Partager

On a le sentiment que la mauvaise gouvernance n’est que politique. Las ! Elle peut, mine de rien, avoir de graves répercussions sur le comportement social : en étant le terreau fertile de toutes les aigreurs, de toutes les dérives.

Tel semble aujourd’hui le cas du Mali qu’on voulait grand avec l’instauration de la démocratie et du multipartisme, mais dont le cheminement prouve que l’espoir n’aura finalement duré que le temps d’une rose, c’est-à-dire l’espace d’un matin.

Parce que les hommes politiques ont cessé d’être au service exclusif du peuple pour ne considérer que leurs intérêts particuliers, la grande majorité de nos compatriotes se sont déshumanisés.

L’honnêteté ne faisant plus recette, l’affairisme, le clientélisme, le népotisme, le copinage, la proximité avec les hommes du pouvoir… ont fini par devenir des valeurs positives. Il faut nécessairement passer par l’une de ces voies pour voir le soleil d’aujourd’hui.

« Ote-toi de là que je m’y mett »: tel semble être le seul credo qui vaille de nos jours. Mais à peine arrivés à leurs fins, les pourfendeurs d’hier deviennent aussitôt des cibles à abattre, vite fait, bien fait.

Et ainsi de suite. Un éternel recommencement qui fait que le Mali ressemble étrangement à « l’Albatros », cet oiseau auquel Baudelaire dédie un poème dans lequel « il essuie les quolibets de marins en manque de divertissements à cause de ses grandes ailes qui l’empêchent de reprendre son vol ».

Voilà pourquoi aujourd’hui, plus qu’hier, le Malien est un loup pour le Malien. Il le rend responsable de ses malheurs. Il le peint en noir, médit de lui. Il lui casse le sucre dans le dos, le voue aux gémonies jusqu’à ce que « mort morale » s’en suive.

Alors vive la délation, le mensonge et toutes les autres abjections au respect de soi-même… Pourvu qu’ils assurent des succès égoïstes mais toujours sans lendemain ! Bienvenu au culte du chef désormais confiné dans un univers virtuel où « avoir à plus d’importance qu’être » ! « Halla gassi » (rien à dire en pular) !

Mais pouvait-il en être autrement dans un pays où le mérite, la compétence, les qualités morales et humaines sont désacralisés ? Fichtre ! Dans la course « sans frein » au « bonheur parfait« , pis encore, à la négation même du Jour de la Rétribution, l’on en vient à ignorer les bonnes manières, la pudeur, la décence et tous les autres enseignements pour un bon comportement en société.

Pour se faire une place au soleil, il faut abattre l’autre. « Ni do ka bà ma faga, do ka na tè dia » (il faut que la chèvre de l’un soit abattue pour que l’autre ait une bonne sauce), dit-on en bambara. Hatè !

Appliquée à la lettre, la sentence a déjà écourté bien des carrières. Elle est à l’origine de dislocations de foyers, de revers moraux.

Pardon ? Toujours est-il qu’elle a fait tellement de mal, mais continuera d’en faire à notre pauvre Mali, devenu bizarrement un panier de crabes. Malheureusement, personne ne fait l’effort de mettre le holà à ce jeu de massacre en imposant les valeurs fondamentales gratuitement mises aux enchères. Et c’est là tout le drame de ce pays.

A. M. T.

18 Août 2008