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Tout est bien qui finit bien, dit-on souvent pour se féliciter du dénouement d’une situation difficile. C’est bien aujourd’hui le cas du Tchad, qui a récemment vécu des heures graves avec la prise de N’Djamena par des rebelles. Mais, face à une colonne de plusieurs pick-up avec à leur bord des guérilleros bien armés, le président Idriss Déby, dont il faut reconnaître la « témérité », a organisé la résistance et repoussé ses « ennemis ». On pouvait applaudir des deux mains parce qu’un régime élu venait d’échapper à un coup de force. Hélas ! Les derniers développements de la situation tchadienne conduisent plutôt à des non-dits.

M. Déby, une fois son fauteuil sauvé, ne s’est-il pas empressé d’annoncer son intention de gracier les Français de l’Arche de Zoé après avoir été intraitable à l’égard de membres de cette ONG, accusés de trafic d’enfants ? Est-ce un renvoi d’ascenseur à la France pour son soutien de dernière minute ? Si oui, devait-il donc payer pour avoir laissé la justice de son pays condamner des Français, quitte à laisser faire des rebelles malgré la présence de dispositifs comme l’opération « Epervier » et l’Eufor embryonnaire, des instruments à mettre accessoirement au service de pouvoirs élus au nom de la sauvegarde de la démocratie en Afrique ?

Que faut-il comprendre quand la France propose dans un premier temps l’exfiltration au chef de l’Etat tchadien et le conjugue au passé avant de se dédire : en soutenant son régime, une fois les rebelles « boutés hors de N’Djamena » ? Quelque part, il y a une sincérité douteuse dans cette affaire sinon quelqu’un n’allait pas croiser les bras et attendre que les rebelles traversent tranquillement le Tchad d’est en ouest sur plus de 700 km pour venir tenir la dragée haute au pouvoir dans la capitale même.

L’on regrettera encore une fois que ce soient les populations civiles qui font les frais des tergiversations ou inconséquences de ceux qui sont présentés comme les partenaires inconditionnels du continent. A présent, ce sont les Tchadiens moyens qui payent un lourd tribut à ce qui peut ressembler à un règlement de comptes. Et puisque la vengeance est un plat qui se mange froid, le président, sorti du moule de la guérilla, risque de se montrer désormais particulièrement féroce vis-à-vis de ses adversaires. De plus, l’afflux de réfugiés tchadiens en direction de pays voisins sera aussi de nature à compliquer davantage d’autres situations locales pas ou peu reluisantes.

Cependant, il ne serait peut-être pas trop juste de mettre tous nos maux au compte du seul Occident. Certains dirigeants africains, à cause des modifications inopportunes des constitutions, des parodies d’élections, de la corruption, du népotisme ou de leur tendance à favoriser une ethnie aux détriments d’autres, fragilisent pour ne pas dire enterrent la démocratie sur le continent.

Si l’Union africaine est prompte à condamner toute prise ou tentative de prise du pouvoir par la force armée, elle donne pourtant sa langue au chat s’agissant des brimades politiques, morales et économiques faites aux populations par des régimes à la légitimité suspecte. Ne ferme-t-elle pas les yeux sur les irrégularités qui entachent les scrutins africains ? Peut-elle jurer que le risque d’un embrasement est totalement écarté au Kenya alors même que la vérité sur la réélection de M. Mwaï Kibaki crève les yeux ? Pauvre Afrique !

A. M. T.

11 février 2008.