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Depuis l’incarcération du capitaine-général Amadou Haya Sanogo, beaucoup d’encre et de salive ne cessent de couler. Les Maliennes et Maliens veulent connaître toute la vérité sur la vie de la Nation, notamment depuis le coup d’Etat du 22 mars 2012. Surtout après la découverte macabre des charniers de Diago à une dizaine de kilomètres de Kati ; de Dogoba, sur la route de Kolokani et enfin, de Yélékébougou, en partant vers la Guinée.

En effet, les enquêtes vont bon train et nul doute que nous iront de révélations en révélations. Mais, pour l’heure, il y a des interrogations, par rapport à découverte du charnier de Diago. S’agit-il en réalité des bérets rouges morts au combat, mais transportés là pour les besoins de la cause ou d’autres personnes ? La question est d’importance pour le juge d’instruction, comme pour le présumé coupable Amadou Haya Sanogo, et les responsables de la hiérarchie militaire suspectés d’être ses complices. Mais, aussi pour la manifestation de la vérité. Rappels des faits.

Après que le ministère de la Défense ait donné son quitus en le mettant à la disposition de la justice malienne et que le juge Yaya Karambé ait émis un mandat d’amener à son encontre. Il lui serait reproché d’avoir commandité des exécutions extrajudiciaires et disparitions le 30 septembre 2013 des soldats mutinés contre lui. Et aussi pour sa part de responsabilité dans la guéguerre bérets rouges et bérets verts qui a conduit à mort d’hommes. D’ailleurs, dans une interview accordée à un confrère de la place, Sanogo avait commis l’erreur fatale de déclarer : «Des bérets rouges, j’en ai tué de mes propres mais…». Cela se passe de tout commentaire. A noter que suite à cette mutinerie contre Sanogo le 30 septembre 2013, plusieurs militaires supposés être des auteurs du soulèvement ont été arrêtés, à l’image du capitaine Amadou Konaré et ses acolytes. Des hommes politiques, des journalistes et des membres de la société civile ont également été victimes des brutalités des putschistes de mars 2012.

Le capitaine-général qui a battu tous les records médiatiques après son putsch du 22 mars 2012, se croyait sur Jupiter, tant il se flattait d’avoir renversé «un général incompétent, laxiste…» et qui faisait «trop de cadeaux» aux rebelles armés du Nord du Mali. Très rapidement, il eut alors tous les privilèges, notamment celui «empoisonné» de Dioncounda Traoré qui l’a élevé exceptionnellement au grade de général 4 étoiles.

Ayant pris goût au pouvoir, l’homme défiait tout le monde, même la Communauté internationale. Se pavanant dans la capitale, alors que le septentrion du pays était aux mains des jihadistes, des narcotrafiquants et des groupes armés de tous acabits, Sanogo n’avait jamais pensé qu’il sera un jour devant les tribunaux. Lui qui réclamait qu’ATT soit jugé pour «haute trahison»

Propulsé par la Cédéao à travers l’Accord de Ouagadougou comme président de la République par intérim alors qu’il était président de l’Assemblée nationale du Mali, Dioncounda Traoré ne savait quoi faire de cette «patate chaude» qu’est le capitaine putschiste Amadou Haya Sanogo. Il inventa alors le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (Cnrdre) où il casa Sanogo. Ce dernier s’en régala, alors que cette structure n’était en réalité qu’une coquille vide. Venu donc pour redresser (qui ?) l’armée nationale et le Mali qui était à terre, l’homme a fini par se retrancher dans son «bunker» de Kati.

Au Mali donc, la République de Kati est née. «Ici et ailleurs, écrit un confrère de la place, le Capitaine excelle dans son jeu favori : brutalité, arrogance, vanité avec toujours la main sur la gâchette. Les actes fleurissent à son nom. L’homme est brave. Il peut sauver le Mali. Pour cela, il s’oppose à l’intervention de la Communauté internationale. Appuyé en cela par IBK, l’actuel président. Dioncounda, alors président par intérim, se voit tous les jours humilier, par l’impossibilité du Capitaine à respecter l’autorité institutionnelle. Bozola fait l’écho. Pas un évènement, sans que Sanogo ne s’exprime sur l’Ortm».

La goutte d’eau qui aura fait déborder le vase, c’est ce soulèvement de ses anciens compagnons avec comme chef de fil son plus fidèle des fidèles, Amadou Konaré. Et la suite est là. Sur demande d’enquête du gouvernement sur ce dossier brûlant, Konaré et sa bande sont arrêtés. Et Sanogo pensait qu’il ne sera nullement inquiété. Le voilà tout simplement aujourd’hui au cachot. En attendant qu’il soit probablement devant la Cour pénale internationale, même si le président IBK n’est pas partant pour cette option.

Mais, ce qui est intéressant dans cette affaire Sanogo, c’est que de grands déballages verront le jour. Surtout avec cette nouvelle rumeur que plusieurs charniers existent à travers le District de Bamako et que le militaire putschiste, Youssouf Traoré, ex-bras droit de Sanogo, aurait été arrêté, torturé et mutilé, avant que son corps ne soit donné en pâture aux lions…Vrai ou faux ? Nous le saurons dans les jours à venir, étant donné que les enquêtes se poursuivent et que le bal des révélations est ouvert.

Bruno LOMA

Le Flambeau du 12 Décembre 2013

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Affaire du charnier de Diago : Quand de hautes autorités militaires se plantent devant «Le Prétoire» !

Si actualité brûlante il y a au Mali, c’est bien celle de la découverte macabre du charnier de Diago, localité située à quelques kilomètres de Kati, ex-fief des «hommes forts» de la junte dirigée par Amadou Haya Sanogo.

A son fort «règne», trop bavard comme c’était le cas de Dadis Camara de la Guinée, évincé et contraint de s’exiler à Ouagadougou au Burkina Faso, Sanogo s’offrait volontiers le luxe de s’exhiber devant la presse nationale et internationale. Ne sachant que le printemps allait arriver. Un printemps à la malienne. Eh oui, «trop parler, c’est maladie», disait un célèbre humoriste ivoirien.

En effet, dans son euphorie au lendemain de son triste coup d’Etat du 22 mars 2012, Sanogo avait accordé une interview à notre confrère «Le Prétoire» dans laquelle il se vantait d’avoir tué des bérets rouges suite à leur contre-coup d’Etat. «Des bérets rouges, j’en ai tués de mes propres mains», clamait-il avec arrogance. En véritable professionnel, notre confrère Birama Fall, non moins Directeur de publication de «Le Prétoire», en a fait sa manchette, malgré certaines intimidations venant de Kati.

Et poursuivant ses investigations en tant que grand fouineur, il s’apprêtait à publier la grosse info : l’existence d’un charnier à Diago. Etant sur écoute pendant ses conversations pour recouper les infos, il sera interpellé par la Sécurité d’Etat et auditionné pendant plusieurs heures. N’eut été la vigilance des hommes et femmes des médias, cette affaire allait mal tourner. Mais, du moins ce journaliste aura eut le mérite de jeter les soupçons sur l’existence du charnier de Diago.

Aujourd’hui, l’histoire donne raison à M. Fall dont le professionnalisme n’est plus à démentir. Maintenant, question : pourquoi les autorités militaires cherchaient à museler la presse, notamment «Le Prétoire» par rapport à cette affaire ? Secret d’Etat, disait-on. Oubliant que tôt ou tard, la vérité éclatera. Car, comme on le dit un adage, «tous les jours pour le voleur, un jour pour le propriétaire»

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Avec la récente découverte du charnier de Diago – et d’autres attendus – l’opinion nationale et internationale est bien d’accord que la presse nationale malienne est à l’avant-garde de la démocratie et de la bonne gouvernance. Quoi qu’on dise et malgré ses moyens limités. De toutes les façons, la révélation de Diago revient à Birama Fall et il devrait être dédommagé pour le tort qu’on lui a causé, alors qu’il avait l’information. La bonne et la vraie !

Bruno LOMA

Le Flambeau du 12 Décembre 2013