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Rarement, le chef de l’Etat aura fait preuve de pugnacité qu’à Koutiala à l’occasion de sa récente visite. Là-bas, pour une ampoule d’éclairage public grillée, il a réprimandé le maire. Le couteau entre les dents, il l’a menacé de sanctions en cas de récidive. L’édile était pauvre comme Job.

Dans un autre Etat, tous les autres « malfrats » auraient pris leurs jambes à leur cou. Parce que quand le président s’engage à punir une négligence sur laquelle on peut passer, quel serait, s’interrogerait-on alors, le sort de tous ces citoyens qui vivent du sang du peuple ; qui détournent ou dilapident, sans rémission, le denier public. Ils seraient peut-être été envoyés à la potence ! Ici, on en rit sous cape.

Car, à analyser la situation, on ne peut s’empêcher d’avoir le sentiment, qu’au Mali, en principe Etat de droit depuis bientôt 20 ans, la justice et les blâmes n’existent que pour les pauvres. Il suffit d’avoir une « couverture » pour que vos actes pendables soient sinon pardonnés, du moins justifiés.

Sinon comment comprendre que le 1er rapport du Vérificateur, qui fait état de plusieurs milliards de F CFA de manque à gagner, qui cite nommément des présumés coupables soit encore dans les tiroirs alors que l’un des engagements du chef de l’Etat pour le Mali en 2002 portait sur la lutte contre la corruption ?

Et le 10e Bulletin de la Casca qui démontre que des centaines de millions de F CFA ont été pompés des caisses de l’Etat ? Et les scandales autour de marchés publics attribués dans des conditions douteuses. Le président ignore-t-il encore ces faits ? Les accusés sont-ils plus Maliens que le maire de Koutiala ? Sans doute, d’un certain point de vue.

Mais, entre nous, que représente une ampoule grillée face à la prédation généralisée ? Que vaut un défaut d’éclairage public à côté des fuites d’eau, de l’utilisation abusive des climatiseurs dans les services ? Le boss ne sait-il pas aussi que des véhicules de l’Etat servent plus des intérêts égoïstes que les motifs pour lesquels ils ont été acquis à la sueur du front du peuple ?

S’il y a bien nécessité de moraliser la vie publique, il faudrait alors partir de haut en bas pour ne pas donner l’impression à ses concitoyens, qu’à l’orée des élections, tous les moyens sont bons pour s’attirer toutes sortes de sympathies.


A. M. T.

05 mars 2007.