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Le vendredi 23 mai 2008, le Premier ministre Modibo Sidibé, a été à Baguineda, pour une visite de terrain. Deux mois après cette visite, nous somme passés à l’Office du Périmètre Irrigué de Baguineda (OPIB) pour nous enquérir de l’état d’avancement de la campagne agricole, et notamment de l’Initiative Riz du gouvernement dans la zone. Reportage.

A travers l’OPIB, la zone de Baguineda avec ses 22 villages doit produire, selon les prévisions de production pour la présente campagne, 19.000 tonnes de paddy, sur 3 275 hectares.

Déjà dans la zone les paysans sont en train de tout mettre en œuvre pour que le calendrier agricole adopté de commun accord soit respecté par l’ensemble des intervenants.

Dans ce calendrier, depuis le 1er juin dernier, le canal principal a été mis en eau, pour permettre aux paysans de faire le labour, puis les semis des pépinières ont suivi dans les zones profondes et ordinaires.

La reprise des labours (affinage), le nettoyage du réseau tertiaire et le repiquage sont en cours. C’est pourquoi dans les champs que nous avons visités les charrues, bœufs et autres matériels agricoles sont déployés.

Nous avons rencontré beaucoup de jeunes en train de faire le labour, avec charrues et bœufs, avant le repiquage qu’ils comptaient faire à compter du lundi 7 juillet. Parmi ces jeunes, il y a Lassina Bagayoko qui avec ses frères ont pris 0,60 ha, soit le demi hectare ; d’après les prévisions, ils doivent produire 40 à 50 sacs de riz, mais avec l’engrais ils pourront aller jusqu’à 60 sacs voire plus : « c’est ce que nous voulons faire, parce qu’on a promis aux autorités plus de 19.000 tonnes.

Pour cela, chacun est obligé de produire plus pour qu’on puisse honorer notre engagement », déclare Lassina.

C’est le champ de Baba Diarra qui est contigu à celui de Bagayoko. Contrairement à celui-ci, Baba a fini avec la pépinière ; il n’attendait que l’engrais pour faire le repiquage. Chose qu’il a commencée dès qu’il a appris que l’engrais est disponible. Baba Diarra veut faire beaucoup plus que son voisin, car d’après lui, il y a un concours entre les producteurs.

Mais, mieux que le concours, ils doivent respecter le calendrier agricole et l’objectif de 20.000 tonnes qu’ils ont promis au Premier ministre Modibo Sidibé lors de son passage à Baguinéda : « on est obligé parce que le temps presse et le canal sera asséché le 15 novembre, donc, on doit aller vite, mais avec l’arrivée de l’engrais, ça ira inch Allah ».

Non loin du champ des Bagayoko et Diarra se trouvent ceux de Aminata Touré et de Koyan Samaké, qui sont des parcelles de 0,6 hectare. Les deux dames ont labouré et enrichi de fumure organique leurs champs. Elles sont toutes contentes de l’annonce de l’arrivée de l’engrais.

La particularité de la zone de Baguineda est le fait que plusieurs producteurs se sont mobilisés pour faire de l’Initiative Riz une réalité dans notre pays. Sur la vingtaine de champs que nous avons visités, les jeunes qui constituent plus de 70% de la main d’œuvre ont, en plus des champs de leur famille, eux-mêmes pris des parcelles propres.

L’autre avantage de Baguinéda, c’est la création de la Cellule Initiative Riz (CIR) qui est une idée des responsables de l’OPIB et des paysans de la zone qui d’ailleurs se retrouvent dans cette structure pour donner les directives aux cultivateurs et producteurs.

C’est avec la CIR qu’il y a eu la sensibilisation des paysans sur le calendrier agricole. Cette sensibilisation a concerné les secteurs d’intervention de Sébéla, Baguineda Camp, Kobalacoura et Tanima.


Enfin, on livre l’engrais !

Les autres dispositions de la CIR sont en cours
d’exécution, cependant l’arrivée de l’engrais le vendredi 4 juillet a changé un peu l’organisation du travail, parce que les responsables de la cellule, Lassine Dembélé et ses hommes, ont mis en place un système avec la direction administrative et financière pour que les paysans puissent avoir l’engrais. Les besoins de Baguinéda en engrais sont de 461, 75 tonnes en urée et 811, 08 tonnes en DAP.

Avec l’arrivée de l’engrais, les paysans et producteurs commencent à avoir de l’espoir, car le retard avait créé des incertitudes qui se sont vite dissipées.

Maintenant, c’est le problème de semences qui demeure ; et même à ce niveau, Baguinéda n’a pas de souci, avec les semences de riz dont ils disposent, ils ont pu faire le repiquage de 49, 16 hectares de riz contre 0 pour la saison passée. Cela a été possible sans engrais.

Ce qui veut dire qu’avec ou sans le riz nerica, Baguinéda est sûr de gagner son pari, parce que les paysans ont des assurances de la part des responsables de l’OPIB que les autorités sont en train de chercher des semences du riz nérica en Guinée Conakry, en Sierra Leone, en Ouganda, etc.

« Nous sommes sûrs qu’il y aura les semences, parce qu’on avait dit la même chose pour l’engrais qui aujourd’hui est disponible, donc on n’a pas d’inquiétudes pour le moment, même si ça ne va pas, on demandera aux paysans de faire d’autres cultures, en plus des semences de riz qu’ils ont, pour que nous soyons dans le temps », nous a fait savoir Lassine Dembélé, le coordinateur de la Cellule initiative riz de Baguineda .

Selon Bakary Diarra, l’un des grands paysans de la zone : « Notre problème, c’était l’engrais. Il est là, le problème est résolu. Nous avons dit au Premier ministre Modibo Sidibé que nous allons faire 20.000 tonnes.

On est obligé de ne pas le décevoir, tout ce qu’il nous a promis est sur place, l’eau, l’engrais, la terre ; il ne manque pour le moment que les semences. Les stocks qu’on a, on les utilisera ». En tout cas, Baguinéda grâce aux techniciens de l’OPIB, est en avance par rapport à l’Initiative Riz.

C’est pourquoi, les agronomes de la zone demandent aux autorités d’appuyer davantage les paysans dans le suivi de l’encadrement et la circulation de l’information pour que tout le monde soit au même niveau d’information, et gagner en intensité par rapport à l’atteinte des objectifs de l’Initiative Riz.


La Cellule Initiative Riz de Baguinéda
Un cadre de concertation pour tous les acteurs

Pour la bonne marche de l’Initiative Riz, les paysans producteurs et les responsables de l’OPIB ont mis en place une structure dénommée Cellule Initiative Riz de Baguineda (CIR). Cette cellule est composée de 4 personnes dont un coordinateur, en la personne de Lassine Dembélé qui d’ailleurs vient d’être promu au poste de directeur général adjoint de l’OPIB (une promotion interne).

Le coordinateur est aidé par trois autres personnes qui sont tous des agronomes comme lui, un secrétaire pour la saisie, des encadreurs d’appui et des paysans ou producteurs.

Le premier travail de la cellule a été d’adopter un plan d’action opérationnel pour la mise en œuvre de l’Initiative Riz, dans le cadre de la campagne agricole 2008-2009. Ce plan à 7 axes prioritaires, entre autres, l’organisation et l’approvisionnement des producteurs en engrais et équipements agricoles.

Pour ce faire, la cellule a fait une identification des besoins des producteurs en intrants et équipements. Elle veut faire l’extension des superficies cultivées en riz, l’intensification de la production en vue de l’augmentation de la productivité. C’est pourquoi des émissions radio sur le calendrier agricole de la zone ont été organisées.

Mieux, Lassine Dembélé et ses hommes veulent augmenter les superficies exploitées en riz à travers la récupération des zones difficilement exploitables. Pour cela, un cadre de concertation entre les producteurs concernés et l’assistance technique en gestion d’eau est créé.

Le but de cette concertation est de rapprocher les agents d’encadrement des producteurs, pour le renforcement du niveau des producteurs de la zone. La cellule n’a pas oublié l’organisation du recouvrement des crédits, pour la commercialisation des stocks, le suivi des remboursements aux institutions financières. Le but final, c’est d’avoir au mois d’octobre, les 19.000 tonnes de riz que l’OPIB doit produire.

Le premier acte de la cellule a été la vulgarisation du calendrier agricole qui commence dès le 1er mars et prendra fin le 15 novembre avec l’assèchement du canal. Aux dires de Lassine Dembélé le fait qu’ils sont avec les paysans, a permis d’analyser les forces et les faiblesses de la campagne passée, d’élaborer et de mettre un terme aux différends qui opposaient les paysans à l’OPIB.

« Nous sommes tous prêts pour que les prévisions de production pour la présente campagne soient une réalité. Au-delà, comme les paysans l’ont promis au Premier ministre, si on arrive à 20 000 tonnes, c’est tant mieux », dit-il.

Cependant, l’arbre ne doit pas cacher la forêt, parce que, selon Lassine Dembélé, hormis la contre-saison, la production rizicole de Baguinéda est plafonnée à 15 500 tonnes sur 2 400 hectares. C’est pourquoi, la mission de la cellule se base sur ces données pour qu’au finish il n’y ait pas de problèmes.

Actuellement, la cellule a tenu compte des besoins des paysans en engrais et semences et convenu d’un rendement prévisionnel de 6 tonnes à l’hectare. Pour ce faire, l’encadrement a aidé les groupements de producteurs à ficeler leurs dossiers d’acquisition d’engrais.

Après l’engrais, les producteurs attendent la livraison de 8,4 tonnes de riz nerica. En plus de la mise en place commune du calendrier agricole, la cellule qui gère les aspects techniques, assiste les producteurs pour la gestion de l’eau. Elle a déjà acheté sur fonds propres cinq (5) motoculteurs, qui seront mis à la disposition des associations de jeunes sur la base d’un contrat de performance avec l’OPIB.

Les jeunes bénéficiaires peuvent proposer aussi, selon le coordinateur, des prestations payantes aux producteurs. Pour toujours galvaniser les paysans, une compétition a été lancée par la CIR afin de choisir les meilleurs producteurs de la campagne 2008/2009.

Les gagnants auront, d’après le coordinateur, soit un équipement complémentaire tel que charrue, charrette, herse, paire de bœufs de labour, soit la prise en charge des engrais nécessaires à la prochaine campagne.

Comme chaque compétition à ses règles, tous les exploitants de la zone de Baguinéda sont candidats, mais il faut être capable de produire 8 à 9 tonnes à l’hectare. Avec ces dispositions et la disponibilité de l’engrais, les paysans et les responsables de l’OPIB sont plus qu’optimistes quant à la réalisation des 20.000 tonnes.

C’est pourquoi, ils souhaitent que le Premier ministre Modibo Sidibé soit présent, le 20 octobre prochain, date prévue pour la récolte selon le calendrier agricole. Parole de paysan.

SOUMAÏLA CAMARA

10 Juillet 2008