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Une pluie de milliards pour tirer le Mali de la crise qu’il traverse depuis 2 ans ! Moi-même qui ne suis pas du monde des financiers, je m’en pourlèche les babines à l’idée que je suis en train de gérer une infime partie des 3,2 milliards d’euros d’aide/prêt, destinés à la reconstruction, soit plus 2080 milliards de F CFA, le double du budget de l’Etat en 2013. Le rêve est permis.

En tout cas, je n’ai plus que les milliards sur les lèvres depuis mercredi dernier. Dans mon for intérieur aussi, j’avoue franchement que des interrogations, du genre comment profiter de la manne en vue, ne me laissent aucun répit.

Tant pis pour Kidal si je le relègue au second plan de mes soucis parce que l’argent n’aime pas le bruit ! Le MNLA fait du boucan non ? Je laisse donc le soin au président par intérim de le contenter : en le caressant dans le sens du poil. Adieu veau, vache et cochon ! Ce sont les signes avant-coureurs de la « vie est belle », de l’insouciance qui nous ont fait tomber qui m’intéressent à présent.

L’honnête citoyen se dit peut-être que les donateurs ont mis des garde-fous pour parer à ma tentation. « Traçabilité », « compte unique », « dénonciation citoyenne » par hotline… Cela ne saurait être mon sirop anti-boulimique, la parade à ma délinquance financière et à mon désir de m’enrichir à tout prix. Il en faut plus pour m’ébranler.

Je ne suis pas naïf pour croire que ce n’est pas mon tour qui s’annonce ainsi. Je vais commander aux autres, les écraser, les vaincre sans raison avec l’argent public qui sera placé sous ma garde pour faire leur bonheur. Je n’entends pas abdiquer à un coup de semonce de Blancs. Surtout pas de blancs-becs.

Après tout, ce n’est pas demain qu’il y aura des fonctionnaires milliardaires, des tire-au-flanc gavés du sang du peuple, qui vont vivre sans crainte. Ils sont parmi nous, depuis hier et, aujourd’hui, plus épanouis que jamais. Adulés en famille, dans les rues, dans les bureaux, dans les partis politiques, dans les mosquées… Ils font feu de tout bois. Bel exemple !

Je vais alors me servir avec mes mains, mes pieds et tout autre moyen de préhension. Je vais bâtir des villas cossues pour mon épouse, mes enfants, mes petits-enfants, mes arrières petits-enfants, mes arrières-arrières petits-enfants. Et puisqu’on ne sait pas de quoi demain sera fait et que « mieux vaut prévenir que guérir », je leur laisserai du liquide, beaucoup de liquide en provision. Et tiens, tiens de la terre aussi !

Mes maîtresses ? Ha, mes belles et leurs cambrures renversantes ! Eskèye ! Croyez-moi, elles vont scintiller de diamant et se parer en or. Elles auront des vacances princières à Salvador Bahia, à Malibu, à Charm el-Cheikh, à Sotchi, à Camp David et toutes les autres stations balnéaires connues. Elles feront leur shopping là où vous savez.

En fin de compte, les gens seront mal fondés à me faire la leçon dans ce pays où l’on m’a instruit de me servir chaque fois que l’occasion se présente. On m’a laissé entendre que « la vache commune appartient à tous ». C’est ici au Mali que les patriotes sont arrêtés dans leur élan de salubrité par des anciens qui leur rappellent que « le serpent devra la longévité à son aptitude à se cacher ». Mon Dieu !

Entre aide à la reconstruction du Mali et aide à ma construction personnelle, inutile de vous dire que j’ai fait mon choix… D’autant plus qu’aucun enseignement de la crise n’a été tiré.

A.M. T.

20 Mai 2013