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Pour calmer les ardeurs guerrières d’étudiants en période de renouvellement des comités AEEM (Association des élèves et étudiants du Mali), l’Etat du Mali a semble-t-il trouvé la parade. Il a en tout cas décidé (les yeux fermés ?) d’installer des postes de police à l’entrée des facultés dans le but de contenir d’éventuels débordements.
Ces derniers temps, en effet, des étudiants, candidats au poste de secrétaire général de comité, s’affrontaient sans discernement. En plus de campagnes, menées à l’américaine, tous les coups étaient permis. Certains n’hésitaient plus à faire usage d’armes pour… triompher. Le Far West quoi !

La solution dégagée est-elle pour autant la bonne ? Il faut en douter. Du reste, la lune de miel entre étudiants et policiers est utopique.
Malheureusement, pour l’heure, chacun semble se contenter de cette réponse à une situation certes périlleuse, mais qui peut être traitée valablement à l’école avec l’application rigoureuse du règlement intérieur dans chaque établissement.

Un étudiant qui va à la fac, l’arme au poing, n’a pas sa place là, car, par ce fait seulement, il entre en conflit avec la loi, qui veut qu’il ait au préalable un permis de port d’arme en bonne et due forme, ce qui n’est pas prouvé dans les cas signalés.

Au demeurant, l’école n’est pas un champ de tir et les condisciples des pintades sauvages qu’on peut canarder sans coup férir. Ailleurs, c’est l’exclusion d’office et la Cour d’assises garantie. Au Mali, on continue de passer l’éponge sur des travers au nom de la « cohésion sociale », tout en proclamant au monde la volonté d’instaurer l’Etat de droit, c’est-à-dire, entre autres engagements, une justice égale pour tous.

Anormalité ? Pourtant, elle a son explication : c’est une ruse pour garantir l’impunité à des « enfants gâtés » de ce pays. Ceux des familles modestes ne pouvant avoir ni Colt, ni Winchester, ni Beretta… à portée de main parce que leurs parents, qui ploient sous le poids de la dépense quotidienne, ont d’autres soucis que de s’armer, ce sont les fils à papa, les neveux à tonton, les nièces à tata, les beaux-frères d’Etat qui agissent ainsi.

Souvent, pour plaisanter, on dit en bambara que « l’avantage en enfer, c’est qu’on n’a jamais froid ». Partant de ce postulat, ils soutiennent de leur position les bavures et les bravades de leurs rejetons et protégés, torpillent les textes et font mettre en œuvre des solutions à l’emporte-pièce.

D’aucuns n’ont toujours pas compris que le train dans lequel on nous a embarqués à la gare 2002 est sciemment compartimenté avec des wagons-lits pour les privilégiés, au-dessus de tout. Tant pis pour ceux qui parviennent encore à gober les discours mielleux et les promesses cousues de fil blanc !

Mais encore une fois, policiers et étudiants sur un même site, est une expérimentation hasardeuse qui peut avoir des conséquences inattendues. Mieux vaut laisser l’école à l’école.

A. M. T.

13 Septembre 2010.