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Professeur d’arabe, Ibrahim Traoré est aujourd’hui en stage au bureau des oulémas à l’Office de radiodiffusion et télévision nationale du Mali (ORTM). Dans l’entretien qui suit, il nous parle de la zakât, sa collecte, son importance dans la communauté musulmane.

Les Echos : Qu’est-ce que la zakât ?

Ibrahim Traoré : La zakât, ou aumône obligatoire, est l’un des 5 piliers de l’islam. C’est un culte qui purifie l’âme et hausse ses mérites comme il purifie les biens et accroît la richesse. C’est un droit dû au pauvre dans les biens du riche. Pour me résumer, je dirai que la zakât est une prescription de Dieu. Il la recommande aux musulmans dans plusieurs parties du Saint Coran en ces termes : « Priez et acquittez-vous de la zakât ».


Les Echos : Pourquoi faut-il s’acquitter de la zakât ?

I. T. : son but est de faire régner la charité et l’esprit d’amour au sein de la société islamique car, étant une obligation, l’intention de la verser aux pauvres doit précéder l’action du versement. Il est dû par tout musulman libre, majeur, possédant ses facultés mentales et ayant un revenu minimum fixé par la loi islamique, excédant ses besoins et libre de toute dette. Ce revenu imposable doit être en la possession de son propriétaire durant la période d’une année.

Les Echos : Peut-on savoir son importance dans la communauté musulmane ?

I. T. : Dieu a créé les hommes et a rendu les uns riches et les autres pauvres. Il a ordonné à tous de vivre dans la coopération et la solidarité, en exigeant des riches le versement d’une part de leurs biens aux indigents, et en exigeant de ces derniers le déploiement de leurs efforts au service des riches, en vue de réaliser leurs intérêts réciproques. Aussi, l’islam ne prélève qu’une part minime (appelée zakât) sur les richesses, au profit des déshérités, pour barrer le chemin à la haine et à la rancœur. Donc, vous voyez que la zakât est un facteur de cohésion, de solidarité et d’entraide entre tous les musulmans.

Les Echos : A qui revient la zakât ?

I. T. : Dieu a nommément cité 8 personnes à qui la zakât est destinée. Les pauvres, les plus démunis (missikine), les collecteurs de la zakât, les nouveaux adhérents à l’islam, les esclaves musulmans, ceux qui n’ont d’autres préoccupations que la promotion de l’islam (maîtres coraniques, imams, muezzins, etc.) et enfin la zakât peut être investie dans les travaux de l’islam comme la réparation des mosquées, la plantation d’arbres, la construction des puits…


Les Echos : Comment prélève-t-on la zakât ?

I. T. : La zakât étant un droit financier imposé par Dieu, tout musulman imposable, doit s’en acquitter au profit des nécessiteux. Ainsi, celui qui possède l’équivalent de 20 grammes d’or ou 200 grammes d’argent pur doit s’acquitter de la zakât. A titre d’exemple, le propriétaire de ces métaux doit les convertir en monnaie locale et sur tous les 1000 francs, on prélève 25 francs comme zakât. La zakât est prélevée aussi sur les récoltes (mil, riz, maïs, etc.) quand l’ensemble des récoltes équivaut à 300 kg. Dans ce cas, sur toutes les 10 mesures, une mesure constitue la zakât. En ce qui concerne les animaux, celui qui a 5 têtes de chameaux doit donner un petit ruminant comme zakât, lorsqu’il en a 9, il doit en donner 2. Celui qui a 30 bovins, donnera un veau de 4 ans et celui qui a 40 ovins/caprins doit en donner 1. C’est pour vous dire que c’est Dieu même qui s’est occupé du prélèvement de la zakât.


Les Echos : Et quel est le châtiment réservé à ceux qui ne s’acquittent pas de la zakât ?

I. T. : Ceux qui ont des biens qu’ils tiennent de la générosité de Dieu doivent s’acquitter de la zakât conformément au Coran, sinon ils s’exposent au malheur, à la faillite, à beaucoup d’autres problèmes. Au jour du Jugement dernier, ils répondront devant l’Eternel.

Les Echos : Quelle est la différence entre la zakât et la « zakât el fitr » ?

I. T. : Il ne faut pas confondre les deux. La zakât est une prescription de Dieu. Autrement dit, c’est une obligation pour les nantis. Quant à la zakât el fitr, c’est une sunna du prophète qui se fait par celui qui a observé le jeûne pendant les 30 jours du ramadan. Elle peut compenser les péchés commis pendant le jeûne. Elle permet aussi de venir en aide aux pauvres. Le bienfait n’est jamais perdu. Dieu saura nous récompenser.

Propos recueillis par

Idrissa Sako

26 Septembre 2008