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Le spectacle de ces petits corps calcinés au milieu des cendres de ce qui, jusque-là, leur servait d’école, était  insupportable. Partis comme chaque matin pour préparer leur avenir, 20 enfants du quartier Pays-Bas de Niamey ne retrouveront plus leurs familles respectives. Ils ont péri dans un incendie qui a ravagé l’école qu’ils fréquentaient, le 13 avril dernier. Ce drame qui arrache la vie à la fleur de l’âge à ces gosses, au-delà de la vive émotion et de la consternation qu’il provoque, suscite de nombreuses interrogations : quelles sont les causes de cet incendie meurtrier ? Qui en est l’auteur ? Comment les autorités éducatives ont-elles pu laisser prospérer, dans les conditions de promiscuité et de précarité que l’on décrit, en violation de toutes les normes éducatives et sécuritaires,  cette école qui accueillait plus de 2000 élèves ? En attendant que les enquêtes apportent des réponses claires à ces questions comme le réclament des organisations d’élèves et d’enseignants et sans nul doute aussi les familles éplorées,  l’on peut, déjà, pointer du doigt la responsabilité de l’Etat qui a fermé les yeux sur les conditions d’existence de ce complexe scolaire situé au beau milieu d’une ruelle commerçante où circulent de nombreux poids-lourds et tenant à peine sur un espace exigu de 750 m2, avec 3 écoles primaires et un jardin d’enfants dont 19 classes sous paillotes. L’Etat est d’autant plus coupable que le développement du phénomène des écoles sous paillotes qui a pignon sur rue, se fait avec sa bienveillante complicité, n’ayant pas toujours les moyens de répondre aux besoins éducatifs des populations. Pire, l’Etat a souvent fermé les yeux sur l’indélicatesse de certains responsables éducatifs qui, par cupidité, prennent des libertés avec les normes édictées par l’Etat ou dans les cahiers des charges quand il s’agit de promoteurs privés. 

Ce n’est manifestement pas la première fois que des incendies d’écoles ont lieu dans le pays

Il est manifeste, au regard du nombre des enfants qui fréquentaient cette école ravagée par les flammes, qu’il y avait une pléthore d’effectifs qui, non seulement nuisait à la qualité des enseignements, mais aussi a accru les risques quant à la sécurité des enfants et compliqué les actions de sauvetage des soldats du feu et des bonnes volontés accourues quand le drame s’est déclenché . C’est pour toutes ces raisons qui incriminent l’Etat, que l’on peut douter de cette rengaine des autorités nigériennes que l’on a toujours servie en de pareilles circonstances : « Toutes les responsabilités seront situées et les coupables punis à la hauteur de leur forfait ». Il faut tout simplement craindre que cette formule ne vise qu’à mettre un simple sédatif sur les meurtrissures des cœurs des parents d’élèves.  En tout état de cause, face à cette négligence manifeste, les parents d’élèves devraient faire preuve de plus de responsabilités et de discernement dans les choix qu’ils opèrent pour garantir la sécurité et l’avenir de leurs enfants. Car, ce n’est manifestement pas la première fois que des incendies d’écoles ont lieu dans le pays, donnant ainsi aux écoles, ces sinistres images de fours crématoires. Au-delà du Niger, ce drame devrait alerter des pays voisins comme le Burkina Faso où l’on dénombre aussi de nombreuses écoles sous paillotes. « Quand la barbe du voisin brûle, il faut se dépêcher de mouiller la sienne », dit un proverbe bien connu de chez vous. Même s’il est difficile de résorber, par un coup de baguette magique, toutes les classes sous paillotes, l’on peut prendre des mesures sécuritaires et former les enfants qui les fréquentent à adopter des gestes et comportements qui sauvent, comme on le voit dans les pays où les catastrophes naturelles sont fréquentes.

SAHO