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En reprenant les cours tout en refusant d’évaluer les élèves (proposer des sujets de compositions et d’examens, surveiller les épreuves et les corriger), les militants de la Coordination des syndicats de l’enseignement secondaire (Coses), au cours d’une AG jeudi dernier, voulaient dire qu’on est loin du bout du tunnel. Ils ont rejeté le moratoire proposé par le Premier ministre pour sortir l’école de la crise.

Ce n’est plus à un dialogue de sourd auquel nous assistons, mais à l’impasse entre l’Etat et les enseignants. Peut-être que pour l’Etat, les ressources manquent pour satisfaire toutes les demandes de la Coses. Cette dernière, au vu du grand train de vie de l’Etat, pense probablement à un manque de volonté politique.

Toujours est-il que ce sont les élèves, dont on ne cesse de déplorer le niveau, les victimes expiatoires de « l’intransigeance » des uns et des autres, d’une situation qui n’aurait pas dû être dans un pays dit « d’entente cordiale » et « de compréhension mutuelle ».

L’année blanche pointe donc à l’horizon. Depuis la rentrée scolaire 2007-2008, c’est-à-dire depuis plus de 6 mois, aucun établissement secondaire public n’a procédé à une seule évaluation trimestrielle.

Cette situation handicape doublement les candidats bacheliers qui aspirent à une bourse à l’étranger car c’est sur la base des notes de compositions d’abord qu’ils obtiennent leur pré-inscription à l’extérieur.

De toute façon, que vaut un baccalauréat ou un BT sans « trimestre » ? N’est-ce pas que les moyennes annuelles entrent dans le calcul des notes obtenues aux examens ?

Motus et bouche cousue. Mais, c’est certainement notre avenir commun qui est en train d’être hypothéqué. Que sera le Mali dans 10 ans avec une génération entière de diplômés d’années blanches, facultatives ou sauvées à la hâte.

Ne faut-il pas en vouloir aux parents d’élèves, incapables de dire la vérité aux uns et autres ? Ne faut-il pas accuser la société civile, si société civile il y a, et qui doit normalement jouer un rôle de soupape en cas de conflit ?

Ne faut-il pas se plaindre des tenants des mécanismes traditionnels de conciliation, qui assistent à la dégringolade sans mot dire ?

Faut-il absoudre les organisations de défense des droits de l’Homme, si tant est que l’éducation est un droit fondamental de la personne humaine, mais qui observent aussi un silence de mort ?

Tout va bien au Mali. Tant mieux ! Cependant, demain, à l’heure du repos mérité, ne vous étonnez pas d’avoir toujours à prendre en charge des adultes de 35 ans et plus qui auront échoué à tous les concours publics et privés parce que n’ayant pas le niveau requis !

Ne vous étonnez pas de la réaction de tous ces jeunes, devenus malgré eux-mêmes des rebuts de la société, vis-à-vis de leurs camarades vivant dans l’opulence ; de la société et de l’autorité de l’Etat !

Ne voyez-vous donc pas que c’est chaud devant ? Mince !

A. M. T.

14 avril 2008.