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Les Aigles du Mali ( sous la houlette du coach Jean François Jodar) se sont qualifiés le vendredi dernier au stade de Kégué à Lomé. Ils se sont imposés par le score de 2 buts à 0. Fréderic Oumar Kanouté, Mamadou Diallo et leurs camarades ont ainsi barré la route de Ghana 2008 aux Togolais.

Pourtant 80% des Maliens ne croyaient pas à cette qualification quelques heures avant le match. Pas parce que nos joueurs manquent de talents, mais seulement cette génération a rarement relevé le défi en situation de difficile surtout à l’extérieur.

En analysant les différentes prestations des Aigles, logiquement il y avait de quoi craindre. Mais au-delà de ce pessimisme, l’atmosphère qui a prévalu à la veille de cette rencontre a suscité un pressentiment positif par rapport à un sursaut d’orgueil de la troupe de Jodar.

La visite de l’équipe féminine de basket-ball (munie de son trophée continental) à Kabala, et les mots d’ordre du président ATT à travers le Ministre des sports, ont moralement dopé les joueurs.

Et ça faisait chaud au cœur quand Seydoublen et Mamadi Sidibé ont dit qu’ils ont enfin une dette morale à payer au peuple malien. Ces propos étaient rassurants parce qu’ils émanaient des porte drapeaux du pays. Il fallait quand même cette qualification pour plusieurs raisons :

le peuple malien ( amoureux du ballon rond) a trop souffert des mauvais résultats de nos différentes sélections nationales, les autorités du pays depuis un certain temps ne ménagent aucun effort pour mettre les différentes équipes nationales dans les meilleures conditions, le Mali dispose d’une pléiade de joueurs talentueux, qui évoluent dans de grands clubs européennes ( le Réal de Madrid , le FC Séville , le RC de Lens…).

Bref tous les éléments sont réunis pour que le Mali occupe une place de choix sur le plan continental. Il serait incompréhensible que les Aigles soient absents de la CAN deux fois de suite. Les joueurs ont analysé les conséquences d’un tel scénario, et en conclusion ils ont choisi un seul mot d’ordre : la victoire, synonyme de qualification pour Ghana 2008.

O. ROGER SISSOKO

15 octobre 2007.


Janjon pour Frédéric Kanouté

Ce terrain là est sensible. Les précautions d’usage s’imposent donc pour ne pas semer la zizanie entre nous en cette période de grâce permise par la bande à Amichatou Maiga et l’exploit récent des coéquipiers de Djila à Lomé. A travers, Frédéric Kanouté, nous saluons d’abord ces deux capitaines du Mali qui gagne, tous leurs coéquipiers, et les multitudes anonymes de supporters qui pourraient donner la vie pour une victoire de leur pays. Toutes et tous méritent que la patrie entonne pour eux le chant du sacrifice qu’est Janjon.

Mais qu’il nous soit permis, de singulariser Frédo, ce pieux musulman qui a refusé d’endosser les couleurs de la France , au profit de celles de son pays. Un des plus pauvres de la planète, et qui, c’est sûr, lui offre moins de perspectives qu’une sélection avec les tricolores. Or que Kanouté soit sélectionnable avec l’équipe de France ne fait aucun doute. N’est-il pas le meilleur buteur d’un des championnats les plus disputés au monde ? N’a-t-il pas été plusieurs fois nominé au palmarès des meilleurs joueurs du moment ?

Cet homme est du corail dont on fait les perles. Toutes les nations se battraient pour lui. Mais il ne se bat que pour nous. Lui n’a choisi de mettre la main sur le cœur que quand résonne l’hymne national du Mali. Et il se surpasse chaque fois pour mériter un peu plus de cette vieille terre, au nom de laquelle, on ne nous fera pas grief de le saluer. Il avait prié Dieu de l’aider à donner la victoire à ses compatriotes, vendredi dernier à Lomé pour corriger un 27 mars de sinistre mémoire. Ses vœux ont été exaucés. Son coup de patte a libéré tout un peuple.

C’est une belle réussite, résultante de l’effort collectif. Vendredi, nous avons pensé que si jamais les Aigles relevaient durablement la tête, il faudra compter avec le Mali à Accra. La masse critique de grands joueurs est atteinte. Et même s’il est vrai qu’une équipe est toujours plus que la somme mécanique de ses talents, il est permis désormais de croire en nos chances dans quelques mois. Mais aujourd’hui, qu’il suffise d’inviter Fredo et ses copains à la danse des seuls héros.

AT

15 octobre 2007.