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A analyser la situation politique du Mali, l’idée d’une transition n’est pas si insensée que ça. Au contraire, une transition s’impose pour rectifier le tir : en ramenant au rang de valeurs cardinales les idéaux du 26-Mars.

Le « kokadjè » (laver proprement en bambara), 20 ans après est oublié. L’enrichissement illicite – notamment de fonctionnaires – qu’on ne pardonnait pas au régime de parti unique se porte à merveille. L’école est noyée dans la course effrénée à l’argent facile ; ses vrais problèmes sont cachés dans des investissements de façade, qui servent de mangeoire aux sangsues du peuple.

L’injustice sociale est criante. La santé, le bien-être et l’alimentation restent l’apanage des seuls « riches ». Nec plus ultra si l’on peut se permettre l’expression : le terrain sécuritaire est miné avec l’impossibilité pour les candidats de battre campagne partout. Tenir des élections dans ces conditions, sans le balayage qui s’impose, c’est tenter de guérir la plaie sans la débarrasser de son pus. C’est entretenir pour longtemps le chemin de la déperdition nationale.

Or, pour contrer les tenants de la transition, des défenseurs du système en place prétextent qu’elle est un recul. Pour qui et pourquoi ? Peut-être pensent-ils que la démocratie s’arrête à la seule profession de foi et à des élections trafiquées alors que rien de concret n’est fait pour la conforter ? Faire les élections coûte que coûte pour que quelques individus aient des commissions faramineuses ?

Toujours est-il que la décennie ATT a vu le démantèlement de toutes les forces organisées qui servent de garde-fous en démocratie. Il n’y a plus de syndicat digne de ce nom. Il n’y a plus de société civile battante. Les partis politiques sont réduits à leur plus simple expression. Le pays est devenu un bateau ivre.

La propagande et l’absence de débats publics ont donc ôté le peu de crédit qui restait à notre démocratie. Quel drôle de pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple !

Le rêve des Maliens s’est brisé surtout à partir de 2002 avec l’avènement d’un système aux antipodes du développement social humain, malgré des tapages sur ses réalisations surfacturées. Le Mali, qui est en train de perdre le Nord à cause d’une gestion erratique des affaires, se doit donc de s’arrêter pour faire le bilan et se remettre sur les rails.

Une transition, bien menée, est une planche de salut. Des Etats comme le Ghana devront leur retour sur la scène à cette pratique qui permet de poser les vraies balises, de stabiliser le pays. C’est la transition qui fait du Cap-Vert un pays aujourd’hui émergent. L’Afrique du Sud devra une fière chandelle à la transition Nelson Mandela/Frederick De Klerk. Pourquoi pas nous ?

Le Mali est tellement confus qu’il lui faut faire attention. On n’a pas le droit de donner l’impression de déplacer les problèmes. Du reste, la classe politique actuelle n’inspire pas confiance eu égard au fait qu’elle sort du moule ATT et quelque part comptable de sa gestion.

A part la certitude que le chef de l’Etat remettra le flambeau, rien n’incite à l’optimisme. C’est le flou artistique sur les modalités de passation du pouvoir. Pourquoi ne pas envisager l’arbre à palabre, remettre tout le monde d’accord et repartir de bons pieds ? La transition paraît incontournable.

A. M. T.

Le 20 Février 2012