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Le Républicain : L’Adéma occupe l’actualité politique. Est-ce une faiblesse ou plutôt un signe de vitalité ?

Ibrahima N’Diaye : Cela montre une chose, c’est que le parti ne laisse pas indifférent, parce que jusqu’à preuve du contraire il demeure la première force politique du pays. Et donc, ce n’est pas étonnant qu’à des moments si intéressants on parle des forces qui comptent. Je pense que cela est dû à l’importance que les gens accordent à la représentation de l’Adéma et à l’influence qu’elle peut avoir sur le cours des événements politiques du pays. Je lie le fait à son envergure, à sa dimension politique.

Que gagnera votre parti à ne pas présenter un candidat à l’élection présidentielle de 2007 ?

Vous savez, l’Adéma a bel et bien un candidat. Ça je rectifie. Ce que vous pouvez dire, c’est que l’Adéma n’a pas un candidat qui sort de ses rangs. C’est un choix politique qui est le résultat d’un long processus de débats, d’échanges et de décisions. Aujourd’hui, l’Adéma a fait ce choix en tenant compte d’un certain nombre de raisons. Ce n’était pas un choix unanime, mais un choix d’une très large majorité du parti. C’est la position de notre parti et il convient de dire que l’Adéma a bel et bien un candidat.

Ce que le parti peut gagner !

Justement il peut beaucoup gagner. Dans un tel choix, cela s’impose comme décision. Moi je pense que c’est une analyse de la situation dans laquelle notre parti se trouve depuis 2002 sinon avant […] en tenant compte de ses réalités internes, en tenant compte également du fait que nous avons fait le choix de soutenir le président actuel depuis son élection. Son bilan est le nôtre. Si ce président brigue un autre mandat, il n’y a aucune incongruité. L’étonnement ne devrait pas dépasser un certain seuil dès lors que pendant cinq ans l’Adéma a bien travaillé avec le président actuel. Et renouveler sa confiance en le prenant comme candidat, cela peut se s’expliquer.

Les bénéfices pour l’Adéma, c’est sûr et certain que ça lui évitera de connaître le syndrome de 2002, notamment les luttes internes, fratricides. Lorsqu’on sait qu’on ne peut pas gérer ces questions là et lorsque l’on a travaillé avec quelqu’un pendant cinq ans, partagé un bilan, les difficultés… Je crois que la position qui est prise est très compréhensible et qu’elle doit être défendue. Je crois que la cohésion de l’Adéma certainement se trouvera renforcée et que c’est l’occasion pour le parti d’abord de poursuivre une action qu’elle a menée et puis de se préparer pour les batailles afin garder son leadership.

Est-ce qu’une nouvelle cassure du parti est-elle évitable ?

Une cassure peut toujours arriver, une cassure peut toujours être évitée. Tout dépend de la manière dont vous gérez les problèmes. Cette question de la présidentielle a fait l’objet de beaucoup de débats. Je sais à quoi vous faites allusion… Je pense que l’Adéma est loin d’une situation qu’on peut qualifier de cassure. Maintenant, si ce processus n’est pas maîtrisé et géré comme il se doit effectivement on peut aller dans des situations plus compliquées. Mais ce n’est pas l’apanage de l’Adéma.
La plupart des partis sont exposés à cela, surtout durant des périodes aussi sensibles que celle du choix de candidats pour, par exemple, le Haut Conseil des Collectivités qui doit avoir lieu le 18 mars, on l’oublie souvent ; également la présidentielle et surtout la législative. Pour tout ça, il faut une bonne maîtrise et que le parti consolide sa position et sache éviter toutes les situations qui peuvent lui porter préjudice. Je pense que le choix est fait pour la présidentielle. Voilà, on n’est pas dans une situation de cassure et ce n’est pas à écarter si on ne maîtrise pas le cours des choses.

La Conférence nationale du parti doit se tenir bientôt. A quelle date cette rencontre aura lieu et quels en sont les enjeux ?

La Conférence nationale était prévue pour la toute première semaine du mois de février. C’est extraordinaire ! On a entendu pas mal de rumeurs, d’interprétations. Mais c’est… ça va vous surprendre. C’est une question de disponibilité de salle. La plupart des salles, les week-end, je précise bien, sont programmées. Il y a énormément d’activités et cette question était à l’ordre du jour aux réunions du Comité exécutif. Donc le président a été chargé de trouver une solution intermédiaire parce qu’il faudrait qu’on tienne cette conférence nationale qui va nous projeter dans une période électorale très intense.
J’ai parlé du 18 mars où il y aura la mise en place des conseillers nationaux, également les présidentielles et les législatives. Au niveau du Comité exécutif, nous sommes unanimes pour que cela se tienne dans les meilleurs délais. Et il n’y a aucun autre obstacle, à ma connaissance, si ce n’est le problème de salle. Nous envisageons à défaut, compte tenu des contraintes majeures, de tenir cette rencontre en cours de semaine.

Des partis politiques dont l’Adéma ont adopté un code de bonne conduite pour les élections générales de 2007. Quelle importance accordez-vous à cet engagement ?

L’importance que j’accorde à cela, c’est le constat d’une prise de conscience de la part des acteurs eux-mêmes qui se disent que sans code de bonne conduite il serait difficile de tenir des élections crédibles et apaisées. Et que les acteurs eux-mêmes, de leur propre initiative, se retrouvent pour signer un document, je pense que cela est assez significatif.

On peut douter, on peut se poser des questions pour savoir s’ils vont respecter les termes du document. Un document que je salue et qui est d’une bonne facture. Le souci majeur de tous les Maliens, c’est des élections paisibles et il faudrait qu’on lie l’acte à la parole. ça, c’est déjà un acte à saluer.

Comment voyez-vous un parti politique sans un candidat issu de ses rangs dans la campagne présidentielle ?

Il faut évoluer et faire des choix en fonction des réalités du moment, ne pas être en décalage avec certaines réalités, avec certains principes, certaines valeurs. Je crois que nous, au sein de l’Adéma, avions beaucoup de débats, de divergences de points de vue. Mais à la suite des débats, lorsque une décision a été prise, nous avons jugé qu’il fallait que les uns et les autres agissent de manière à éviter au parti d’autres fractures et comprennent que la volonté majoritaire, c’est ce choix. La personne pour laquelle ce choix est fait est bien connu de tous. ATT est un acteur majeur de la vie politique depuis 1991 et quand des partis politiques qui soutiennent son action depuis cinq ans disent qu’ils le soutiennent à la présidentielle, je pense que cela obéit à une logique.

Effectivement, on peut s’étonner et dire : comment un parti comme l’Adéma peut aller sans un candidat ?

J’étais de ceux-là qui s’interrogeaient ainsi. Mais dès lors que le parti a fait le choix et qu’à l’analyse nous avons trouvé que cela peut nous permettre d’être présents dans les échéances politiques et les actions sont menées, tout le monde doit respecter ce choix.

Si vous devez faire le bilan de la démocratie malienne, quelle est votre appréciation ?

L’appréciation que je fais de la démocratie malienne est positive. Depuis 1991, il y a eu des progrès énormes et tous ceux qui ont été acteurs de ces événements ont tout lieu d’être fiers. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’insuffisances. Il y a des fautes mais il nous revient de trouver les voies et moyens pour perfectionner le travail. Tous les partis politiques comptent dans ce combat-là. Et même les partis sont en train de gagner en maturité, les violences que nous avons connues, les casses, les marches intempestives que nous avons eu du mal à expliquer à l’époque où la démocratie à ses débuts était fragile, aujourd’hui tout cela s’est estompé.

Il y a dix ou quinze ans l’Adéma était fortement implantée à travers le pays. Aujourd’hui, tel ne semble plus être le cas. Y a-t-il de l’espoir pour le parti de regagner son lustre d’antan ?

Je voudrais rectifier ! L’Adéma a toujours été la première force politique du pays et le demeure. Maintenant, l’écrasante majorité qu’elle avait, elle ne l’a plus. Mais quand vous faites une analyse, vous trouvez que les trois premières forces politiques du pays sont venues de cette Adéma là. La composante qui a maintenu l’étiquette Adéma continue d’avoir la confiance des militants.

Je viens de l’intérieur du pays : j’ai écouté, j’ai observé et j’ai analysé. Et il faut compter avec l’Adéma dans les mois et les années à venir. Mais l’Adéma avant sa « dislocation » avait un poids que nous n’avons plus. Cependant, malgré ces multiples fractures, ce qui reste de ce qui s’appelle encore Adéma est assez important.


Propos recueillis par Soumaïla T. Diarra

26 janvier 2007.