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Au Mali, les pouvoirs publics ont décidé de réprimander toutes les manifestations qui sont de nature à les dénoncer. Depuis quelques mois autorités policières, municipales et administratives sont mises à contribution pour mater les « hors la loi » de marcheurs parce qu’ils dérangent. N’est-ce pas un signe du recul de la démocratie et une atteinte grave au sacrifice de nos martyrs qui ont donné leur vie pour un nouvel ordre ?

Interdiction des marches dénonciatrices, des sit-in et meetings de protestation : voilà la triste réalité que les Maliens vivent aujourd’hui. Comme dans les dictatures les plus féroces, toute marche, qui ne soutient pas les gouvernants, est à mater. Inutile de demander quoi que ce soit à la police compétente
territorialement, elle-même sait à quoi s’en tenir. Sur ce plan, le régime d’ATT n’est que le clone de l’Etat-UDPM. Les manifestations font l’objet soit d’interdiction, soit de répressions.

Considéré comme une association qui n’a pas sa langue dans la poche, la marche du Mouvement des sans voix a été interdite le 13 mai. L’objectif visé par les organisateurs n’était pas de porter atteinte aux valeurs républicaines.

Mais, à travers une marche pacifique, de protester contre la vie chère et les inégalités. Pour l’en empêcher, la police et l’autorité municipale et administrative n’étaient pas à court de prétexte : marche non autorisée. C’est pourquoi le leader de l’association a été interpellé par la police et ses militants tabassés et dispersés.

Pire, un simple sit-in de l’Association malienne des expulsés a été lui aussi réprimandé le 17 juin devant l’Assemblée nationale. Ces jeunes voulu simplement faire savoir aux députés leur position sur la politique de Patrick Stéphanini, chef de cabinet du ministre français de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, qui séjournait à Bamako dans le cadre de la promotion de l’accord de réadmission.

La première marche interdite est celle du Regroupement pour la défense des consommateurs du Mali (Redecoma) alors que dans le même temps une marche de soutien des femmes au gouvernement était tolérée. Des forces de sécurité avaient jalonné leur parcours. Et c’est le PM en personne qui les avait reçu.


Dérives dictatoriales

Au regard de ces quelques cas d’atteintes à la démocratie acquise aux prix de sang, les dirigeants du Mali actuel affichent une hostilité à l’égard de la liberté d’opinion. La nouvelle ère tente d’entraver la liberté d’opinion et d’expression et celles qui en dérivent. Ont-ils oubliés que le combat pour la liberté a été d’abord celui de l’expression plurielle ?

Toujours est-il que l’attitude des autorités est plus préoccupante et porte gravement préjudice au bon fonctionnement de la démocratie. La Constitution ne garantit-elle pas la liberté de manifester sous réserve du respect de la loi, de l’ordre public, des bonnes mœurs et de la personne humaine ? Or de ce côté, rien n’est à reprocher aux manifestants. Depuis plus de 5 ans, aucune marche ne s’est transformée en « Intifada ».

De toute façon, c’est de haute lutte que la liberté d’expression et le multipartisme ont été arrachés. Ces droits ont été exercés par des opposants politiques, des militants des droits de l’Homme, des syndicalistes et autres membres de la société civile.

Ces différents acteurs ont bravé nombre d’interdits pour que aujourd’hui soit. Et leurs critiques peuvent se rapporter aux prises de position défavorables à l’action gouvernementale, tout particulièrement à celles du chef de l’Etat.

Il faut rappeler que les manifestations publiques, plus précisément les marches pacifiques de protestation, sont l’un des rares modes d’expression des masses rurales et urbaines. Aussi, le pouvoir les considère-t-il comme les formes les plus dangereuses de contestation. La liberté de la presse, nonobstant la multiplication des organes privés, connaît certaines entraves dans son exercice à cause de la répression qui s’abat sur les journalistes et animateurs.

La presse, en dépit de quelques dérives, devient désormais, en effet, l’une des cibles privilégiées des pouvoirs publics, parce qu’elle entend jouer le rôle qui est le sien, c’est-à-dire le vecteur transducteur des aspirations profondes et des revendications légitimes des citoyens. Les défenseurs des droits de l’Homme sont interpellés.

Amadou Sidibé

08 Juillet 2008