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Par la mise en place de la nouvelle Commission électorale nationale et indépendante (Céni), le Mali finalement n’aura-t-il fait que précéder de quelques jours le Sénégal, qui a ramené vendredi, de 5 à 1 an renouvelable, les mandats des présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat dans des expérimentations hasardeuses ?

Toujours fut-il que l’élection (la nomination, selon de mauvaises langues) d’un cacique du « parti de l’Abeille » à la tête de l’organe de supervision des élections a sonné comme la fin d’une tradition non écrite, qui voulait que, pour sa crédibilité et la transparence dans ses missions, la Commission fût dirigée par un représentant d’une de ses composantes à égale distance des partis politiques.

Ainsi, la première Céni fut dirigée par un célèbre avocat, représentant le Barreau. La seconde avait à sa tête un autre avocat réputé, issu d’une organisation de défense des droits de l’Homme. La troisième a tiré son épingle du jeu sous la houlette de la représentante de la Cafo. La précédente était placée sous l’égide de la magistrature. L’on pensait cette fois-ci que le tour était aux organisations confessionnelles… Et puis patatras !

C’est donc la toute première fois que la présidence de la « sentinelle vigilante des élections » se retrouve dans le giron d’un parti politique alors même que les formations qui y participaient étaient appelées à jouer les seconds rôles.

Pour n’avoir pas relevé l’imprudence dans « l’élection » d’un membre d’un comité exécutif d’une « grande » formation à la présidence de la Commission, les partis politiques cautionnent d’ores et déjà le fait partisan et les « insuccès » dans la conduite des prochaines municipales. Pis, ils se sont fait hara-kiri. Car de ce que l’opinion retient de la gestion du programme de lutte contre le criquet pèlerin en 2005, il faut dire que le promu n’en mène pas large.

Mais quel lien peut-on établir entre la réduction de mandats de 5 à 1 an et l’élection d’un président « politique » de la Céni, pourrait-on nous rétorquer ? Et bien dans les deux cas, il y a, nous semble-t-il, recul de la démocratie.

Tout comme le président sénégalais, le président de la Céni dispose à présent de leviers importants. L’empêcheur de tourner en rond de Me Wade s’appelle Macky Sall qui, s’il veut demeurer le président de la chambre basse du Parlement sénégalais, devra chaque année descendre dans l’arène pour conserver un fauteuil que la précédente Constitution l’autorisait à occuper pendant toute la durée de la législature.

L’ancien ami du fils du chef paye pour son « outrecuidance » après avoir demandé des comptes sur la gestion de l’Anoci (organisatrice de la dernière conférence de l’OCI) par Karim Wade. Le nouveau président de la Céni, peut-il jurer la neutralité politique ou ne nourrir aucun désir de règlement de comptes ?

Autant dire que des incertitudes planent sur le solde de tous les comptes.


A. M. T.

13 Octobre 2008