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A nos plus jeunes enfants, son nom ne dit rien même si Baya Kanté peut bien être celle qui a offert la lame de leur baptême. Parce qu’un événement des familles foutanké à Bamako sans elle avait quelque chose de suspect. Il fallait qu’elle soit là pour donner toute l’onction, tout l’éclat qu’il fallait. En véritable patronne, elle assurait la maîtrise de cérémonie, la totale conquête des lieux. Elle régnait sur nos fiançailles, nos mariages et nos baptêmes.

Ses décisions étaient irréversibles. Même ses erreurs, si elle en commettait, étaient de vraies fatwas que personne n’osait remettre en cause. Elle savait prendre les choses en main comme on dit, avec sa prestance particulière, ses allures de grande royale entourée de ses hôtes qu’elle dominait. Plus d’une famille, plus d’un jeune marié, se souviendront de son sourire qui démasquait deux dents en or. Plus d’un haal pular se souviendra de ses paraboles et de son parler imagé. Plus d’un descendant de la diaspora foutanké se souviendra de ses impressionnantes leçons d’histoire et de généalogie.

Elle laisse une place que personne n’a comblée. Sa disparition souligne avec brutalité la cruelle évidence que nos rangs deviennent chaque jour clairsemés. Il y eut avant Bokar N’Diaye, Amadou Kaou Sissoko et d’autres. Et elle aujourd’hui. On ne peut que la saluer avec déférence, elle qui eut une vie aussi longue que pleine. Que nous aurions encore avec nous, si El Hadj Thiam avait le moindre pouvoir. Hélas, nous pouvons peu et chaque jour nous l’enseigne.

Adam Thiam

06 Mars 2012