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Quand on n’est pas préparé pour le pouvoir, c’est la porte ouverte à toutes sortes de dérives. C’est ce qui arrive avec le président de la République IBK. Depuis qu’il a été élu, IBK ne cesse de multiplier des actes de trahison envers ses concitoyens. Le dernier en date est celui de l’arrestation et de l’inculpation de celui qui sans lequel il n’aurait jamais goutté les délices de Koulouba, l’ancien capitaine putschiste Amadou Haya Sanogo.

Arrêté et inculpé pour meurtres et complicité de meurtres, le général Amadou Haya, l’auteur du coup d’Etat du 22 mars 2012, broie le noir depuis le mercredi dernier. Il est détenu à l’école de gendarmerie à Faladié en commune VI. L’arrestation de l’ancien putschiste, sous le règne de IBK, a surpris plus d’un. Elle intervient à un moment où le président Ibrahima Boubacar Keïta (IBK) a gracié les égorgeurs des soldats maliens, les criminels de guerre et les séparatistes du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA).

C’est au nom de la réconciliation nationale que le président de la République IBK a levé les mandats d’arrêt internationaux lancés par notre pays contre des gens qui ont publiquement revendiqué les actes nazis (exécutions sommaires, tortures sur les prisonniers) commis sur les soldats maliens à Aguel Hoc le 24 janvier 2012. Et c’est au nom de cet apaisement que le président imposé de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le Pr Dioncounda Traoré, a organisé une cérémonie de pardon et de réconciliation entre les putschistes du 22 mars 2012 et les auteurs du contre coup d’Etat du 30 avril au 1er mai 2012.

Ce geste du président par intérim vaut son pesant d’or. Il doit, si nous agissons, normalement au nom de la paix et de la réconciliation, mettre fin à toutes sortes de poursuites. Mais si tel n’est pas le cas, on parlera plutôt de règlements de compte.
Nos propos sont loin de cautionner des tueries à plus forte raison de rouler le tapis devant des criminels, mais d’établir la vérité que les Maliens cachent sous le boisseau.
Le général Amadou Haya Sanogo ne doit pas être le seul à répondre des actes de meurtres. Si la justice l’inculpe aujourd’hui de meurtres et de complicité de meurtres, il a eu certainement la bénédiction du président par intérim Dioncounda Traoré, chef suprême des armées à l’époque des faits et du Premier ministre de plein pouvoir, Cheick Modibo Diarra. Ces deux personnalités, au nom de la justice, doivent être entendues. Elles sont censées être au courant des abus que les membres de l’ex junte ont posés. Soit à travers les services de renseignements, soit par d’autres sources.

Le président IBK, en agissant de la sorte, pose le troisième acte de la trahison et de l’ingratitude envers ceux qui lui ont fait roi. A commencer d’abord par le peuple malien. Ce dernier ne s’est pas encore remis du choc de la formation de son premier gouvernement. Il a fait appel à des gens honnis par le peuple, des voleurs à col blanc et à des femmes et hommes qui ont pillé le pays en bandes organisées.
Ensuite, il a échangé des poignées de main avec des criminels du MNLA avant que son ministre de la Justice n’engage la procédure de levée de mandats internationaux lancés contre eux. Pire, ces hommes ont attiré avec armes et bagages dans son parti, le Rassemblement Pour le Mali (RPM). Ils viennent d’être élus députés RPM à l’issue du premier tour des législatives du 24 novembre.
C’est dire que quand on a la complaise de la peau blanche, on demeure toujours sous- homme. C’est qui arrive généralement aux dirigeants maliens depuis l’avènement de la démocratie. Ils se sont tous, comme en bon esclave, pliés au diktat de ces bandits pour écorcher la dignité malienne.

Enfin, l’arrestation et l’inculpation du général Amadou Haya Sanogo. Ce dernier a lâché le «barbu» pour se mettre à la disposition d’IBK. L’ex-junte a jugé le «barbu» incontrôlable, imprévisible. C’est pourquoi IBK, elle a tout mis en œuvre pour que IBK accède au pouvoir dès le premier tout de l’élection présidentielle du 28 juillet 2013. Le marché avec les putschistes était de les protéger. Pour cela, un pays anglophone de l’Afrique de l’Ouest avait même donné son accord pour accueillir Haya, afin d’intégrer une académie militaire.
Et depuis lors, les ministres, proches de Haya au sein du gouvernement de transition, ont travaillé en tandem avec IBK pour son élection. Un de ces ministres servait de lien entre Haya et IBK.

Pour financer sa campagne, les ministres de l’ex-junte auraient fait des ponctions sur toutes les factures des entreprises et sociétés qui passaient au niveau de leur direction des finances et du matériel. L’attribution des marchés passait par là aussi. Ils ont tout fait pour soutenir financièrement IBK. Il est aujourd’hui redevable des hommes de Kati.
Dans notre société, l’ingratitude se paye souvent cash. Un homme avertit en vaut deux.

Yoro SOW

L’Inter de Bamako du 2 Décembre 2013