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Sur Dialla Konaté, il est difficile de dire plus que ce qui l’a été déjà par le dense réseau d’amis et d’admirateurs montés à la tribune depuis le jour du triste constat qu’en l’espace de trois mois, après l’incomparable Abdou Traoré, la mort a fauché dans le vivier pourtant très exigu de l’intelligentsia malienne. Mais un hommage qui fait de la recherche de l’originalité un objectif en soi emprunte forcément à l’hypocrisie. Or, ce serait tuer une seconde fois cet intellectuel trop tôt parti, brillant matheux des générations qui ont fait les lettres de noblesse de l’ex « Colline du Savoir » et produit authentique de la formation malienne qui a pu soutenir la concurrence partout, Tunisie, France, États-Unis.

Comme nous tous, il avait ses verrues comme ses grains de beauté. Certains feront à cet « esprit du siècle » comme Attali l’aura dit de Marx, le procès de la dispersion, d’avoir jeté un trop grand filet dans le fleuve de l’ambition et par conséquent de ne pas avoir pu remonter toute la pêche. Du projet de Centre International de Calcul qui depuis Paris soulevait beaucoup d’espoir à sa doctrine de l’émergence africaine esquissée à travers conférences et articles en passant par le tout dernier projet d’université au Mali. D’autres et ils auront raison dans un sens, y verront simplement une des lacunes de sociétés qui, comme la nôtre, ne savent pas mettre en tandem le penseur et le faiseur. Simple question peut-être de savoir ce que Camus appelle « la mesure profonde ».

Rien, en tout cas, qui ait émoussé la générosité du défunt, dans ce qu’il savait concevoir, penser et partager encore moins dans ce qu’il gardait pour et partageait avec ses compatriotes les plus démunis. Ils sont nombreux à ne pas se consoler de l’avoir perdu. Les mots de son collègue à l’Université de Winston Salem, notre compatriote Guy Martin s’invitent : « nous regretterons sa gentillesse légendaire, sa constante disponibilité, son enthousiasme communicatif, son intellect hors pair et, surtout, sa soif inextinguible de connaissances ainsi que ses incomparables qualités d’éducateur ».

Ce ne sont pas des propos de rattrapage et les autres témoignages sur le défunt le confirment. Hélas, tous tant que sommes, nous serons un jour ou l’autre les passagers de ce voyage. A la veuve Mme Konaté et aux enfants, les condoléances émues du Républicain qui, comme les autres Rédactions de la place, ont connu Dialla Konaté et surtout se sont réjouies de l’avoir connu.

Adam Thiam

17 Septembre 2012