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Quatre régions du Mali sont occupées, complètement ou partiellement, depuis le premier avril. Devant le constat accablant que les forces armées et de sécurité maliennes ne pourront pas à elles seules déloger les assaillants, ce qu’on nomme la communauté internationale s’est saisie de la question. Surtout parce que les Etats-unis, la France et l’Algérie ne veulent pas que des jihadistes, des terroristes et des narcotrafiquants fassent du nord malien un sanctuaire d’où ils les viseraient.

Réticents au début à l’idée de l’intervention de forces étrangères sur leur sol, les Maliens ont fini par se rendre à l’évidence : sans une armée multinationale, le nord ne sera jamais libéré de la présence indésirable d’Aqmi, d’Ansar Eddine, du Mujao et autres Mnla. Les forces de défense et de sécurité du Mali sont décapitées, sous-équipées, mal formées, avec une chaine de commandement rompue.

Les autorités militaires et politiques étant tombées d’accord sur la nécessité de forces étrangères, le président de la République, Dioncounda Traoré, a formulé une requête à la Cédéao, qui prétend disposer de trois mille trois cent hommes, et à l’Organisation des nations unies, qui a fini par adopter une résolution. Entre temps, une conférence internationale sur la sécurité dans le Sahel s’est tenue le 26 septembre en marge des travaux de l’assemblée générale de l’Onu. Elle a été suivie d’une rencontre du groupe de contact Cedeao, Union africaine, Union européenne, Onu.

Depuis lundi dernier se tient à Bamako une réunion entre les experts ( ?) de ces mêmes structures. Jusqu’au dimanche ils ont pour tâche de concocter un concept d’intervention dans le nord malien. Jusque-là, les différents plans proposés par la Cédéao et l’Union africaine ont été jugés de fantaisistes et farfelus par l’Onu.

Mais malgré les tergiversations des uns et les exigences des autres, la nécessité d’une intervention multinationale africaine, sous l’égide de l’Onu, ne fait l’objet d’aucun doute pour personne. Il faut cette intervention. Tout le monde l’a si bien compris que depuis quelques temps on assiste au débarquement de ces forces sous les traits de représentants. Une véritable armée de représentants issus de l’Onu, de la France, de l’Union européenne. Mais c’est l’Union africaine qui bat le record avec deux représentants, un politique et un militaire.

Avec les médiateurs, les envoyés spéciaux de la Cédéao et tous ces experts ( ?) réunis en conclave à Bamako depuis lundi, ils forment une véritable armée de reconquête et de libération. Sauf qu’ils débarquent les mains nues et les poches vides.

En attendant qu’ils soient renforcés par les représentants des Etats-unis, dont la secrétaire d’Etat était avant-hier à Alger pour parler du problème malien, et de la République très très démocratique du Gondwana, une question: si tout ce beau monde ne forme qu’une seule communauté internationale, pourquoi débarque-t-il en rangs dispersés ? N’est-ce pas une manière de prouver qu’il y a en fait plusieurs communautés internationales qui agissent selon leurs intérêts du jour ?

En attendant qu’elles puissent accorder leurs violons, le nord souffre. Complètement occupé par des groupes armés non étatiques, ses populations sont oppressées, elles sont soumises à toutes les exactions possibles, aux brimades, humiliations, aux violations des droits humains. Son patrimoine culturel et religieux est détruit. Le crime organisé y est instauré et institutionnalisé.

En attendant que les populations du nord recouvrent leur intégrité territoriale et leur dignité bafouée, elles ne peuvent compter que sur cette seule armée de représentants, la Micema (Mission de la Cédéao au Mali) est de plus en plus une Arlésienne. Mais, il faut le dire, le Mali est obligé d’accepter ces représentants parce qu’ils représentent les bailleurs de fonds et les partenaires techniques et financiers sans lesquels aucune intervention n’est possible.

Cheick Tandina

01 Novembre 2012