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Dans un Ping pong verbal, le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) et le ministre de l’administration territoriale entretiennent la confusion dans la perspective électorale du 28 juillet. Pour le premier, il sera «extrêmement difficile de tenir l’élection» à cette date. Le second rétorque que «rien ne justifie un report» du scrutin. Mais que pense la «rue de Bamako» dans tout cela. Micro trottoir !

Samba Dembélé, habitant à Baco Djikoroni ACI : «La population ne prendra pas au sérieux une nouvelle date d’élection»
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Je pense que les maliens souhaitent de tout cœur cette élection parce qu’un pays sans président est exposé à tous les risques. Nous, nous pensons que nous avons un président, la communauté internationale dit le contraire. Pendant ce temps, les gens souffrent. Que devons nous faire ? Il faut donc faire cette élection. Le plus tôt serait le mieux pour sortir de la crise. Je ne peux pas m’aventurer sur le terrain de la crédibilité de l’élection. C’est aux autorités d’évaluer cette question. Le ministre de l’administration territoriale dit qu’on peut la tenir. On doit lui faire confiance. Mais il faut aussi qu’il nous dise les vrais problèmes liés à cette situation.
Beaucoup de personnes ont pris leurs cartes dans l’espoir de voter. Il ne nous reste plus que quelques jours. S’il faut reporter l’échéance, il faudra un argument solide pour convaincre ces gens. Le risque de ce report est que la population ne prendra plus au sérieux une nouvelle date. J’ai été à la recherche de ma carte, on m’a fait trainer. Et j’ai décidé d’attendre que l’affluence s’estompe pour ensuite aller voir encore.

Nous nous résignerons à suivre la personne que Dieu nous donnera comme président. Sinon, la situation malienne exige un président courageux. Tout ce que nous vivons est de la faute d’ATT. On ne peut pas se permettre d’accueillir des gens en arme sur son sol arguant qu’il s’agit de concitoyens. Et s’ils décident d’attaquer le reste de la nation ?

Oumar Kassogué, étudiant : «Il y a trop de risques que nos militaires partent à Kidal étant donné que les rebelles ne sont pas désarmés»jpg_une-1904.jpg

La perspective de cette élection m’étonne par rapport au statu du nord qui n’est pas encore libéré. Un accord n’est pas la solution pour sécuriser le nord. Ces rebelles peuvent récidiver à n’importe quel moment y compris pendant le processus électoral. Il y a trop de risques que nos militaires partent à Kidal étant donné que les rebelles ne sont pas désarmés. Dire que le désarmement aura lieu après, je n’y crois pas.
Mon inquiétude est surtout liée à la situation sécuritaire encore précaire. Malgré tout, si les autorités s’obstinent à organiser l’élection, nous irons voter. Mais qu’elles s’assurent que les conditions de transparence soient réunies. Nous avons trop duré dans cette situation de fraude électorale. Les électeurs et les urnes doivent être sécurisés.

La première mission du président élu sera de faire face à la question du nord. Il faut qu’il soit donc sincère et animé d’une volonté patriotique. On vient de voir en Egypte que des manifestants ont chassée du pouvoir le président élu. Ce qui veut dire que l’élection ne permet pas au président de faire ce qu’il veut. Il doit travailler avec la volonté du peuple.

Korotoumou Doumbia : gérante de Cybercafé à Torokorobougou : «Je ne vois aucun inconvénient à la date du 28 juillet»

Je pense que l’élection qui se prépare doit être organisée le plus rapidement possible afin de normaliser la situation politique. Nous avons tout à perdre s’il n’y a pas d’élection. C’est pourquoi je ne vois aucun inconvénient pour la date du 28 juillet.

Diarrah Diakité, Cireur : «Le nouveau président doit s’attacher à restaurer la confiance entre l’Etat et la population»
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Nous autres illettrés semblent être considérés comme des citoyens de seconde zone. On ne nous explique rien. Nous sommes aussi des citoyens même si les intellectuels semblent l’ignorer. Mon avis est que si les autorités pensent qu’on peut tenir cette élection, nous leurs suivrons, nous voterons. Par contre, je ne suis pas convaincu que cette élection sera transparente. Cette conviction se fonde sur les expériences électorales précédentes. Les élections passées n’ont pas été du tout bien organisées. Nous osons croire que ce sera différent, que la présente élection sera transparente.

Mais je pense que le délai du 28 juillet est intenable parce qu’on n’a pas récupéré l’intégralité de notre territoire. Un pays, c’est comme la famille : sa beauté existe dans la satisfaction de tous ses membres. Il faut que tous le monde soit à l’aise. Cela veut dire que les problèmes politiques que nous connaissons doivent être résolus. Il faut réunifier le pays mais aussi réconcilier les acteurs. Pas seulement dans le nord mais aussi à Bamako et partout dans le pays. C’est après tout cela qu’on pourra voter.

Le problème est que la confiance est rompue entre les autorités et la population au point que nous croyons plus ce que disent les étrangers. Le nouveau président doit s’attacher à restaurer cette confiance. Ce n’est pas sorcier. Il faut qu’il travaille d’une manière loyale, peu importe qu’il soit musulman, chrétien ou autre. Nous avons besoin d’un président loyal et patriote, un président qui se soucie de ses concitoyens. C’est pourquoi, j’appelle les électeurs à la clairvoyance. Tous les candidats ont un passé. Il suffit simplement de regarder ce passé pour forger sa propre opinion et choisir son candidat.

Binké Sylla, étudiant à la FSJP : «Le nouveau président doit être, à mon avis, une personne pieuse…»

Ça m’étonnerait que cette élection se tienne parce que le nord, notamment Kidal n’est pas encore libéré. J’aurais souhaité que cette partie du pays soit véritablement libéré avant qu’on ne pense à organiser une élection. Il faut d’abord stabiliser le pays. L’accord signé avec les rebelles ne m’a jamais convaincu. Il y est écrit que le MNLA doit être cantonné pour que l’armée rentre à Kidal. Cela n’est pas normal. Cette région fait parti du Mali. De la manière dont nos militaires sont rentrés dans les autres régions, ils doivent pouvoir aller à Kidal pour que l’administration soit en sécurité.

La crédibilité du processus électoral est entachée par les années de négligence auxquelles nous avons assisté au sommet de l’Etat. Et c’est ce qui me rend dubitatif pour le reste du processus. Il ne reste à la population qu’à se révolter pour imposer sa volonté. C’est un devoir pour nous citoyens de voter. Si les autorités maintiennent le scrutin à la date indiqué, j’irai voter. J’ai déjà retiré ma carte Nina, mais il faut reconnaitre que beaucoup n’ont pas encore eu les leurs. Il y a beaucoup de cafouillage autour de l’opération de retrait : l’accès aux cartes est difficile, certains ont fait le Ravec mais n’ont pas leurs noms sur les listes. Il y a trop d’insuffisances… Je pense même qu’il est nécessaire de reprendre cette opération pour ces derniers. D’où la nécessité de report de l’élection.

Je pense que le président de la CENI a raison quand il dit que ce sera difficile de tenir cette élection le 28 juillet. La CENI est là pour la supervision de ces opérations. Nous devons prendre en compte ses observations. Dans tout cela, le problème est que nous ne décidons pas nous même. Nous sommes à la solde de la communauté internationale. Toute cette situation est due à une pression extérieure.
Le nouveau président doit être, à mon avis, une personne pieuse, patriote, sincère avec le pays.

Seydou Coulibaly – © AFRIBONE – Le 5 Juillet 2013