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Il déclare que sans un bon environnement, il n’aura pas de Développement Durable.

Au Mali, la dégradation de l’environnement demeure un réel danger. Elle interpelle tout le monde. Pour en savoir davantage, nous nous sommes entretenus avec Ibrahim Traoré, professeur à l’Université des Sciences, des Techniques et des Technologies de Bamako (USTTB). Il est environnementaliste de formation.

– Quelle analyse faites-vous de la protection de l’environnement au Mali ?

Ibrahim Traoré : L’analyse que je fais de la protection de l’environnement au Mali est qu’elle se limite seulement à l’intervention de l’Etat. Les citoyens ne sont pas tellement impliqués. Ce qui fait que partout où l’Etat est limité dans ses capacités d’intervenir, l’environnement est dégradé. Par exemple : la gestion des déchets est catastrophique dans la ville de Bamako et dans toutes les grandes villes au Mali. À Bamako, les dépôts de transit ne suffissent pas. Il y a certaines Communes qui n’ont mêmes pas des dépôts de transite et d’autres utilisent des dépôts de transit anarchiques. Ces déchets ne sont pas aussi ramassés au niveau des quartiers à plus forte raison qu’au niveau des Communes. Et la moitié de ces dépôts se retrouve dans nos caniveaux. C’est ce qui fait que les caniveaux sont bouchés pendant les périodes hivernales et l’inondation est facile. Ce sont aussi des sources de contamination du Fleuve Niger.

Sur l’aspect de la gestion des déchets liquides, Bamako ne dispose pas de stations de traitement de boue de vidange jusqu’à présent. Ils sont déversés dans les champs à côté, et ils se retrouvent dans le fleuve avec le ruissellement pendant l’hivernage. Ce qui fait que le degré de pollution au niveau de la ville de Bamako et certaines grandes villes au Mali sont très élevés. En plus, presque toutes les usines, les unités industrielles sont concentrées au bord du Fleuve Niger. À part Bamako, je crois que les unités industrielles n’ont pas des systèmes de prétraitement. Donc les eaux usées des unités industrielles sont déversées directement dans le fleuve sans respecter les normes de rejets. Ce qui fait que le fleuve est agressé.

Au niveau rural, il y a des activités qui sont polluantes. Par exemple au niveau du Sankarani, il y a des activités de l’orpaillage par dragage. Donc ces grosses machines qui sont sur le fleuve, utilisent des produits chimiques, tels que le mercure. Qui font que l’environnement aquatique est pollué et les poissons n’ont pas le temps de se multiplier. Il y a les eaux d’orpaillage traditionnel qui contaminent le fleuve. Ça aussi, c’est une activité si elle n’est pas réglementée. Elle cause beaucoup de dégâts à notre environnement et à notre santé. Il y a aussi les aspects de déforestation. C’est une situation qui est vraiment grave au Mali, faute d’alternative, beaucoup se livrent à la vente du charbon. Les forestiers disent que pour avoir un kilo de charbon, il faut 7 à 9 kilos de bois coupés. Ce qui joue énormément sur les arbres et ça favorise l’avance du désert. Les arbres ne sont pas là seulement pour la pluie, mais ils nous protègent. Ils luttent contre toutes formes d’érosion éolienne ou linéaire. Nous sommes toujours un puits dans le cadre du changement climatique, l’émission de gaz à effet de serre. Mais ces arbres aussi sont des sources de diminution du gaz à effet de serre. Il y a également des activités qui sont en train de freiner les activités des cours d’eau du Fleuve du Niger. Grace au Fleuve Niger, le Mali est un pays de riziculture par excellence.  

Sur le plan de la protection de l’environnement, il y a aussi l’aspect de sensibilisation et communication. Dans les milieux ruraux, beaucoup optent pour l’eau des puits. La promotion des Pompes à Motricité Humaine (PMH) que les gens se ravitaillent à travers les forages. Cette activité est très rare en milieu rural, beaucoup utilisent l’eau du puits. C’est ce qui amène des problèmes de santé en milieu rural et qui fait que la situation sur le plan protection et promotion de l’environnement est beaucoup critique au Mali, aujourd’hui. L’Etat joue sa partition, il est limité, ses moyens techniques, financiers, ressources humaines sont limités. La décentralisation qui était une solution la déconcentration des services de l’Etat, la dévolution qui est la mise en place des mairies, des Communes devraient contribuer à l’amélioration de l’environnement. Malheureusement, la protection de l’environnement ne se porte pas bien dans la politique de gouvernance au niveau local. Ce qui fait que l’environnement est le parent pauvre de la politique de développement local. 

– Si rien n’est fait, quel serait l’impact de la dégradation de l’environnement  sur le quotidien des Maliens dans les années à venir ? 

I.T : Si rien n’est fait, dansquelques années, la protection de l’environnement sera catastrophique. Il y a une loi de l’environnement. C’est la loi de l’écologie, qui dit que nous les êtres vivants nous agissons sur le milieu dans lequel nous vivons, en revanche le milieu aussi joue sur nous. C’est la notion de l’écosystème. C’est un système dynamique, non seulement nous agissons sur notre écosystème, mais en revanche l’écosystème agit sur nous. Il est temps qu’on fâche et qu’on mette l’accent sur ce que nous faisons à notre environnement et non ce que nous faisons dans notre environnement. C’est très important. La constitution malienne dit que tous les citoyens maliens ont droit à un environnement sain. Cette même constitution dit que nous avons le devoir de protection de cet environnement, notre patrimoine. Pour qu’il n’y ait pas de catastrophes dans les années à venir, il serait mieux de mettre l’accent dans les systèmes de gouvernance, l’éducation environnementale. On doit placer la protection et la promotion de l’environnement au centre des systèmes de gouvernance. Cela parvientà rendre les individus plus sensibles, conscients de l’état dans lequel nous sommes en train de vivre. La prise en compte dans le système de gouvernance la protection et la promotion de l’environnement est une chose qui est vraiment inévitable. 

– Que faut-il faire pour contrecarrer ce phénomène au Mali ? 

I.T : Tous les citoyens Maliens ont droit à un environnement sain, mais ils ont aussi un devoir de protection de l’environnement et du patrimoine de l’Etat. Sans un bon environnement, il n’aura pas de Développement Durable qui est un développement qui atteint les besoins du présent sans compromettre l’habilité des générations futures de satisfaire leurs propres besoins.  Le concept de Développement Durable reconnait que tous les facteurs économiques et environnementaux affectent la qualité de la vie. Donc la protection de l’environnement interpelle tous les Maliens. Mieux, il faut mettre l’accent sur la protection de l’environnement dans le système de gouvernance car si l’on considère à la fois les aspects physique et social de l’environnement, une action en matière de sauvegarde de l’environnement va au-delà de l’approche classique qui se limite à la seule responsabilité juridique vi-vis de l’infrastructure matérielle. La protection et la de la santé humaine étant des objectifs essentiels de la société dans son ensemble, l’hygiène et la santé de l’environnement doivent s’appliquer à tous les activités individuelles ou organisées qui constituent à déterminer l’état de l’environnement et influent sur la santé des populations. 

Jacques Coulibaly 

@Afribone