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Face à la question du handicap, l’État, qui se doit aussi d’incarner des valeurs traditionnelles, fait des efforts certains. Des dons par-ci, des réalisations concrètes par-là sont notés au profit des handicapés. Aujourd’hui, plusieurs services, banques et commerces sont devenus plus accessibles aux handicapés moteurs grâce à certaines installations qui leur permettent de se rendre aux guichets ou aux caisses où ils sont prioritairement servis.

Que dire de certaines décisions de l’État comme l’opération de la cataracte qu’il assure gratuitement à l’instar d’autres maladies comme la lèpre et la réinsertion socioprofessionnelle de ceux qui en guérissent ! La liste n’est pas exhaustive, mais c’est tout simplement fantastique ! Il y a sur ce plan d’autres exemples tangibles de l’esprit de solidarité qui caractérise la société malienne, comme pour corroborer l’adage « bon sang ne saurait mentir ».

Cependant, il y a loin de la coupe aux lèvres. On peut par exemple citer le cas de l’atelier de fabrication de craie, serpillière, balais de l’Union malienne des aveugles du Mali, source de revenu pour l’Institut, qui végète à cause de la mévente de sa production (on aurait dit une désinvolture) alors que les besoins de consommation sont là.
Aussi en soutenant au Handi-Forum de l’Uémoa, la semaine dernière à Bamako, que tous les handicapés diplômés maliens sont recrutés sans concours dans la fonction publique, l’hôte de la rencontre, le ministre du Développement social, pour le nommer, a, semble-t-il, généralisé la pratique avec quelques cas rares, aucune enquête n’étayant ses propos.

D’ailleurs, on se demande si le législateur a planché sur cette question et s’il a décidé. Dans l’affirmative, le MDSSPA aura alors du pain sur la planche puisque ce ne sont pas les handicapés diplômés sans emploi qui manquent. Mais qu’à cela ne tienne ! Car il est aisé de constater que malgré cette « avancée », les handicapés recrutés restent confrontés à des préjugés défavorables qui font que leur promotion est gelée, voire inexistante.

Alors que les nominations se font à la pelle, les Maliens peuvent à ce jour encore compter du bout des doigts les ministres, ambassadeurs, directeurs nationaux, PDG ou membres de cabinet handicapés. Ils ne sont qu’une infime minorité au mieux des cas. C’est un peu cela la partie fiction du discours du ministre.

Hélas ! Le handicap n’est pas que physique ; on oublie souvent qu’il peut être aussi mental, car des concitoyens, apparemment en bonne santé, dès qu’ils sont appelés à des responsabilités, deviennent fous d’argent et laissent prospérer la corruption, la gabegie, le népotisme. Vous avez dit handicap moral ?

Pour plus de solidarité vis-à-vis des handicapés visibles, il est temps de les débusquer afin de mieux gérer les maigres ressources au profit de l’ensemble, handicapés ou non.
Gageons que de la même manière que les routes de l’espace de l’Uémoa, les résolutions de Handi-Forum obligeront tous les Etats-membres à une promotion sans fard des handicapés au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine.

A. M. T.

05 Juillet 2010.