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« Il y a un an se déroulait dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla un drame dans lequel périssait plus 4000 jeunes« , a souligné Aminata Dramane Traoré lors de l’ouverture des journées commémoratives pour rendre hommage aux victimes du drame de l’immigration clandestine.

Aujourd’hui, poursuit – elle, « la lutte contre l’immigration clandestine est une lutte contre les jeunes« .

Pour Madame Aminata Dramane Traoré, il est du devoir des intellectuels et de la société civile de s’intéresser et surtout se positionner par rapport au phénomène de l’immigration en posant la lancinante question : pourquoi les jeunes partent et quelles sont les alternatives pour empêcher les jeunes de partir ?

Près de 400 participants de diverses nationalités africaines et européennes ont pris part à cette rencontre de Bamako pour exorciser le mal de l’immigration à travers des témoignages, des rencontres culturelles et exposition d’œuvres artistiques.

La rencontre qui a commencé ce matin se déroulera jusqu’au samedi 7 octobre prochain. Elle sera sanctionnée par une déclaration. Cette rencontre est organisée par « l’Association : Retour – Travail – Dignité », qui est un collectif de 200 immigrés.

Tous des rescapés de Ceuta et Melilla. « Contrer les discours mensongers et penser des stratégies nouvelles« . Tel est le slogan de cette association.

« Il y’a un an, nous revenons de l’enfer…le cœur meurtri, martyrisé, parfois mutilé« , a déclaré avec un ton plein d’émotion le président de cette association, Mamadou Kéita.

Rescapés, ils ont été refoulés le 16 octobre 2005 avec un certain nombre de ses camarades d’infortune. Avec difficulté, il arrive à décrire les étapes et les souffrances de leur mésaventure.

« Nous sommes sortis de nos familles et nos pays la rage au cœur avec l’envie de réussir…l’Europe a brisé notre élan« , s’est indigné Mamadou Kéita.

Il poursuit : « l’idée d’immigrer n’aura pas effleuré notre esprit si nous avions eu du travail ici« .

Après des témoignages émouvants et souvent pathétiques des rescapés, il ressort que les causes de l’immigration sont multiples.

Le chômage et la pauvreté en constituent les principales. Et surtout, le rêve et le mirage de l’eldorado occidental.

Si partir pose des problèmes, selon les rescapés, le plus dur est retourner au bercail. « Nous sommes revenues blessées et humiliées« , a témoigné une jeune camerounaise qui a vécu elle aussi le drame de l’immigration.

Le ministre français de l’Intérieur, Nicolas Sarkosy, a été vivement décrié à cause de sa politique dite « d’immigration sélective ».

« Sarkosy se trompe de guerre et d’ennemis…les africains qui partent en Europe ne sont pas des criminels, mais ce sont des quêteurs de passerelles et de justice« , a fustigé Aminata Dramane Traoré.

Ces journées commémoratives ont enregistré, entre autres, la présence du leader de la Confédération paysanne française José Bové et des parents des deux jeunes guinéens Fodé et Yaguine, qui ont perdu leur vie dans le train d’atterrissage d’un avion de la Sabena en 1999.

Le 29 septembre 2005, date à laquelle survenait le drame de Ceuta et Melilla, correspond selon les organisateurs à un « 11 septembre 2001 » pour l’Afrique.

C’est pourquoi, dira Aminata Dramane Traoré, nous ne devons pas rester indifférents à ce phénomène. Il faut agir. Et mieux proposer des alternatives pour empêcher l’immigration. Tel est tout l’enjeu de la rencontre.

Almahady M. Cissé

04 octobre 2006.