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Certitudes à crever l’œil, flou artistique, implications gravissimes, voilà comment d’un trait, on peut parler de la libération des otages d’Arlit, principale nouvelle du jour et pour de bonnes raisons.

Certitude, ils sont bel et bien libres : le président français l’a publiquement annoncé, le triomphe modeste ; le président nigérien, sur un nuage, a consenti pour l’affaire ce qui restera probablement une de ses plus longues interviews téléphoniques ; les familles des otages ont sauté le champagne ; et puis les heureux ex otages étaient à la une des télés du monde, amaigris, le visage buriné par le soleil et mangé par la barbe.

Certitude encore, le salafisme – ou son prétexte- n’enlève pas les «croisés » au Sahel pour leur infliger une sanction doctrinaire, mais pour espérer les échanger contre une faveur ou de l’argent. Dans un cas comme dans l’autre, pour un compromis, lorsqu’il donne la liberté à quatre salariés dont le seul crime était d’être Français.

Ou une compromission lorsque les moyens issus du compromis peuvent tuer Damien Boiteux, ses cinq autres compatriotes et d’autres héros comme il en est tombé dans la lourde guerre du Sahel. Pour le flou artistique, silence de tombe sur la rançon payée.

Les seuls commentaires sont ceux de la presse et ils resteront une conjecture. Et sur le coup d’Arlit dont on sait qu’il avait été porté par le remplaçant de Abuzeid, mutisme absolu sur comment ou si Iyad Ag Ali -il est l’auteur du carnage de Konna et les Américains l’ont mis sur leur liste de terroristes recherchés- était le détenteur final des otages libérés. Les implications qu’on en tire ? Si de l’argent a été payé aux islamistes, alors l’opération hydre aura été bien nommée.

Car les barbus pousseront d’autres têtes. Pour le malheur immédiat du Sahel. Mais contre la sécurité globale demain. Dernière implication pour la rue bamakoise déjà surchauffée par la gestion de Kidal : parce qu’ Iyad Ag Ali aura joué un rôle important dans la libération des otages d’Arlit, on lui a donné le Mali entier comme rançon. Où et quand frappera t-il de nouveau ?

Adam Thiam

Le Républicain du 30 Octobre 2013