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Dioncounda Traoré, président du PASJ et responsable de la classe politique, semble s’inquiéter sérieusement et se braque : s’il n’y a pas d’élections, tout peut se passer, même un coup d’état pourrait sonner le glas du processus démocratique. Ce serait alors un grave recul pour un Mali cité en exemple par tous ceux qui ne connaissent pas vraiment ce pays. Mais pas de panique, rétorque le président du parti Avenir et développement du Mali.

En effet, pour Madani Amadou Tall, il s’agit de gérer une situation qui a été créée et entretenue, il y vingt ans, par ceux-là mêmes qui sont aujourd’hui en train d’accabler le président dela République. C’est le CTSP qui a signé le Pacte national or cet organe était composé des acteurs politiques qui sont actuellement en train de faire leur cinéma. Si son conseiller a signé le Pacte national, c’est l’Adema, avec Alpha Oumar Konaré et IBK en tête, qui a mis en œuvre son contenu.

L’Accord d’Alger, selon le conseiller présidentiel, ne serait que la continuité du Pacte. Ce sont ces responsables également qui ont donc procédé à l’intégration des ex-rebelles dans les forces armées et de sécurité ; et c’est Soumaïla Cissé qui, en sa qualité de ministre des Finances, a négocié et reçu les fonds qui ont servi à cette intégration.

Alors, changez de ton, messieurs les politiciens et trouvez autre chose pour appuyer le scénario que vous êtes en train de concocter. Parce que le président de l’ADM est catégorique : les élections auront bel et bien lieu. Que ceux qui ne sont pas prêts aillent se préparer ou qu’ils retirent leur candidature afin de laisser l’arène aux vrais battants.

Mais M. Tall n’exclut pas le report des élections. Toutefois, même si cela devrait intervenir, il n’est pas question d’appliquer le vrai «Plan de paix et de sécurité» que les responsables de la classe politique n’ont pas eu le courage de présenter à la presse et au peuple malien. A savoir : Dioncounda Traoré, président d’une transition, et Tiébilé Dramé, chef de Gouvernement.

Impensable, soutient Madani Amadou Tall,la Constitution, dans son infinie sagesse et sa grande prévoyance, exclut un pareil scénario. En ses textes 36, 50, 71 et 72, le texte fondamental stipule qu’en «cas d’Etat d’urgence et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, c’est le président dela Républiqueen fonction qui assume les pouvoirs exceptionnels (l’article 36 étant circonscrit par les mesures exceptionnelles) et assure la continuité de l’Etat».

En clair, en cas de régime d’exception, c’est ATT qui garde la maison, l’usurpation du pouvoir par la classe politique est exclue.

Cette classe politique est aujourd’hui divisée entre maintien et report des élections. Et paradoxalement, ce sont, en général, les petits candidats, les minus de la classe politique, qui n’ont aucune chance de remporter l’élection présidentielle et même pas un scrutin législatif pour certains, ce sont donc ces nains qui crient et réclament le maintien du calendrier électoral.

Quant aux autres, ils se sont rendus à l’évidence, même si en public ils continuent, comme le président de l’Assemblée nationale, à dire ce qu’ils ne pensent pas vraiment.

Et l’évidence c’est qu’il y a urgence : plus de soixante mille personnes, selon les estimations du CICR et du HCR, se baladent hors de leur milieu naturel et sont menacées d’insécurité alimentaire dans des pays qui sont eux-mêmes en situation précaire et demandent l’aide de la communauté internationale ; des centaines de bandits armés, de terroristes salafistes et de trafiquants en tout genre se baladent dans le nord du Mali qu’ils écument, où ils ont instauré un régime d’insécurité et d’instabilité ; le président dela République, malgré la visite du ministre français de la coopération à Bamako, malgré sa rencontre avec ses homologues ivoirien, burkinabé à Ouagadougou, malgré sa participation au sommet dela CEDEAOà Abuja, n’est pas sûr d’avoir l’appui nécessaire pour mettre fin le plus rapidement possible à la crise du nord malien.

Ses pairs ouest-africains promettent une aide humanitaire (trois millions de dollars) pour la prise en charge des réfugiés maliens dans d’autres pays et lui conseillent de se tourner vers l’Algérie etla Mauritanie. Etrien d’autre.

Les autorités françaises constatent les succès de la rébellion, condamnent les exactions et atrocités commises dans le nord, et conseillent à ATT de dialoguer et de négocier avec des bandits armés. Maintenant que l’armée a repris le dessus, elle ne doit surtout pas donner l’assaut final car des otages sont encore entre les mains d’AQMI l’associée du MNLA. Et tant pis si ces derniers continuent à massacrer des soldats, il faut surtout préserver la vie des Français en captivité.

Et au lieu de s’inquiéter de cet Etat d’urgence et de régime exceptionnel, on est obnubilé par un Etat de droit. En oubliant qu’il vaut mieux être confronté à un abîme constitutionnel qu’à un vide démographique dans un pays violé et possédé.

Cheick Tandina

Le Prétoire du 20 Février 2012