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Le premier sac de ciment made in Mali devrait sortir des usines locales début janvier 2010, mais la BDM-SA ne l’entend pas de cette oreille.
La cimenterie du Mali, longtemps rêvée, semblait proche de sa réalisation grâce à Wacem, une société indienne qui intervient déjà dans la sous-région. Mais, au niveau des banques, dont la BDM, on se plait à prendre le projet en otage.

Dans la convention d’établissement signée le 23 décembre 2009 entre le gouvernement et Wacem-SA, une société déjà implantée au Burkina, au Togo et au Ghana, on promettait une production de 800 000 tonnes la première année, 900 000 tonnes la deuxième année et 1 million de tonnes à partir de la troisième année. Le besoin national annuel est de 1,5 million de tonnes.

Lors de sa visite à Dio, la semaine dernière, Rohi Motaparti, le directeur de Wacem, avait promis pour janvier le premier sac de ciment made in Mali. L’industrie du ciment est un espoir de création d’emplois et de plus-value pour l’économie malienne. En effet, la cimenterie de Wacem est un investissement de 66 milliards de F CFA.

Partout où Wacem a construit des cimenteries, elle a bénéficié de l’accompagnement de la Société financière internationale (SFI, une filiale de la Banque mondiale) qui a mis le crédit nécessaire à sa disposition. Cependant, dans le cas du Mali, les promoteurs ont voulu faire profiter nos banques de cette aubaine.

Dans ce cadre, Ecobank, la Bank of Africa, la BIM et la BDM avaient manifesté leur volonté de participer à la mise en place des crédits nécessaires à la réalisation du projet.
La BDM-SA, du fait qu’elle a son siège social au Mali, a été choisie pour conduire la syndication. La société Diamond Cement Mali est la filiale malienne de Wacem-SA, la société mère déjà implantée au Togo, au Burkina Faso et au Ghana. Il est à noter d’ailleurs que le projet burkinabé a débuté bien après le nôtre.

La société est déjà une réalité au Burkina, qui produit et commercialise son ciment. Le gouvernement malien a signé le 23 décembre 2008 la convention d’établissement avec Wacem. Mais, c’est seulement le 24 mai dernier que l’Assemblée nationale a reçu et ratifié la convention portant participation de l’Etat au capital social de la société d’économie mixte, Diamond Cement Mali.

Cette lourdeur est accentuée par le pool bancaire conduit par la BDM-SA. Sur les 66 milliards F CFA du projet, Wacem cherche auprès des banques 44 milliards de F CFA. Mais, tout se passe comme si la BDM a pris le projet juste pour ne pas le faire bouger

. En effet, d’après les clauses du protocole préliminaire qui a été signé, la BDM qui a obligé Wacem à domicilier chez elle tous les payements et toutes ses transactions, n’a pas débloqué à ce jour un seul F CFA, alors que DCM, sur les chantiers, est à près de 10 milliards F CFA d’investissement, des milliards qui ont tous transité par la BDM.

Des ennemis du peuple

Cet état de fait menace sérieusement les délais contractuels, car tout se passe comme si la BDM veut se rétracter ou jouer la montre pour bloquer le projet. Au profit de qui ? Surtout à un moment où les oppositions intérieures et extérieures au projet sont nombreuses.

En effet, ni le Sénégal, qui produit plus que la demande intérieure, ni les importateurs locaux ne voient d’un bon œil ce projet qui va pourtant faire passer le prix de la tonne de 115 000 F CFA actuel à 80 000 F CFA !
Car, en sus de la BDM-SA, la Banque ouest africaine de développement, (BOAD) qui était très enthousiaste et qui a promis d’y injecter plus de 14 milliards de F CFA commence aussi à traîner les pieds.

La BOAD a dépêché au Mali une mission qui s’est entretenue avec les autorités maliennes, les responsables de DCM, a visité les sites de Dio et Astro.
La mission est rentrée très satisfaite, « avec un projet bancable », de l’avis même de ceux qui sont venus sur le terrain. Mais, subitement, la BOAD semble se rétracter également.

La raison la plus plausible à ce jour est que la Sococim, détenue par le Français Vicat, et qui s’est juste installée à la frontière, mais qui a bénéficié du financement de la BOAD, ferait des pressions sur la Banque ouest-africaine pour que le projet malien ne voie pas le jour de sorte que l’on puisse continuer à dépendre du marché sénégalais. Car, bon an mal an, c’est une ardoise salée de 120 milliards de F CFA que l’Etat paie pour se procurer sa consommation de ciment.

Le Sénégal est le pays qui produit plus que son besoin annuel. Les deux cimenteries qui sont opérationnelles projettent de porter à l’horizon 2011, leur capacité de production à 5,5 millions de tonnes de ciment. Le groupe nigérian Dangote, s’intéresse aussi au marché sénégalais.

Dans une analyse récente, la SFI, qui investit depuis plus de 25 ans dans le secteur du ciment en Afrique de l’Ouest, a estimé à 40 %, la surproduction du Sénégal, avec une production de 2,9 millions de tonnes et des exportations de 600 000 tonnes vers le Mali.

Selon la clef de répartition du capital, Wacem, l’investisseur de référence a les 70 % de la société DCM. L’Etat malien doit payer 2,2 milliards F CFA, soit 10 %. Les privés maliens pourraient également souscrire pour 10 % et les autres 10 % iraient à l’actionnariat populaire. Les blocages et les peaux de bananes sous ce projet ne sont pas à ce seul niveau.

Nous y reviendrons.

Alexis Kalambry

31 Mai 2010.