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La mise en accusation du général Sanogo constitue un examen de passage pour le nouveau régime du président Ibrahim Boubacar Kéita. Les avancées réalisées dans le dossier sont encourageantes dans l’optique d’un jugement conforme aux principes démocratiques.

jpg_une-2393.jpgL’arrestation et l’inculpation la semaine dernière du général Amadou Haya Sanogo pour « complicité d’enlèvement« continue de faire des vagues. Indétrônable dans son antre mythique de Kati il y a juste quelques mois, le chef des ex-putschistes voit désormais rouge.

Son pouvoir et son influence ont cédé devant la détermination des plus hautes autorités du pays et celle du juge d’instruction Yaya Karembé à faire toute la lumière sur la disparition de 21 bérets rouges suite à leur contre coup d’Etat manqué du 30 avril 2012.

La découverte, mercredi matin à Diago, d’un charnier de 21 corps, vraisemblablement ceux de commandos parachutistes, s’ajoute à la chaîne de preuves « irréfutables« que détiendrait le juge Karembé sur la responsabilité du général Sanogo dans le carnage de ses frères d’armes. La situation se corse donc pour l’homme du 22 mars 2012.

Les interrogations relatives à l’enquête, l’analyse minutieuse des preuves déjà disponibles et le recoupement des informations crédibles recueillies ça et là finiront par donner naissance à un dossier bien compliqué pour ce soldat sorti de nulle part. Les prochaines semaines promettent donc d’être houleuses, voire fatales pour celui qui s’était autoproclamé « De Gaulle malien« . Mais, pour l’heure, il ne faudrait jurer de rien, car beaucoup de paramètres doivent être pris en compte avant le verdict.

Dans cette inculpation d’Amadou Haya Sanogo, les nouveaux dirigeants du Mali ont dû faire face à une double pression, celle des parents des victimes et surtout de la communauté internationale. Un diplomate occidental en service à Bamako vient de nous confirmer que dans cette affaire les partenaires du Mali ont fait de telle sorte que les nouvelles autorités n’aient d’autre alternative que de traduire le plus vite possible le général Sanogo devant les juridictions compétentes.

Ce qui est d’autant plus compréhensible que plus le temps passait, plus grandes devenaient les chances de voir le présumé auteur d’atrocités brouiller les pistes et prendre goût à un rythme de vie qui ne devrait aucunement être la sienne dans un Mali post-crise. Dos au mur, le président Ibrahim Boubacar Kéita a vite réagi en démontrant que « nul n’est au-dessus de la loi« et en faisant fi de ses « affinités« avec les ex-mutins.

Contribution au renouveau

IBK s’est pour le moment tiré d’affaire et il bénéficiera de plus de confiance des uns et des autres si le processus enclenché va à son terme, dans un esprit républicain. Ce qui est certain, c’est que les pressions ne faibliront pas tant que le droit ne sera pas dit.

Nombreuses sont les réactions de soulagement depuis la mise sous mandat de dépôt du général Sanogo. Mais, cette consolation ne peut pas cacher les attentes légitimes des différentes parties par rapport à la suite à donner à ce dossier.

Le procès dans les règles de l’art du général Sanogo apaisera le climat social. Logiquement meurtries par la perte des leurs, les familles des bérets rouges disparus ne seront entièrement satisfaites qu’avec une sentence exemplaire.

Les proches des victimes comprendront finalement que l’impunité n’a plus sa place dans la cité. Idem pour le Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et de la république (FDR), la coalition anti-putsch qui jusqu’à l’inculpation du général Sanogo n’avait arrêté de dénoncer la « clémence« des responsables du pays vis-à-vis de l’accusé.

L’horizon s’éclaircit pour ces deux parties, qui, en plus de beaucoup de nos compatriotes, resteront certainement derrière les autorités jusqu’au dénouement de cette affaire. Ce sens de communion est une nécessité dans le Mali d’aujourd’hui où seule l’union des forces permettra d’atteindre les objectifs majeurs de la nation.

La réconciliation nationale et la réforme de l’armée figurent parmi les priorités du gouvernement. Nul doute que le dossier Sanogo doit être traité en toute indépendance comme n’importe quel autre cas l’aurait été, au risque d’élargir le fossé social. Ce qui aidera à réconcilier les cœurs et les esprits des Maliens et à éviter des crimes similaires dans le futur.

La préparation du futur de ce pays, particulièrement la cohabitation paisible des citoyens, commence par ce dossier dont la conclusion servira de leçon à tous, notamment au sein de la Grande muette. Cette dernière, dont le ministre de la Défense, Soumeylou Boubèye Maïga vient de lancer les travaux de réforme, devra faire peau neuve afin de répondre aux multiples défis de l’heure. Et cela ne pourrait être une réalité sans la discipline au sein d’une armée républicaine.

Tout le monde est conscient que la perte des valeurs fondamentales par notre armée pendant la décennie de règne d’ATT s’est accrue pendant la période transitoire en dépit des mises en scène. L’affaire Sanogo représente une opportunité de sonner le glas de l’ingérence de l’armée dans les affaires politiques avec comme corollaires les assassinats, les arrestations arbitraires, les promotions illégales, la corruption…

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

Les Echos du 9 Décembre 2013