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La semaine dernière, l’assemblée nationale a renouvelé ses organes. Un bureau consensuel a été mis en place. Sans président titulaire, c’est Younoussi Touré, premier vice-président, qui le dirige. Ce bureau est composé de neuf autres vices-présidents, de deux questeurs, et de dix secrétaires parlementaires, soit vingt-deux membres. Sans compter une douzaine de commissions. Le parlement malien compte cent quarante sept députés, soit autant d’élus dont le mandat est expiré depuis longtemps, mais qui vont continuer de vivre aux crochets de l’Etat, nourris et véhiculés.

Ayant dénoncé «l’illégalité et l’illégitimité» d’une telle Assemblée nationale, avec des députés appelés à jouer les prolongations sans aucune raison sérieuse, certains de ces députés, très forts en gueule, avaient juré sur tous les toits qu’ils ne participeront pas à la mascarade, à la violation des textes. Le responsable d’un parti politique, connu pour ses positions radicales et ses discours verbeux, a même demandé aux députés membres de son parti de ne pas participer au parlement prolongé.

Les députés lui ont dit niet: ce n’est pas lui qui les a élus, il ne peut empêcher personne de siéger. Le même jour, selon des témoins, il aurait dit qu’il ne restituera pas les biens de l’Assemblée nationale en sa possession parce qu’il ne sait pas à qui les remettre, l’institution étant illégale, ses membres étant des usurpateurs. Ça ressemble fort à l’histoire d’un certain Premier ministre, qui ne savait pas à qui remettre sa lettre de démission.

Pour en revenir au fameux député qui dit ne pas vouloir siéger dans une Assemblée nationale illégale, il aurait changé d’avis et continue à émarger au budget de l’institution. Tout comme tous ceux s’étaient vantés de ne pas profiter de l’Etat.

Un autre député, très réservé et sobre en paroles bien qu’avocat, lui pourrait se trouver un jour ou l’autre devant la justice pour des faits extrêmement graves car assimilés à des crimes. Il est accusé d’abus de confiance, de faux et usage de faux par un autre député, ancien milliardaire, connu sur le plan mondial. Mais l’accusé proteste, nie et s’inscrit en faux contre son accusateur. Il serait blanc comme neige comme si cela était possible pour un député actuel, siégeant dans un parlement au mandat prolongé de la manière la plus illégale et illégitime.

Pour l’heure, il parait que l’accusé jouit de l’immunité parlementaire, si tant est qu’on peut parler d’immunité dans une Assemblée nationale dont le mandat est expiré, et qui ne doit sa survie qu’au désir de certaines personnes de ne pas retourner dans le chômage institutionnel.

En parlant de chômage, on se demande si dans ce pays il y en a qui travaille réellement. Le pays est bloqué depuis un certain 22 mars. Ceux qui ont fait le coup d’Etat avaient dit à l’époque qu’ils étaient pressés d’aller casser du terroriste narcotrafiquant dans le désert. Mais les régions du nord sont toujours occupées. Ensuite, on a désigné, pas élu mais désigné, un président par intérim.

Mais ce dernier, soit parce qu’il a les mains liées soit parce qu’il ne sait pas quoi faire vraiment, ne fait rien, ne gère rien, ne dit rien. Ensuite un Premier ministre plein de pouvoir a été nommé. Tout ce qu’il a trouvé à faire jusque-là, c’est de se balader dans les airs et de procéder à des nominations qui perturbent le fonctionnement des différents services. Lui-même a nommé un gouvernement d’action qui n’agit toujours pas. Et tout ce beau monde, officiellement, est là pour deux choses essentielles: libérer les zones du nord et du centre, organiser des élections crédibles. Et tout ce beau monde n’est pas près de bouger le petit doigt. Comme jadis, il semble que c’est le Blanc qui va s’occuper d’agir.

Il faut le dire, c’est lui qui a les moyens, tous les moyens. Les autorités n’ont rien à part les indemnités des députés, la Cédéao n’a rien à part de jolies phrases. Les populations du nord n’ont rien à part leurs yeux pour pleurer.

Cheick Tandina

18 Octobre 2012