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Battus en rase campagne, publiquement rudoyés ou intimidés loin des regards… les journalistes, aujourd’hui, sont assurément dans l’œil du cyclone. Il faut dire que la liberté de presse et au-delà la liberté d’opinion a pris un sérieux coup à la nuque la semaine derrière avec l’incarcération de SOD d’Info-Matin à la diligence du procureur de la République en Commune III. Chef d’inculpation : « offense au chef de l’Etat ».

Le confrère, faut-il le rappeler, a commenté le 1er juin 2007 un sujet fictif intitulé « la maîtresse du président de la République », traité par des lycéens. Mais, pour ne pas alerter les défenseurs des droits de l’Homme et de la liberté de la presse, le juge debout, qui dit s’être autosaisi (c’est un aveu de taille), a cru bon de dénier la qualité de journaliste à notre confrère : en ignorant la loi sur la presse et les délits de presse, qui est claire en l’occurrence. Comme un vulgaire malfrat, SOD séjourne depuis jeudi soir à la Maison centrale d’arrêt de Bamako.

A qui le prochain tour ? La question mérite d’être posée d’autant que c’est une vraie menace qui plane désormais sur tous les journalistes qui ont “l’outrecuidance” d’aller à contre-courant du régime. Va-t-on dorénavant les interroger et les inculper en faisant fi de leur qualité ? Autre temps, autres mœurs.

Que n’a-t-on dit au président de la République de 1992 à 2002 ! Il a été nommément vilipendé, insulté…, traîné dans la boue par une certaine presse sans que cela n’émeuve le parquet. C’était bien le comble de la liberté de la presse.

Conscient cependant que l’apprentissage allait prendre du temps, il avait laissé faire. A présent, la récréation semble terminée. Est-ce donc la prémisse fondamentale de la rupture annoncée par le chef de l’Etat dans son discours d’investiture ?

Si oui, que chacun réponde alors de ses actes dans les règles de l’art ! Le procureur de la Commune III, spécialement chargé de lutter contre la corruption et la délinquance financière et qui s’est subitement rendu compte qu’il peut s’autosaisir, aurait alors du grain à moudre parce que ce ne sont pas les révélations de la presse et les faits patents sur ces deux préoccupations qui manquent.

Il y gagnerait plus en notoriété et en services rendus à la nation qu’en traduisant un pauvre journaliste qui, au demeurant, s’est insurgé (même si c’est à tort) contre le sujet incriminé.

A. M. T.

18 juin 2007.