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Doutes

Annoncées presque sur le ton de la menace, les mesures draconiennes comme l’interdiction du téléphone portable au volant, l’immatriculation des motos, le port du casque et le permis de conduire pour motocyclistes…, censées apporter plus de sécurité en circulation, sont comme par enchantement tombées dans les oubliettes.

Aujourd’hui, il est loisible de voir encore des automobilistes téléphoner sans tenir compte de la sécurité des autres au nez et à la barbe d’agents de la circulation. Mille motos sans plaque passent comme lettre à la poste. La ceinture de sécurité et le contrôle technique ? Des habitudes de « gawa » constipé waye ! Résultat : des Maliens meurent comme des mouches à longueur… de trajet.

Vous avez peut-être entendu parler des drames qui ont fait plus de 20 morts aux environs de Baguinéda et de l’échangeur du Quartier-Mali un certain dimanche 25 juillet 2010 ? L’émotion passée, eh bien c’est le silence radio sur cette tuerie. Les Bambaras le disent souvent : seul le défunt est perdant, car c’est lui qui est privé de la vie !

Maintes fois reporté, il est probable que le contrôle vrai ait déjà reçu un bel enterrement, les autorités chargées de l’appliquer étant présentement occupées à fouetter d’autres chats.
Le ministre de l’Equipement et des Transports et le directeur national des transports, théoriciens de la sécurité routière, devenus têtes de proue du Parti pour le développement économique et la solidarité (PDES), sont à présent plus occupés à trouver des militants qu’à assumer la responsabilité de mesures qui les en priveraient à coup sûr.

Du coup, c’est la mise en veilleuse d’un engagement qu’ils qualifiaient pourtant de « mesure de salubrité publique ». En réalité, dans ce pays, on continue de se jouer des citoyens, qu’on prend pour des pintades sauvages.

Dans cette affaire, je suis de ceux qui ont senti le coup fourré, les relents du gain facile. Pour l’avoir soutenu, je me suis fait réprimander. Malheureusement, je dois à l’honnêteté de reconnaître que j’ai toujours raison parce que tout le chamboulement annoncé a néanmoins fait le bonheur d’une minorité d’opérateurs économiques alors que les accidents vont crescendo.

Je doute de la portée réelle de ces décisions parce que l’essentiel de ce que constitue mon épanouissement physique et moral est rarement assuré. Alors que mes droits constitutionnels en matière d’éducation, de santé, d’alimentation, etc. sont bafoués, l’on me demande de porter un casque qui me sauve d’un traumatisme crânien. Mais enfin à quoi cela sert-il d’avoir une tête assurée et le ventre vide ? Allons donc !

A supposer que contrôle il y aura, qui arrêtera, nom de Dieu, un véhicule aux vitres teintées appartenant à un « haut d’en-haut » ? Et pourtant des citoyens ordinaires seront verbalisés. Qui va coller une contravention à un porteur d’uniforme pour défaut de casque ? Or, les usagers sans carnet d’adresses boiront la tasse. Il faudra, on le voit, préalablement rétablir l’équité, ce qui n’est pas une mince affaire dans un pays devenu le terrain de prédilection du népotisme et du favoritisme…

Bref, ce ne sont là que des élucubrations d’un mec journaleux cinglé, car il y aura « foyi ».

A. M. T.

16 aout 2010