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Moins d’un mois après l’investiture de Nicolas Sarkozy, les autorités françaises viennent de lever le voile sur leur nouvelle politique en matière d’immigration. D’ici la fin 2007, le ministre français de l’Immigration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement, Brice Hortefeux prévoit « d’éloigner » 25 000 sans papiers des frontières de la France.

Stupéfaction et frayeur au sein de la communauté malienne vivant en France. En effet hier, le ministre français de l’Immigration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement, Brice Hortefeux, a mobilisé tous les éléments des forces de l’ordre autour de la question de l’immigration.

Brice Hortefeux a indiqué lundi aux responsables des forces de l’ordre les objectifs à atteindre en 2007 en matière de lutte contre l’immigration clandestine, dont celui d' »éloigner » 25 000 sans-papiers, annonce son ministère dans un communiqué.

Le ministre de l’Immigration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement a, selon une dépêche de la presse, reçu à cette fin les directeurs généraux de la police et de la gendarmerie nationale, le préfet de police et le directeur général des douanes.

Outre « l’éloignement » de 25 000 clandestins, Brice Hortefeux a fixé trois objectifs nouveaux, à commencer par une hausse du nombre d’interpellations de sans-papiers, a révélé la presse.

« Le ministre a défini un objectif de 125 000 personnes mises en cause pour infractions à l’entrée et au séjour des étrangers« , précise le communiqué.

Brice Hortefeux souhaite renforcer la lutte contre le travail illégal des étrangers à travers, notamment, « la fixation d’objectifs mensuels précis en matière de répression de l’emploi d’étrangers sans titre« .

Le ministre prône, enfin, « une lutte plus efficace contre les fraudes à l’identité« .
« Ces trois actions contribueront au démantèlement des filières qui exploitent la misère des immigrés clandestins« , explique le ministère dans son communiqué.

Brice Hortefeux souhaite par ailleurs faire passer à 2 500 cette année le nombre de personnes bénéficiant d’une aide au retour volontaire, « soit une augmentation de 25% par rapport à 2006« .
Avec ces mesures, Nicolas Sarkozy, n’a pas démenti « tout le mal » qu’on pense de lui.

Selon le ministre des maliens de l’extérieur et l’Intégration africaine, Oumar Hammadoun Dicko, aujourd’hui, la diaspora malienne à l’extérieur est estimée à 4 millions de personnes dont 3,5 millions en Afrique et 500 000 autres à travers le monde. En Europe, poursuit- il, la diaspora malienne varie autour de 200 000 dont 140 000 en France.

Pour débattre de ce phénomène, le Forum pour un autre Mali (FORAM) – une coalition d’ONG et d’associations – de la société civile a organisé des journées commémoratives des événements de Ceuta et de Melilla du 27 septembre au 7 octobre derniers.

Pour Madame Aminata Dramane Traoré, ancien ministre et tête de proue du FORAM, il est du devoir des intellectuels et de la société civile de s’intéresser et surtout se positionner par rapport au phénomène de l’immigration en posant la lancinante question : pourquoi les jeunes partent et quelles sont les alternatives pour empêcher les jeunes de partir ?

Phénomène culturel

Au Mali, le phénomène de l’immigration est également culturel. A Kayes, en première région, où le phénomène est très répandu, les parents eux-mêmes poussent les gens à immigrer, a expliqué Amadou Sylla, ressortissant de Kayes.

Dans certaines de ces localités, affirme-t-il, les jeunes ne peuvent pas prétendre à se marier sans « subir » le test de l’immigration. A leur actif, de nombreuses réalisations sont financées, à savoir des écoles, des centres de santé, d’alphabétisations, des forages…, déclare avec fierté un responsable du Haut conseil des maliens de l’extérieur.

Selon un document du ministère malien des affaires étrangères relatif à la table ronde de Kayes tenue en janvier 1997 sur l’apport des migrants dans le développement du pays, les maliens de l’extérieur ont transféré, pour la seule année de 1995, la somme de 86 874 000 000 F CFA.

Conscientes de cet apport, les autorités maliennes soutiennent les Maliens de l’extérieur, voire même le phénomène de l’immigration
Obnubilés par les mirages de l’occident, les volontaires à l’exil au Mali ont jeté leur dévolu sur l’Espagne, la France et les Etats-Unis.

Pour le ministre Dicko, lors des récentes consultations Mali – Union Européenne sur la migration, le scandale de l’immigration réside « dans les programmes d’ajustement structurel, dans les subventions à l’agriculture, dans la paupérisation croissante de nos campagnes, dans la mal gouvernance de nos Etats, dans les effets pervers de la globalisation et de la mondialisation« .

« Il ne faut donc pas se voiler la face, il ne saurait y avoir de réponses à l’immigration sans réponses adéquates et urgentes à l’échange inégal, à la détérioration constante des termes de l’échange, aux subventions qui tuent l’agriculture« , a-t-il poursuivi.

Lors des récentes consultations Mali – Union Européenne sur la migration le 26 septembre dernier, la Chef de la Délégation de la Commission européenne, Mme Irène Horejs, a soutenu : « il n’y aura pas de solution magique…il faudra s’attaquer aux problèmes de fond liés à la lutte contre la pauvreté au Mali et à son développement« .

A la fin de la rencontre, la Délégation de la Commission européenne a annoncé que pour le futur « en terme de disponibilité de nouveaux FED (Fonds européen pour le développement) pour la période 2008-2013, le montant indicatif est de plus de 426 millions d’euros (280 milliards de FCFA)« .

Cette aide a pour vocation de fixer les populations locales et de « maîtriser les flux migratoires« .

Almahady M. Cissé

05 juin 2007.