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Le général Jean Marie Michel Mokoko a donc fini par être incarcéré, comme il fallait s’y attendre. Placé en garde à vue depuis mardi dernier par la Direction nationale de la surveillance du territoire congolais, l’ancien conseiller du président Denis Sassou N’Guesso, devenu opposant, a finalement été inculpé d’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat et de détention illégale d’armes et de munitions de guerre. Les choses sont donc allées très vite depuis la déclaration, il y a à peine une semaine, du ministre de la Justice, Pierre Mabiala, qui enjoignait littéralement au parquet d’activer la procédure contre l’incriminé. Le moins que l’on puisse en dire, c’est qu’il a été reçu 5/5.
A l’origine des ennuis judiciaires de ce chef d’état-major général de l’armée congolaise entre 1987 et 1993, une vidéo tournée en 2007 à Paris, dans laquelle on voit le général Mokoko discuter d’un plan pour débarquer Denis Sassou Nguesso avec des hommes qui seraient des agents français de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). On y entend Jean-Marie Michel Mokoko parler pendant près d’une demi-heure avec un Français, présenté comme un membre des services de renseignements de l’Hexagone. Ils citent notamment des personnalités à éliminer en vue de s’emparer du pouvoir ; une vidéo pour le moins compromettante pour l’ancien représentant de Sassou à l’Union africaine.

Trente minutes de modus operandi. Mais ce n’est qu’en février 2016 que la fameuse vidéo sera fort opportunément diffusée par des médias en ligne proches de la galaxie Sassou, alors que le général venait d’annoncer sa candidature à la présidentielle du 20 mars dernier. Le développement actuel était donc connu depuis, même si, bon prince, DSN semble avoir voulu laisser passer le scrutin avant de mettre en marche son implacable machine judiciaire pour qu’on ne suspecte pas le grand démocrate d’avoir voulu mettre hors course un présidentiable. Le sphinx de M’pila a donc pris son temps, la vengeance étant un plat qui se mange froid, pour régler son compte à son ex-compagnon, coupable de crime de lèse-majesté et d’avoir osé lorgner le fauteuil du monarque, qui a déjà passé 32 ans compilés à la tête du pays et vient de rempiler pour cinq ans ; car tout de même, «un chef, ça se respecte», pour reprendre les mots du président congolais lui-même. C’est pour n’avoir pas su respecter cela que le pauvre Mokoko, du haut de ses 69 ans, qui avait eu 7,5% des voix à la présidentielle de mars, est pris dans un traquenard judiciaire dont on ne sait pas comment il sortira.

L’incriminé se serait-il fait piéger, comme il le prétend, et se serait-il confié au patron des services de renseignements congolais pour éviter justement ce qui lui arrive aujourd’hui ? Quoi qu’il en soit, vu l’accélération de la procédure, celui qui était déjà en résidence surveillée depuis quelque temps aura fort à faire pour prouver son innocence dans un procès forcément politique et dont le verdict est même déjà connu.

Mohamed Arnaud Ouédraogo
L’Observateur Paalga du 17 Juin 2016