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Pour une majorité de ceux qui demandent des prestations de service, c’est adieu veaux, vaches et cochons du 11 juin au 11 juillet 2010, période de la Coupe du monde. Comme par enchantement, les travailleurs seront aux abonnés absents, les tâches pour lesquelles ils sont payés seront reléguées aux oubliettes.

Vendredi dernier, alors que des usagers d’un service public, dont nous faisions partie attendaient la reprise des activités à 14 h 30 (heure légale), ils se sont fait dire que le travail ne reprend normalement qu’à 15 h et que de toute façon avec l’ouverture du Mondial, il n’est pas sûr que les agents soient en poste.

Voilà un autre paradoxe dans ce pays : les gens ne se donnent pas à fond, mais aiment à jaser sur leurs conditions de vie et de travail. Et là où les gens ne font que semblant de travailler, il faut avoir vraiment un boulon desserré pour demander une prestation due en cette période de fête mondiale du ballon rond. Au mieux des cas, on vous éconduira avec une moue dubitative en guise de cadeau à la famille.

Pauvre Mali ! Pendant un mois, dans les bureaux, aux heures de service, on n’aura à la bouche que ce dribble déroutant de Cristiano, de Messi, d’Iniesta, de Kàkà ou de Xavi ; ce tir de Maïcon ou de Taï Taïwo à décapiter un zébu à la fleur de l’âge, ce tacle appuyé de Sergio Ramos, ce « vol plané » et cette « détente aérienne » suivis d’un « ramassage dorsal » de Victor Valdes ou d’Iker Casillas (il faut avoir le don de l’ubiquité pour réaliser cette prouesse du diable)…

Pour se délecter, des agents publics, qui ont pignon sur rue, ont déjà tout prévu pour ne rater aucune seconde de cette compétition, qui ne devrait en principe nous concerner que très peu. Parce que l’équipe du Mali n’ose même pas rêver être là, les Maliens rêvent de la voir sur ce champ d’honneur ? Toujours est-il qu’ils ont aménagé leurs bureaux en espaces VIP avec écran plat comme s’ils étaient sur des gradins sud-africains, leurs collaborateurs des échelles inférieures devant se contenter de bâcler le travail imparti pour suivre les matches à la maison ou ailleurs. Le lièvre ressemble à l’âne, mais l’un n’est pas le rejeton de l’autre.

On fait semblant de travailler, disions-nous, parce que, ici, ceux qui se donnent à fond sont sinon dévalorisés, du moins traités en parias qui torturent la conscience des fainéants, plus nombreux, qui se plaignent sempiternellement de la maigreur de leurs salaires. Le Mondial pour la première fois en Afrique, on le voit, n’est qu’un alibi, car nous en connaissons qui envoient paître à longueur de journée les usagers, s’absentent sans raison. Mariages, décès, fiançailles ou arrosages sont prétextés.

Le foot n’est pas leur dada, mais c’est l’excuse toute trouvée pour continuer à abuser encore de ce peuple qui a besoin de bon exemple, de travail, de travail et encore de travail, mais qui se tait par complaisance. Or, les pays présents au Mondial ont travaillé dur pour être là. Le tournoi est une sorte de vacances pour eux. Au Mali, non seulement, on refuse d’être à leur niveau par le travail, mais on se permet de prendre des vacances pour les suivre… dans leurs heures perdues.

Hélas ! Ainsi va notre vie parce qu’il n’y a personne pour insister sur la bonne voie et donc pour sanctionner les brebis égarées à défaut d’encourager les méritants. On s’en foot du désordre. Qui dit mieux ?

A. M. T.

14 Juin 2010.