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Le gouvernement français condamne vigoureusement l’immigration clandestine avec le plus souvent de lourdes représailles contre les immigrés illégaux. De la sorte, il entend lutter contre le recours illégal à la main d’œuvre des sans papiers, d’où l’inquiétude, voire le dilemme des entreprises qui se montrent plutôt favorables à leur régularisation.

Depuis le 1er juillet 2007, le contrôle est rigoureux concernant l’embauche des étrangers dans les entreprises françaises. Dans le cadre de sa politique de lutte contre l’emploi des sans papiers, la France a exigé des entreprises, avant l’embauche d’un étranger, de procéder à la vérification de l’authenticité de son titre de séjour auprès des préfectures.

Du coup, les entreprises locales font face à une très grande pression, car les « fautifs » sont lourdement sanctionnés. Aussi, en juillet dernier, selon un confrère français, deux responsables de l’entreprise de construction cardinale ont été condamnés par le tribunal correctionnel de Rennes, à trois ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir recouru à des sous-traitants employant des sans papiers.

L’historien et spécialiste de l’immigration, Patrick Weil a qualifié cette situation « d’une sorte de schizophrénie politico-administrative très anxiogène pour les entreprises ».

Une anxiété des entreprises d’autant plus justifiée que l’emploi des sans papiers revient « moins cher » avec parfois des conditions peu amènes imposées par les employeurs. En plus, dans certains secteurs, du moins à en croire des enquêtes, la plupart des employés sont des étrangers n’ayant pas de titre de séjour.

Pour ne pas être sanctionné comme ses homologues de l’entreprise de construction cardinale, Raynald Plateaux, qui gère une société de gardiennage et de nettoyage, s’est livré à la vérification auprès de la préfecture des papiers de la légion étrangère de sa structure, à la suite de l’interpellation d’un de ses employés, titulaire de faux papiers.


Condamnation des patrons

Le résultat est accablant : treize de ses salariés n’étaient pas en règle. Ils ont été par conséquent congédiés. Ce congédiement prend d’ailleurs de plus en plus de l’ampleur, à en croire le Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti). « Depuis quelques mois, nous recevons des étrangers en situation irrégulière qui disent avoir été remercié par leur employeur », soutient-il.

Cependant, le directeur d’une société de câblage informatique, fait des démarches auprès de la préfecture de police de Paris pour régulariser et enrôler un immigré malien, qui semble jouer un « grand rôle » dans sa structure. « Je lui avais proposé plusieurs fois de l’embaucher, raconte M. Le Goff. Mais il a toujours refusé. Un jour, la boîte d’intérim ne me l’a plus envoyé. Elle avait découvert qu’il avait de faux papiers », a-t-il confié. Vu le fait que le secteur a un besoin pressant d’employés, le directeur est déterminé à le garder en essayant de trouver une autorisation de séjour pour lui. Il regrette que « c’est du temps et de l’argent, souligne-t-il. Je ne comprends pas que le gouvernement laisse des travailleurs sans papiers cotiser pendant des années et veuille ensuite les renvoyer chez eux ».

Un point de vue partagé par les responsables de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH), qui souhaite la régularisation des sans papiers servant dans le secteur. Surtout que le secteur enregistre de plus en plus des sans papiers, dont « l’utilité » se fait ressentir. « Beaucoup de patrons nous disent qu’ils n’ont pas le temps de s’occuper des régularisations car ils ont une boîte à faire tourner. Mais ils devraient s’inquiéter un peu plus, il doit y avoir énormément d’étrangers sans titre dans notre profession », a laissé entendre André Daguin, le président de l’UMIH.

Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

28 février 2008.