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Invité à se prononcer sur la crise scolaire qui pourrissait l’atmosphère entre 1992 et 1994, un ex-secrétaire général du parti au pouvoir à l’époque a dénoncé la « moussoulaha », qui ressemble à s’y méprendre à passer l’éponge sur un fait gravissime, tout en oubliant sciemment de traiter le mal à la racine. Incompris, il a été brimé, tourné en dérision parce que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire dans ce pays. Hypocrisie quand tu nous tiens !

Aujourd’hui ? Et bien nous lui devons une fière chandelle. Des Maliens continuent de se cacher aux Maliens qui gobent tout au nom de la « moussoulaha ». Or, leur propagande, qui consiste à peindre en rose, a atteint ses limites parce que chaque fois qu’ils s’échinent à faire croire que le pays émerge, la réalité du terrain, marquée par des grèves sans fin, les rattrape et démontre qu’il y a anguille sous roche et que de plus en plus des citoyens refusent de prendre des vessies pour des lanternes.

Comme l’Afrique du Sud en son temps, il y a lieu de faire une Commission « Vérité et réconciliation », jouer cartes sur table, afin d’apaiser le front social en vue de repartir de bons pieds.

En faisant voir à chacun les vraies réalités du pays, les uns et les autres réfléchiraient par deux fois avant de déclencher un mouvement de protestation à condition que les tenants du pouvoir s’y mettent sans arrière-pensée. Or, c’est précisément cette volonté qui manque.

Hélas ! « Mon pays va mal », pour en emprunter au reggaeman. Il faudra toutes les pages de ce journal pour évoquer les grèves enrayées ou mises en application ces dernières années. D’aucuns pourront certes parler de réflexes « pavlovniens » pour qualifier celles des enseignants et des personnels de la santé, qui perdurent, mais, rarement, l’on a vu des entités comme le Syndicat national des constructions, des mines et de l’énergie (Synacome) s’énerver et monter sur les grands chevaux pour de meilleures conditions de vie et de travail.

Heureusement, qu’il y a eu plus de peur que de mal, l’Energie du Mali n’ayant procédé qu’à des délestages dans la capitale. Une grève totale aurait causé tellement de maux par ces temps de chaleur que l’on doit revaloir au Synacome son élan de solidarité vis-à-vis des populations, incapables de disposer d’un générateur ou de s’acheter de l’eau minérale.

Rarement, on a vu les acteurs de la filière bétail-viande (des privés) faire le sacrifice de gains personnels ; c’est plutôt une expression du comble du mécontentement. Certes, les usagers souffrent le martyre dès que les transporteurs les laissent en rade, mais ce sont les derniers cités qui comptent, en l’occurrence, les manques à gagner. Et pourtant, ils avaient eux aussi débrayés.

On le voit, les propos mielleux et les vérités tronquées ne font pas avancer. Une Commission « Vérité et réconciliation » et non de simples commissions de conciliation pourrait être une planche de salut parce que la politique de l’autruche tout comme la « moussoulaha » est grasse, mais sans graisse.

A. M. T.

06 Avril 2010.