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Les morts soudaines laissent incrédules. Surtout celles d’êtres que l’on croit immortels, telle Miriam Makeba, l’enfant des faubourgs de Jo’burg tombée hier soir à la fin d’un spectacle donné pour la bonne cause. Loin de sa terre natale qu’elle a magnifiée dans un répertoire sanctionné, entre autres distinctions prestigieuses, par un Grammy en 1966.

Des chefs d’œuvre que seul l’exil permet d’enfanter. Elle avait su chanter les murs entre lesquels elle est né et qu’elle ne pouvait plus tâter, les visages chéris qui défilaient sous ses yeux et qui n’avaient jamais été aussi tyranniquement loin, les fruits de saison qu’elle ne pouvait plus ramasser en se baissant le long des rosées, l’automne sans jacaranda des ailleurs non choisis.

Tous ses titres sont beaux, mais la disparition de celle avec laquelle, toute une génération a grandi leur donne encore plus de couleur : pata-Pata, (1956), le titre mythique dont Miriam Makeba se gausse elle-même de la superficialité mais qui a fait le tour du monde ; d’autres titres langoureux de chœurs zoulous et de trompettes du Mississipi, et qui solfient la bête humaine, l’exil toujours, la discrimination basée sur la couleur et l’arrogance ; et puis l’immortel Malaika, cette complainte kiswahili de l’aimé récusé par la société parce que désargenté mais sauvé par l’amour brut et sans concession de l’aimée ; et enfin entre la suavité soussou, les percussions manding, et les cordes veloutées du maître Sekou Diabaté Dr, quelques élégies mémorables pour Sekou Touré, son hôte à elle comme à Stokely Carmichael, une figure emblématique du Black Panthers que Miriam Makeba épousera en 1969 lors de son exil américain.

Car depuis 1959, elle vit aux Etats-Unis, contrainte qu’elle fut de quitter l’Afrique du Sud pour avoir joué dans un film que l’on voudrait prémonitoire tant les temps sont durs : come back Africa.

De cet épisode à l’exil guinéen auquel elle mettra fin au décès de Sekou Touré en 1984, elle parcourt le monde, et les grands noms se bousculent à sa porte : Sylvie Vartan, Harry Belafonte, Paul Simon et Mandela qui lui demande à sa libération de rentrer en Afrique du Sud. Ce qu’elle fit mettant fin à son séjour parisien.

Une vie pleine pour une voix unique. Un combat couronné parce que Makeba eut le temps de la moisson, notamment à travers deux libérations, celles de l’Afrique du Sud et de l’Amérique, deux sacres des plus symboliques, ceux de Mandela et de Obama. C’est, à l’évidence, la seule moisson qu’elle attendait avant d’être la victime collatérale la plus célèbre de la mafia. Restin peace, Mama Africa, pour parler comme chez toi.


Adam Thiam

11 Noevembre 2008