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Si les décisions de l’avant-dernier sommet de la Cedeao, tenu à Abidjan le 26 avril dernier, sont perçues comme des atteintes à la souveraineté nationale, le président de la République par intérim en serait donc le complice. Parce que Dioncounda Traoré a participé à ce sommet et en a entériné les décisions. A ce motif de démission du professeur s’ajoute son incapacité à accomplir sa mission d’organiser les élections pendant la transition, une période qu’il faut écourter au plus vite afin de faire face à la seule priorité nationale qui est de libérer le nord de la présence des bandits armés (rebelles touaregs et arabes, islamistes et jihadistes, terroristes et narcotrafiquants, etc.).

La démission du président intérimaire, la dissolution de l’Assemblée nationale et la mise en place de tous les organes de la transition dès aujourd’hui passeraient presque pour normales dans un pays où les lois fondamentales sont violées en série depuis quelques temps. Et de telles violations s’avèreraient nécessaires au vu de l’urgence de la libération des régions du nord où la situation se dégrade chaque jour un peu plus.

Mais la Cedeao ne s’en émeut pas outre mesure. Elle et l’occident continuent à vouloir un gouvernement « démocratiquement élu » pendant que celui qui a été nommé récemment répond le plus aux aspirations du peuple malien. Sous la pression de l’Occident, l’organisation sous-régionale a d’ailleurs failli à Abidjan réussir deux coups de force. Le premier, contre l’accord-cadre du 06 avril et le médiateur Blaise Compaoré. Le deuxième, contre le peuple malien auquel on a voulu envoyer des militaires (forces nouvelles) au chômage.
C’était compter sans la vigilance et la détermination de la junte (pas encore ex, comme le pensent quelques ingénus).

«Une délégation du Cnrdre finalement reçue par Blaise » (L’Indicateur du renouveau, 3 mai). Les hommes du capitaine Sanogo ont fait le déplacement de Ouagadougou pour faire comprendre au médiateur que le Mali a avalé suffisamment de couleuvres et qu’il était de mettre fin à une situation qui n’honore personne mais met le pays en perpétuel état de déstabilisation. Le Premier ministre, d’ailleurs, sortira de ses gonds, dans un communiqué radiotélévisé, pour dénoncer et fustiger les pratiques de certaines franges de la société qui ne cessent de jeter de l’huile sur le feu. Cheick Modibo Diarra « rassure », à ne pas en croire Le Soir de Bamako (3 mai), puisque selon le même confrère il « décide de la fermeture des écoles ». Curieuse manière de rassurer en fermant les établissements scolaires.

Il aurait mieux valu de parler de prudence. Or, en ce moment, les habitants de Bamako gagneraient à se montrer extrêmement prudents avec des bidasses déchaînées et lâchées dans la nature. Par la faute du même gouvernement qui se veut rassurant. Les maîtres de Kati dont deux commandent les forces armées et de sécurité ont lâché la meute. Et ça défouraille à tout bout de champ, dans une chasse à l’homme digne des grands films western. Ce chassé-croisé entre militaires serait presque comique s’il n’y avait pas autant de victimes civiles et innocentes. De fait, à voir la troupe tirer à bout portant ou touchant sur des motocyclistes, des taximen ou des vendeurs de café, personne n’a plus envie de rire du règlement de comptes car tout le monde a la pénible et réelle impression d’être en insécurité.

Avant, on se la coulait douce parce que le peuple avait cru en l’armée quand ses représentants, mutins ou putschistes, lui racontait que les hommes n’ont ni armement ni munitions ni matériels. En deux jours, lundi et mardi, (et même après) l’armée a fait usage de moyens insoupçonnés, prouvant que ce n’est pas par faute de moyens qu’elle a déserté le nord mais par manque de volonté d’aller en découdre avec des enfants-soldats.

Mais ces soldats-là pourraient-ils avoir la volonté de se battre qui est liée au sacerdoce et à l’amour du métier quand on sait les conditions dans lesquelles ils ont été recrutés ? Difficilement.

En attendant, les forces armées et de sécurité sont désarmées et en insécurité. D’après certains confrères, leur unité a volé en éclat. En réalité, cette unité n’a jamais été une réalité. Du temps du président général Moussa Traoré déjà les corps militaires n’étaient pas traités sur le même pied d’égalité, certains étant plus privilégiés que d’autres dont la garde nationale. Avec ATT qui a mis tous les corps sur la même ligne pendant la transition (1991-1992) en rehaussant leur rétribution, nombreux sont ceux qui ont cru que les choses s’arrangeraient.

Avec Alpha Oumar Konaré au pouvoir, les recrutements de favoris ont repris de plus belle avec une faveur spéciale pour les enfants de gradés, les Touaregs et Arabes. Et quand ATT est revenu, il a fait la part belle à ceux qui sont chargés de sa protection, en termes de promotion et de privilèges, et à la progéniture de la caste au pouvoir, en termes de recrutement. Et ce qui devait arriver arriva.

Cheick Tandina

Le Prétoire du 7 Mai 2012