disponibilité des semences et des engrais, le Parena recommande au gouvernement de différer le lancement de l’initiative riz à la saison 2009-2010.

Ce qui laisserait le temps pour mieux préparer l’initiative, sensibiliser les producteurs et les bailleurs qui, pour l’instant, ne se bousculent pas pour soutenir l’initiative. Ainsi, nous éviterons au pays un énorme gâchis financier”, a proposé le Parena.

Au cours de la même conférence de presse, le parti du bélier blanc s’est prononcé sur les différentes crises qui secouent notre pays.

La crise du nord, la crise scolaire, la crise de trésorerie et la flambée des prix des produits de première nécessité sont autant de points que le Parena a inscrits à l’ordre de jour de sa conférence presse.

En plus des constats, des dénonciations et des critiques, la conférence de presse a permis aux responsables du parti du bélier blanc de faire plusieurs propositions au gouvernement pour aider le Mali à faire face aux différentes crises qu’il vit depuis des mois.

La crise du nord, une question nationale
Pour Tiébilé Dramé, la crise du Nord est une question nationale malienne et ne saurait être l’apanage d’une catégorie de Maliens.

La question du Nord concerne l’ensemble de la Nation malienne. Elle n’est pas l’affaire des seuls cadres et personnalités Touareg.

Elle est sans doute l’affaire des ressortissants du Nord, mais elle est aussi et surtout l’affaire de tous les Maliens. Elle concerne peut-être les chefs des tribus du “Grand Sahara”, mais elle est avant tout l’affaire des Maliens. Ils ne doivent pas être tenus à l’écart de la recherche de solution”, a-t-il déclaré.

Avant de demander qu’on lui explique comment dans une démocratie, les partis politiques peuvent être tenus dans l’ignorance de ce qui se passe au Nord du Mali. Pour corriger cela, il a demandé que les partis politiques soient informés de ce qui se passe sur le terrain et soient associés à la réflexion pour sortir le pays de l’engrenage de la violence.

Le Parena propose la tenue immédiate d’une conférence nationale de toutes les forces vives de la Nation sur la question du Nord. Au nom de l’opposition démocratique malienne, Tiébilé Dramé a invité les différentes composantes de l’Alliance du 23 mai à déposer les armes et à s’inscrire dans une dynamique de paix par le dialogue.

École : l’intransigeance du gouvernement conduit à l’impasse

Tiébilé Dramé a expliqué que notre pays a besoin d’un système scolaire et universitaire adapté aux exigences du Mali d’aujourd’hui et de demain. Il a estimé que seule une école apaisée peut répondre à ces exigences.

La conviction du Parena est que les politiques mises en oeuvre ne concourent pas à cet objectif. La politique du gouvernement est caractérisée par l’intransigeance et l’autisme qui ne favorisent ni le dialogue, ni les concessions indispensables pour sortir des conflits en cours”, a-t-il affirmé.

Tiébilé Dramé estime que les autorités scolaires et universitaires se doivent d’instaurer un dialogue constructif, franc et respectueux des partenaires de l’école sans exclusion aucune. En ce qui concerne la crise au secondaire, le Parena a été, on ne peut plus, clair : “Le Parena condamne les évaluations effectuées sans les professeurs”.

L’intransigeance du gouvernement conduit l’enseignement secondaire public, de l’avis de M. Dramé, dans une impasse qui aura des conséquences sur l’ensemble des ordres d’enseignement. Et pour une sortie de crise, le Parena propose aux parties en conflit de négocier un taux d’indemnité de logement acceptable et reporter sa prise en charge sur l’exercice budgétaire 2009.

Dans tous les cas, le Parena est convaincu que le forum annoncé par le gouvernement sur l’éducation n’a de chance d’être fécond que si tous les partenaires de l’école y participent pleinement.

Système économique en panne

Tiébilé Dramé a révélé qu’à la fin du mois de mai 2008, le trésor public malien enregistrait une dette intérieure cumulée de plus de 100 milliards de FCFA. Selon lui, ce chiffre ne tient pas compte des dizaines de milliards que l’Etat doit à certaines banques de la place.

Quand l’argent se fait rare et que l’Etat n’honore plus ses engagements dans un pays comme le Mali, c’est tout le système économique qui tombe en panne”, a-t-il fustigé. Les services de l’assiette, constate t-il, peinent à atteindre les objectifs à eux assignés.

Selon le Président du Parena, à la date du 23 mai 2008, si la direction générale des impôts avait honoré 85% des objectifs assignés pour la fin mai, la douanes n’avait réalisé moins de 10 milliards sur une projection mensuelle de 27 milliards de Fcfa. “A la fin du mois de mai, les arriérés sur les prévisions de recettes s’élevaient à plus de 54 milliards de FCFA pour les premiers mois de l’année”, a-t-il déclaré.

Mais, le Parena est autant plus surpris que malgré ces difficultés, on assiste à aucun effort de l’Etat pour réduire son train de vie. Face à la situation difficile dans laquelle se trouve le pays, le Parena propose une batterie de mesures.

Ce sont, entre autres : la réduction du train de vie de l’Etat, la réduction au strict minimum nécessaire des missions effectuées par les membres du gouvernement et de l’assemblée nationale, des autres institutions de la République et des démembrements de l’Etat, la réduction des budgets de souveraineté des chefs des institutions de la République…

Le Parena a aussi proposé la renégociation sans délais des contrats qui nous lient aux compagnies exploitant l’or, pour augmenter les parts de l’Etat, au moment où le prix de cette matière première bat les records sur le marché mondial. Selon le Président du Parena, à la date du 3 juin 2008, l’once d’or était cédé à 1025 dollars américains sur le marché de Londres.

Des commerçants exonérés n’ont pas tenu leurs engagements
Tiébilé Dramé constate non sans amertume que les Maliens sont soumis à la dure réalité de la vie chère, caractérisée par l’augmentation insoutenable des prix des denrées de première nécessité. Selon lui, il y a des facteurs que l’Etat ne maîtrise pas et ceux sur lesquels il peut avoir de l’impact.

Au titre des facteurs indépendants de la volonté des autorités, il y a la flambée des cours du pétrole et la crise des marchés céréaliers. Mais, il a estimé qu’il y a des facteurs sur lesquels l’Etat pouvait avoir une emprise.

Ce sont : la bonne gouvernance, la rigueur dans la gestion des ressources et des stocks, l’anticipation et une bonne organisation de nos circuits d’approvisionnement et de distribution des produits céréaliers. Tiébilé Dramé a rappelé que le 8 mars 2008, le chef de l’Etat a indiqué qu’il a accordé des exonérations à des commerçants qui n’ont pas tenu tous leurs engagements.


Assane Koné

05 Juin 2008