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Sur les deux côtés à l’entrée du pont des Martyrs, en direction de la rive droite, il est donné de voir que le fleuve Niger a dépéri, beaucoup dépéri. Il est surtout sale, très sale. Aux environs de la chaussée submersible, à Sotuba, on ne perçoit plus que de filets d’eau stagnante pendant que les rochers, témoins de l’assèchement, s’affichent fièrement.

Plus que sa maigreur (due en partie aux caprices de la nature), c’est l’agression du Djoliba (nom local du cours d’eau) par ses riverains qui choque. Beaucoup parmi eux n’ont trouvé d’autre moyen de se débarrasser de leurs déchets solides et liquides que de les déposer là. Sans autre forme de… traitement. A l’entame du pont, une puanteur vous prend à la gorge et vous étouffe.

Saviez-vous que le beau quartier de Badalabougou est sans système de puisards ? Qu’en conséquence, ses eaux usées se jettent directement dans le fleuve avant de se retrouver dans nos bouteilles d’eau fraîche après un « traitement» sujet à caution de l’entreprise de distribution de l’eau ? Que des Bamakois se plaignent de plus en plus de fièvre typhoïde et autres malaises liés à l’utilisation de l’eau »potable » venue du fleuve ?

Ces inconforts découlent de notre action néfaste sur notre environnement. Et si l’on ne prend pas garde, le Niger disparaîtrait de notre paysage. On gaspille sans retenue une ressource que le monde entier nous envie. C’est grave !

Une « guerre de l’eau» est prévue aux alentours de 2040. Tout autre pays, soucieux de son devenir, allait inscrire la réhabilitation du Niger dans ses priorités, étant donné que « l’eau est source de vie» . Mais ici, il semble que le discours sans lendemain ait encore de beaux jours devant lui.

On a l’impression que notre Loi fondamentale, c’est « chacun pour soi, Dieu pour tous» , chaque jour que Dieu nous donne à voir. Sinon pourquoi laisser aussi en l’état le remblayage décrié du fleuve aux environs de l’EN Sup pour les besoins d’un monument ? On continue de construire dans le lit du fleuve. Ce qui est sûr, c’est que ce terrain plat en jachère suscitera tout ou tard la convoitise des spéculateurs fonciers, d’autant que des « îles» sont cédées dans le fleuve.

Il suffisait pourtant de créer une société de dragage pour résoudre toute la problématique du fleuve Niger. Par ce biais, on aurait instauré un système de préservation durable du cours d’eau, on allait créer des milliers d’emplois, on pouvait garantir des revenus stables aux utilisateurs.

Le Djoliba est vital pour le Mali. Bien entretenu, il assurerait toujours de bons et loyaux services aux pécheurs, exploitants de sable et maraîchers, etc. Rendu plus navigable, il assurerait mieux les échanges avec la Guinée d’une part, entre Bamako et les régions de l’intérieur traversées, d’autre part.

Le développement durable au Mali passera nécessairement par le sauvetage du fleuve Niger. Les autorités en charge ayant manifestement baissé les bras, il appartient à chaque citoyen de s’investir pour sauver les meubles. Pour que demain ne soit pas trop tard.

A.M. T

Les Echos du 27 Janvier 2014