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Il semble que quand il s’agit des immigrés, les droits de l’Homme sont sans importance. Il y a quelques jours, dans une émission « d’information » de TV5 (j’avoue avoir oublié le titre, ce qui n’est pas glorieux pour un journaliste), j’ai vu un morceau de reportage sur les talents de la police française en matière d’expulsion des sans papiers. La caméra nous montrait comment ces braves flics, défenseurs de l’ordre et de la loi, procédaient pour embarquer les dangereux immigrés pris lors des rafles ou des contrôles de faciès.

Un honorable monsieur qui, de surcroît, parle français avec l’accent parigot a été mis aux fers puis attaché (je vous le jure, il a été ligoté) aux deux jambes avec du ruban adhésif afin qu’il puisse être transporté facilement jusqu’à l’avion et renvoyé dans son patelin de misère qu’il voulait fuir. Puis, une autre dame, à l’accent bantou, a subi le même sort.

Un ami à moi, très naïf et agité sur les droits de l’Homme m’a téléphoné en hurlant presque : « Ont-ils besoin d’attacher ainsi les gens ? » Il faut dire que le bonhomme, avant d’atterrir au Canada avec un visa d’immigrant en bonne et due forme et devenir citoyen de la feuille d’érable, avait goûté à la médecine de la police française.

Installé confortablement à Paris de 1991 à 1996, il a été cueilli un jour sur son lieu de travail, suite à une dénonciation anonyme. Il a été menotté puis attaché à son siège de Roissy à Sénou sans même pouvoir se désaltérer une seule fois. Dans sa fureur du jour, il me demande candidement : « Pourquoi ces gens ne nous respectent pas ? Penses-tu qu’ils oseraient traiter ainsi un Roumain ou un Russe ? ».

Non, mon cher droit-de-l’Hommiste ! Certes pas. Sauf que, il y a à peine un mois, des dizaines de Maliens ont été arrêtés, emprisonnés, battus, spoliés de leurs biens et jetés dans un avion à destination de Bamako sans même provoquer un simple communiqué de protestation de nos autorités. Ce n’était pas en France mais au… Mozambique. Eh oui, en Afrique. Et en plus, un pays que le Mali et Modibo Kéita ont aidé à devenir indépendant.

Le Mali a fourni aux combattants mozambicains armes, argent, entraînement militaire et tribune politique. Il paraît que l’ambassadeur du Mali au Mozambique avec résidence en Afrique du Sud était trop occupé pour daigner épauler ses compatriotes. Il n’avait même pas le temps de venir leur dire « au revoir ». Il était sûrement débordé de travail… Mais oui, mon cher.

Le Malien est ainsi fait. En France, en Russie, en Hongrie, au Gabon, au Zaïre, au Congo-Brazza, au Zimbabwe, à Diapaga ou Fongolimbi, tu peux l’arrêter, le battre, le spolier, le torturer et même le tuer, oui proprement le tuer (comme dirait Aimé Césaire), tu es sûr que personne ne lèvera le petit doigt pour le défendre. Alors, les Maliens ont appris à se défendre tout seuls, à encaisser, à endurer. Et ce n’est pas demain que cela va changer.

En réalité, au-delà du cas anecdotique de ces Africains présentés sur TV5, je pense que le fond du problème réside dans l’image de misère et de nécessité que véhicule le continent africain. Tant que l’Afrique ne représentera pas un intérêt économique, ce mépris ne disparaîtra jamais. Cela confirme que l’histoire qui circulait au début des années 1980 dans les milieux branchés reste encore d’actualité.

Un chef d’État africain en visite en France veut se faire tailler des costumes sur mesure. Il envoie son ambassadeur chercher Yves Saint-Laurent en promettant au couturier une commande de 50 costumes à 100 000 francs français l’unité. _ Quand l’ambassadeur transmet le message à Yves Saint-Laurent, ce dernier lui répond sans lever les yeux : « Va dire à ton cannibale qu’il est président de sa république bamboula chez lui, ici, il est un nègre parmi des milliers d’autres. Je ne me déplace pas pour lui ! ».

L’histoire est certes apocryphe mais il est curieux de constater qu’elle n’a jamais porté sur un chef d’Etat arabe ou asiatique.

Ousmane Sow

(journaliste, Montréal)

13 février 2008.