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Dans un pays, qui nous sert de modèle, le président n’a récemment été autorisé à mettre en œuvre ses réformes que sur le fil du rasoir. Alors qu’il dispose d’une large majorité à l’Assemblée nationale et au Sénat, réunis en congrès, il a manqué de peu d’avaler la couleuvre du désaveu. De nombreux élus de son camp, sceptiques, étant restés indécis jusqu’à l’ultime moment.

Ici, au nom d’un consensus béat, le législatif, présenté dans les textes comme le garde-fou idéal face aux dérives autoritaires, pourrait envoyer à la potence les rares députés qui se réclament de l’opposition et qui prennent leur courage à deux mains pour porter la contradiction à ceux qui, forts de leur nombre, imposent toujours leur « volonté« . Démocratie tropicalisée quand tu nous tiens !

Qualifiée autrefois de « caisse de résonance » du pouvoir, la représentation nationale, semble encore groggy, incapable qu’elle est de se défaire d’une sorte de « camisole de force » dont on l’avait affublée. De nos jours, au nom d’une « majorité présidentielle » confortable pour un président dit « indépendant« , c’est-à-dire normalement à équidistance des partis politiques, les projets de lois passent néanmoins comme lettres à la poste.

Il en a ainsi été de la privatisation de la CMDT, malgré l’importante contribution du secteur coton dans l’édification nationale, et partant dans le maintien de la stabilité politique et sociale dont nous nous vantons à longueur de… discours. L’on nous rétorquera peut-être que les députés n’avaient pas le choix et que c’était un diktat de l’Occident qui voulait, sans en avoir l’air, voir la Compagnie passer sous les fourches caudines des institutions de Bretton Woods. Alors, adieu souveraineté nationale !

Mais, demain aussi, si Dieu nous prête longue vie, le projet de loi portant abolition de la peine de mort, quoique controversé, aura son droit de passage honorable. Même le déverrouillage constitutionnel, avec à la clef un 3e mandat réussirait son examen de passage pour peu que celui à qui il profite le décide.

Pourquoi diable continue-t-on donc à traiter royalement des « élus » qui ne sont payés que pour laisser passer tout projet de loi dans un pays de grandes palabres ? N’est-ce pas un gâchis quand tout est à construire ? Parfois, le peuple, qui a faim et soif de tout, a le sentiment que ses « envoyés » ne vivent plus sur la même planète que lui.

Puisque chez nous « majorité présidentielle » rime avec tout accepter du président et de son exécutif, ne serait-il pas bon de renoncer au Parlement, chaque fois que c’est le cas, et permettre au puissant président de tout régler par ordonnance ? Ceci pourrait être le résultat d’une démarche « consensuelle » qui nous permettrait au moins de réaliser des économies de temps et d’argent sur les salaires et autres indemnités des députés. J’en appelle donc à la sagacité de la « Commission Daba Diawara ».

Toujours est-il que les partis sont interpellés. Il y a nécessité de former leurs futurs candidats qui ne devront plus être choisis en fonction de leur seul « pouvoir d’achat des voix« , mais en raison de leur détermination à défendre les vrais intérêts de leurs mandants, quel que soit le prix à payer.

Faute de quoi, ils seraient mal fondés de s’étonner encore de la faiblesse de la mobilisation aux scrutins. « Do ka dolo min, do ka mana mana kan fo » (que ceux qui n’ont pas bu fassent les frais de l’ivresse) ? Jamais !


A. M. T.

01 septembre 2008