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La jeune fille soupçonnait son amant de lui être infidèle. Mais la vérité était plus pénible qu’elle ne le pensait.

Les « voltigeuses » sont une espèce en pleine expansion à Bamako. Par ce terme, nous désignons ces jeunes filles qui papillonnent entre les hommes pour tirer ce qu’elles peuvent de chacun de chacun de ceux-ci. Nous parlons de « jeunes filles« , mais cette définition n’est pas totalement exacte. Car la limitation d’âge a sauté depuis longtemps.

Désormais, les « voltigeuses » se recrutent aussi chez les femmes bien installées. Des femmes qui sont souvent des mères de famille apparemment honorables et tranquilles. Mais qui se transforment du tout au tout lorsque l’occasion se présente à elles de capturer un partenaire intéressant.

Devant ce phénomène qu’ils n’ignorent pas, certains de nos lecteurs s’en prendront, comme à leur habitude, à la dissipation des mœurs et à la disparition des tabous moraux. D’autres, plus réalistes, invoqueront la conjoncture difficile qui encourage le « chacun pour soi« .

Pour notre part, nous nous garderons bien de porter un jugement quelconque, mais nous faisons un constat : au train où se bouleversent les comportements, le mot « inimaginable » n’aura bientôt plus aucun sens.

Ce qui est clair, c’est que les voltigeuses d’un certain âge ont dépassé le stade des scrupules et des remords. Leurs actes sont dictés par une conscience aiguë de leurs intérêts et sont posés sans le moindre état d’âme. Mais à ceux qui s’avisent de les juger, ces dames diront qu’elles ne font que suivre une tendance générale.

Face aux difficultés de l’heure, vous disent-elles, il n’y pas de mauvaises réponses. Il y a seulement celles qui marchent et celles qui ne marchent pas. Elles vous font remarquer que désormais le grand banditisme, le vol, l’escroquerie bordent notre quotidien.

Tous les moyens sont donc bons pour gagner le fameux « l’argent« . Ce que d’autres appellent « prostitution » ou « débauche » représente pour elles une manière de s’adapter.

Ces dames vous parleront aussi du comportement qu’adoptent de plus en plus de jeunes filles vis à vis des hommes. Ces demoiselles se partagent entre trois types de mâles. Il y a d’abord les « Chic« , qui sont les parfaits play-boys, bien habillés, frimeurs et beaux parleurs, avec lesquels il est agréable de sortir, mais qui ne vous offrent autre chose que des aventures sans lendemains.

Puis viennent les « Chocs« , les élus du cœur, ceux qu’on peut suivre jusqu’au bout du monde, mais qui malheureusement n’ont jamais les moyens de vous offrir ce que vous attendez sur le plan matériel.

En dernière position viennent les « Chèques« , les grands argentiers, ceux qui ne vous épouseront sans doute jamais, mais qui sont suffisamment fortunés pour résoudre tous les problèmes que vous leur soumettrez. Ils sont généralement âgés et amateurs de chair tendre.


Deux heures sans bouger :

Ils appartiennent à la caste des hauts fonctionnaires ou au milieu des riches commerçants. Ils ne savent pas dire « non » et sont même heureux de se voir solliciter fréquemment, car cela veut dire qu’ils sont indispensables.

Les « Chèques » souhaitaient à une certaine époque que leur liaison soit entourée de la plus grande discrétion.
Mais cette réserve disparaît de plus en plus. Ces hommes d’un certain âge aiment maintenant parader avec leur conquête au bras dans les hôtels et ne se gênent plus pour arriver avec leurs maîtresses dans leurs voitures de luxe.

Les « Chèques » à un certain moment ne s’intéressaient qu’aux très jeunes filles. Mais leur goût a évolué et désormais ils ne dédaignent pas les femmes mûres et mariées. Certainement parce que la compagnie de ces dames qui ont déjà une certaine expérience de la vie leur est plus agréable que celle de jeunes beautés qui n’ont que leur physique comme attrait.

Le malheur, c’est que lorsque ce genre de liaison se dévoile, ses effets collatéraux sont parfois terribles. Car la chute d’une femme d’un certain âge entraîne généralement dans son sillage le chagrin d’un époux qui tombe de haut et le traumatisme d’enfants qui ne comprennent pas ce que leur mère allait faire dans cette galère. C’est un peu ce qui arrive dans l’histoire que nous vous proposons aujourd’hui.

Le sandale s’est produit la semaine dernière devant un hôtel de Hamdallaye A.C.I. aux environs de 22 heures et demi. Des cris furieux se faisaient entendre dans le parking, attirant une foule de plus en plus nombreuse de noctambules. Ceux-ci se délectaient de ce qui arrivait et qui se produit assez souvent dans cette zone.

Apparemment, un homme avait été surpris en flagrant délit d’infidélité par une très jeune fille et essayait de calmer celle-ci. Il avait d’autant plus de peine à le faire que dans la voiture garée sur le parking se trouvait celle qui l’avait accompagné à l’hôtel.

Selon les explications que nous a données plus tard le gardien du parking, la fille en question serait arrivée en taxi quelques minutes après que le monsieur qu’elle interpellait et une dame soient entrés dans l’hôtel. Elle avait regardé autour d’elle et avait assez rapidement repéré un tout terrain « KIA Sportage », garé dans l’obscurité.

Elle avait demandé au gardien si le propriétaire du véhicule était bien entré dans l’hôtel. Son interlocuteur fut obligé de répondre par l’affirmative. La jeune fille fit une rapide incursion à la réception, sans doute pour s’assurer que l’homme qu’elle traquait avait bien loué une chambre. Puis elle revint s’asseoir près du gardien.

« Comme notre banc n’était ni vraiment propre, ni très confortable, nous raconta le gardien, je lui ai suggéré d’entrer et de s’installer dans le petit salon de la réception. Mais elle m’a répondu que notre siège lui convenait parfaitement. Elle est restée là deux heures, pratiquement sans bouger. Puis aux alentours de 22 heures, elle commença à manifester son impatience. Elle s’est mis debout et a entamé des va-et-vient interminables entre l’hôtel et le parking. Pour la calmer, je lui ai demandé si elle avait un moyen de contacter l’homme qu’elle attendait. Elle m’a répondu qu’elle l’avait déjà fait et que l’autre lui avait répondu par un SMS pour dire qu’il était en route« .

En effet, quelques minutes plus tard, un couple sortit de l’hôtel et se dirigea vers le tout terrain. L’homme très prévenant ouvrit la porte du passager pour permettre à sa compagne de s’installer confortablement. La jeune fille parut n’avoir attendu que ce geste pour se précipiter vers la voiture en ignorant les appels au calme de son « djatigui » qui sentait que des choses désagréables allaient se produire. Alors que l’homme s’apprêtait à monter à son tour dans la voiture, la jeune fille l’agrippa par sa chemise, tout en lui lançant des injures.


Une remarque terrible :

Une discussion très vive éclata entre les deux. Les propos devinrent tellement violents que la dame déjà installée dans la voiture et qui avait choisi dans un premier temps de laisser l’homme se débrouiller seul, se décida à sortir pour essayer de calmer la jeune fille. Mais cette dernière se jeta sur elle, toutes griffes dehors. Le gardien du parking et des passants se précipitèrent pour séparer les deux femmes.

Celles-ci dans leur empoignade avaient quitté la zone très obscure du parking pour se retrouver sous l’éclairage de la façade de l’hôtel. Quand les « forces d’interposition » les séparèrent, les bagarreuses purent donc se dévisager. La dame qui était d’un certain âge eut un haut le cœur et porta la main à sa poitrine sous le coup d’une forte émotion.

Quant à la fille, elle ouvrit tout grand la bouche pour hurler « Maman, Maman, Maman… ». Puis elle s’écroula à terre. L’homme, cause de tout ce remue-ménage et très inquiet devant la tournure prise par les événements, se précipita vers la fille pour lui demander ce qui lui arrivait.

L’autre éclata en sanglots et à travers ses larmes fit cette remarque terrible : « Tu a osé coucher avec ma propre mère« .
Cette phrase s’abattit comme un coup de foudre non seulement sur celui à qui elle était adressée, mais aussi sur tous les témoins de la scène. L’homme se redressa en titubant, porta la main à son front et brusquement se mit à courir vers sa voiture.

Il démarra en trombe et disparut dans l’obscurité, abandonnant ainsi les deux dames à leurs explications. Les curieux avaient fait un cercle autour des deux « victimes » et échangeaient les commentaires à mi-voix. La mère se précipita vers sa fille qui était toujours à terre pour l’aider à se relever.

Mais la jeune fille la rejeta violemment. »Ne me touche pas, Maman, lança-t-elle à l’autre. Quand je pense que tu as dit à Papa que tu te rendais aujourd’hui à Koulikoro. C’est ici Koulikoro ?« . La mère, désarçonnée par la hargne de son enfant, resta muette. Après avoir jeté un regard désemparé autour d’elle, elle rejoignit à petits pas précipités la rue éclairée et héla un taxi de passage.

La jeune fille, quant à elle, resta encore quelques instants assise à terre. Elle continuait à pleurer sous le regard compatissant des curieux qui n’osaient cependant pas s’approcher d’elle pour la consoler. Puis elle sécha ses larmes et alla elle aussi à la recherche d’un taxi.

Comment s’est terminée cette histoire, nous ne saurions vous le dire. Nous sommes tombés dessus par le plus pur des hasards et les protagonistes étaient inconnus de ceux qui ont assisté à cette scène.

Mais la manière dont la mère et la fille se sont comportées après la révélation de leur liaison avec le même homme, nous fait pressentir que les choses vont être très compliquées à régler entre les deux.

Et qu’il est possible que le malheureux mari et les autres enfants (s’il y en a) risquent de figurer parmi les victimes à venir.

Doussou Djiré

L’Essor du 21 avril 2008.